PRÉDICATEURS RÉFUGIÉS EN HOLLANPE
Ces prédicateurs avaient ét^ jusque-ià des prédicateurs de multitude; ils conlimii'reiit ù l'être, mais la multitude avait chaogé. Elle était mélangée de Français et de Hollandais. Le nombre de ces derniers augmenta de jour en jour, et, à la seconde génération, les Français s'étant fondus dans la population du pays, ne se distinguaient plus que par leur nom et l'habitude de leur langue. Les prédicateurs avaient devant eux une masse passablement confuse, à laquelle ils donnèrent des souvenirs assez effacés. Dans cette position, ils ne pouvaient plus guère exercer la discipline comme ils le faisaient en France, et n'étant plus entourés de catholiques, ils n'avaient plus de raisons aussi prochaines de défendre et d'exposer le dogme. Us continuèrent néanmoins à le prêcher, quoique dans une proportion beaucoup plus faible, et gardèrent, dans les commencements du moins, un juste tempérament. Ils devinrent plus moralistes et en même temps plus orateurs, deux choses entre lesquelles existe un lien que nous avons déjà signalé. Le goût oratoire avait d'ailleurs gagné, sous Tinfluence des grands maiires de la chaire catholique.
Ënûn^ la méthode synthétique, inaugurée par Claude, continuée et fortifiée par Du Bosc, bien qu'il paraisse s'attacher à ^ancienne méthode, prend décidément le dessus avec Superville. Si la mélbode analytique persiste, ce n'est plus que pour la décomposition du texte et le plan du discours; mais elle ne va pas plus loin.
Daniel de Supervillc, originaire du Béaru, d'une famille qui vint en France à la suite de Henri IV, naquit à Saumur en 1657. Son bisaïeul, son grandpère et son père avaient été médecins. Il lit ses études classiques à Saumur avec une grande distinctioD, et étant encore étudiant en philosophie, il fut appelé plusieurs fois à remplacer son professeur.
ce Sortant de philosophie, trop jeune encore pour a se donner tout à tail à la tlitologie, il étudia seul « pendant une année, et il a souvent nommé cette « année la plus utile de sa vie. Peu content de la a pliiluiOjjliie d'Aristote, qu'il avait apprise, il voulut « connaître celle de Descartes et il Tétudia avec plaide sir. n donnait cependant une partie de son temps a aux belles-lettres. Les progrès qu'il y fit le mirent « en état de faire des remarques sur quelques aua tours. Il composa aussi alcMrs et dicta à un de ses < amis un long traité sur la géographie ancienne (i). »
(1) Mémoire touchant la vie de M. de Supcnnlle , dans le tome XIIl du Journal Uttéraire, publié à La Haye. Année 1729. Pages 198-199.
DAVIEL HB SUPBRYILLB. 481
— Séduit par rattrait de ces études, il fut sur le point d*abandoDBet la théologie; mais une force irrésistible l'y ramena, et il se retidit en 1677 à Genève, où il étudia sous Mestrezat, Turrelin et Tronchin, recherdiant les instroctions particulières plus que les leçons publiques.
Kappeié auprès de son père mourant, il perdit pèti après son premier maître de théologie, le professeur De Brais, seul homme de mérite que possédât alors r académie de Saumur ; mais il suppléa par ses études particulières à ce que les cours publics ne pouvaient lui donner. Sa réputation commençait a sVtablu par ses sermous et .quelques disputes qu'il soutint avec succès contre des prêtres catholiques; l'Église de LouJiin le choisit pour son pasteur, au moment où il se décidait à passer eu Angleterre. C'était en 1683. Après deux ans d'un ministère béni, il fut accusé d'avoir prêché séditieusement et il se vit forcé de suivre la cour pendant trois mois à Paris, à Versailles et à Fontainebleau , jusqu'à ce que cette persécution individuelle se perdit dans la grande persécution qui chassa Ae France tous les pasteurs (1).
Au commencement de Tannée 1686, il fut appelé
(1) « n r avait depuis peu i Loudun un jeune ministre nommé SuperviNe, (|ui,
*t dan<; une grande jeunesse, avail acquis d^jà la maturité, la sag(>sse et la répui« Latif n flfs pîuf! .1gés. On le crut le plus propre à servir d'objet à la surprise, « comme suspect d'imprudence à cause de sa jeunesse, et |iarce que sa retenue u et sa modestie rompirent ces mesures, un y suppléa par la calomnie. On dre ssa «I un procès-verbal d'un de ses sermons, sur lequel oo obiiut un ordre qui lui « ei^oigoall d'aHer au conseil rendre compte de m eonduile. On Vf retint sans « Pexpédier, Jusqu'à ee que la rérocallon de l'Èdil le mit, eonime tous les autres, « dans la nécessité de se retirer du rofaune. » (BBMOtr, BXtMn de VidU dlr NmUeâ. Tome Ul, partie UI, pace iti.)
482 DAKIKL DE SrPEIlVlLLE. ^
comme pasteur surnuméraire à Rotterdam^ et il de*
meura dans ce poste pendant près de six ans, malgré las appels réitérés qui lui furent adressés de Londres, de Berlin et de Hambourg. Enfin, en 4691, il fut nommé pasteur ordiiiaire de l'Église wallonne de Rotterdam. Dans le discours qu'il prononça lors de sa confirmation, il exprima en ces termes sa reconnaissance envers TÉteruel :
« Dieu nous accorde une seconde grâce à vous et a à nous (1) : à nous, en nous confirmant dans le « ministère; à vous, mes frères, en ayant pris dans « votre sein même deux pasteurs, qui étaient déjà a vôtres par vos bienfaits, par leur afiection et par a un engagement commencé, pour vous les attacher «c par des nœuds plus étroits et par un engagement «c plus solennel, qui les va obliger à redoubler leurs a eilbrts pour votre consolation et votre salut. Nos « ennemis avaient cru, en nous chassant de notre « malheureuse patrie, anéantir notre ministère et ses « fruits, arrêter les progrès de l'Évangile et nous récc duire à la nécessité de n'apporter ici que des harpes <c muettes pour les pendre à vos saules, et à nôtre a que comme des tlambeaux éteints ou des chandelles < sous le boisseau. Mais béni soit le Seigneur, qui a nous fait triompher de leur maliee à la louange de a sa gloire, et qui nous ouvre de plus en plus la <c porte de la Parole au milieu de vous! Gràeês à a DieUy qui nous fait toujours triompher en Ciu tsL et
(i, M. ii^snage avaii eu: appelé en même temps que lui au poste de pasteur ordinaire.
DAKIEL DE SUPERVILLB*
manifeste par mu$ VadÊwr de sa catmaissance en a toui lieux (1) ! »
Superville fut souvent employé dans les affaires général es des Églises réfugiées. « Il était, dit son bioce graphe, très propre aux affaires. Un sens extrême- « ment net et droit, qui les lui faisait d'abord saisir, a le mettait lu état de proposer son sentiment avec a autant de force que de clarté, et la douceur de son « caractère, jointe avec beaucoup de politesse et de et facilité d'expression, achevait de faire goûter squ « avis (2). »
Il commença, en novembre 1691, à donner tous les mois une Lettre sur les devoirs de V Église afjligéey et il continua pendant un an. Ces douze lettres, réunies plus tard en un volume, furent bien reçues des réiormés de France.
Malade et craignant de ne plus pouvoir édifier son troupeau de vive voix, il céda aux sollicitations de ses amis, en publiant quarante- trois sermons, en quatre volumes, parvenus en i7â6 à leur septième édition (3).
Ën 1706, il publia son traité sur Us Vérités et les devoirs de la re%ton, bien connu sous le nom de Car téchisme de Superville. Enfin, en 1718, parut son Vrai communiant^ qui fut aussi très bien reçu.
Il correspondit pendant vingt ans avec les confes-
(t) Ze Triomphe de l'Êvat^fUe» (Sermone sur êwen textes de VÉeritwre êàUHe» Roltordam, tu A* Tome 11, p«g«s 4ot-4o8.)
(3) Jemmut Ultérmre de La Haye. Tome XHI, page 305. (3) On y a ajouié. qninzn ans aprèi sa nori, vk m cinquième volimw, 0out le Ulre de nouveaux Sermmê*
484 DAXIfiL DE 5LPERVILLB.
aeurs de la foî sur les galères françaises. Il s*élaU
proposé d'écrire T histoire de leurs souffrances; on dit que le goût da public refroidi pour ce sujet lui eu fit abandonner le dessin. Il n'acheva pas non plus ua livre qu'il avait projeté sur les Erreurs po-
Il était d'un caractère extrêmement doux et obligeant. c( Jamais persomie, dit son biographe^ ne s'est c fait aimer plus uaiversellement ni ne s'est attiré
« muiik-> d'ennemis. Avec cela, ferme dans i OLca^iou <c et d'une droiture à toute épreuve, rien ne l'aurait c fait plier, quand il croyait défendre la yérité ou la or justice. Pacifique au milieu des démêlés, il était « heureux à les assoupir...
« Peut-être quelques prédicateurs ont-ils eu plus « d'éclat; mais il y en a peu dont les sermons ont pu c être plus utiles, et c'était là le seul but qu'il, se pro- «r posait. » Ses discours étaient ornés, mais avec me* sure. « Persuadé, d'ailleurs, que les émotions subites « s'évanouissent pour l'ordinaire aussi promptement c (fu'elles ont été produites, il employait rarement « cette sorte d'éloquence foudroyante et souvent «c déplacée, qui transporte l'auditeur et le laisse re- « tomber, un moment après, dans sa première lan* « gueur. il allait au cœur par une route plus sûre : il éclairait Fesprit et assaisonnait ses insiruetions de « tout ce qu'une charité tendre, soutenue d'un rai- « sonnement solide, a de plus pressant et de plus per- « suasif (I). »
(i) JourmU Utléraire de La Haut. Tome XUi, pago sos.
Oigltized by Googl
DASItL »B SlIfiRVILU* 485
On lui reproche un peu d'abondauce, {jurloul dans les ouvrages de sa jeunesse; son biographe l'attribue à la fertilité de son imagination, qui le portait aussi aux coni[>a raisons et aux allusions à l'Écriture sainte, a sorte d'ornement, ajoute^t-il, qu^on néglige peul^ « être trop aujourd liui, niais qui, dispensé avec sa- « gesse, soatient Tattention et délasse Tauditeur (1). » Il serra son style en avançant en âge.
On loue bon aménité dans le conjiuerce de la vie et Fagrément de sa conversation; il attirait par un air de douceur et de modestie répandu sur toute sa personne.
Peu de prédicateurs se sont aussi bien soutenus
dans tous leurs discours; il écrivait les siens avec beaucoup de soin et, bien que doué d'une très grande facilité d'éloculion, il ne voulut jamais improviser."
Trois ans avant sa mort, accablé par des inûrmités dont il souffrait depuis longtemps, il dut se démettre de ses fonctions; mais on lui consersa son rang de pasteur, avec ses appointements, et oa appela son fils (2) pour le remplacer. Il mourut en 1728, entouré d'une grande considération.
Superville a des discours de théologie proprement dite, de spéculation religieuse et de morale. Cette distinction toutefois n*est pas absolue : les mêmes élé^ aieiits se retrouvent plus ou moins pai tout, mais les proportions varient. Nous présenterons des analyses
(1) Journal UUirtârt de La Bttse, Tome ZIU, pife 2«9. <2) 11 a tuMi iiublié dM •cnnoM*
486 DAHIIL DE SUFEHVILLB.
de chaque espèce, et nous commençons par deux discours de spéculatioii ou de philosophie religieuse, sur cette parole de TEcclésiaste : Voici ee gue foi trouve : c'est que Dieu a bien [ail l'homme druïl, mais ils oni cherché beaucoup de diicours, (Ëcclésiaste, Yll» 29.)
Étudions d*abord pour nous ce texte, avant de voir les sermons de Superville. Nous diviserions le discours comme le texte est divisé.
I. Dieu a créé ¥ homme droit, — Droit est ici le mot imporlani. C est une métaphore. Au moral comme au physique, être droit c'est tendre à son but par le chemin le plus court et sans déviation aucune. Chaque être a sa ligne à suivre. L'être dont il est dit ici que Dieu l'a créé droit, ce n'est pas rhomme qui naît aujourd'hui, mais le premier homme, par conséquent 1 humanité qu'il représentait. Dlntentioû divine, rhumanité a été créée droite, c'est-à-dire tenr dant à son but, qui était Dieu, par le plus court chemin. — Il s'agit maintenant d'expliquer ces mots, et cette explication nous servira de preuve.
Dieu n'a pas créé rhoinnie pervers (I , ni partagé entre le bien et le mai, moitié droit et moitié pervers, — - ni dans un état d'indifférence, — ni saint, — mais droit, et cette droiture consiste en ceci, que Dieu a orienté l'homme, mettant dans son sein une boussole, qui se dirigeait toujours droit au but. * IL Mais ils ont cherché beaucoup de discours. — Discours signifie raisonnement ou pensée; Pascal l'emploie encore dans ce sens. Il ne faut pas se prévaloir
(t) Méchaot, mal cheant
DANIEL DE SUPEEVILLE. (97
de ce pluriel pour dire avec Rousseau : L'homme est i>on, les iiommes sont méchants. La forme de langage de notre texte n'est pas rare dans la' Bible : Ne train» point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de wu$ donner h royaume. Cependant ce pluriel a son intérêt C*est surtout ensemhley en compagnie, qu'on cherche beaucoup *de discours; la pensée de l'un excite et féconde la pensée de l'autre; la discussion multiplie les combinaisons de l'esprit; ils étaient plusieurs dans le paradis iorsqu ils cherchèrent beaucoup de discours.
Le mot mats établit une opposition générale entre les deux membres de phrase. Qu'est-ce à dire? Ëst^e seulement après les avoir cherchés et trouvés qu'ils ont cessé d'être droits? Non» ils avaient déjà cessé d'être droits dès qu'ils se sont mis à chercher beaucoup de discours; ils les ont cherchés parce qu'ils n'étaient plus droits; mais les discours trouvée ont augmenté leur perversité (1).
Ainsi un premier défaut de droiture nous fait chercher beaucoup de discours, et les discours altèrent de plus en plus notre droiture. Les discours sont donc effet et cause de la perversité. Le texte, à notre avis, renferme ces deux idées.
1. L'orî^me, le point de départ du péché, sa semence, c'eiit 1^ besoin de l'indépendance, le. besoin d'exister par nous-mêmes, d'abuser du dioit que Dieu nous a donné de dire moi. Ce n'est pas une idée, ce
( I) Il y aurait hilérêt à traiter ce texte historiquement, et le dialogue entre Ère et le lerpoit noua foimlrait toui les Iraiu néeeaiairei.
488 DABiit m stpmmuK.
n'est pas un discours, c'est yn mouvement de l'âme, tout comme l'appétit n'est pas une idée ni un discours. Le dibcoui h vient à l'aide et en seconde ligne, liais sans son aide, il faudrait, ou renoncer à ce que
veut ce mouvement d'indépendance et d'hostilité, ou se l'avouer à soi-même, faire le mai comme mal, sans illusion, sans prétexte, sans excuse, se ranger ouvertement du parti du démon : deux choses que nous ne voulons pas.
Alors viennent les discours, ou plutôt beaucoup de
discours. Car le bien a aussi son discours, bien se pense et même se raisonne, ou du moins peut se penser et se raisonner; mais il ne lui faut pas beaucoup de discours. Il en faut beaucoup pour mal fane je dis pour mal faire avec tranquillité), et il faut ies chercher bien loin, toujours plus loin. La pensée qu'on oppose à 1 instinct du bien et à la voia de la conscience a besoin elle-même d'être justifiée ou rendue spécieuse; voici venir les distinctions, les exceptions, les prétextes, les motifs de doute (1), tout un monde tiré du néant, toute une science née de la négation.
2. Quel est l'elfet de tous ces discours, qu'on a cherchés parce qu'on manquait de droiture? C'est que peu à peu on en manque toujours plus. Ils forment par le croisement et l'entrelacemeut de leurs fils ooHUQe. un tissu épais et serré par-dessus la vérité. Le faux n'est pas prouvé, mais la vérité est obscurcie, et cela suffît, puisque la vérité morale
(0 L'homme aimi estviyifJtqysf irr.c, aMemUeur de nuages.
n'est rien sî elle n'est évidente, on qu'elle perd sa
force avec son évideuce, et que si on ne s'y rend pas dès l'entrée» il n'y a point de ân à raisonner et à douter (1).
Dieu a voulu que l'évidence morale fût dans l'intuition, et qu'aussitôt qu'on sort de là l'obscurité conunence.
(1) Toiei un exemple proposé par Kant, dans son livre sur la prétendue opposition cnUro la théorie et la pratique (Ueber den Gemeinspruch : « Bas. mag iH «« der Théorie richt'ig aer/n, aber nkht in ch r Pram» » — Tome 111 des OEU' vres de Kant, édition de H »!!*', 179!), page -joo :
M Quelqu'un a pntrp 1rs inaiiis un dépôt dont le propriélairo vient à mourir, «t Ses héritiers i^^norfui cellti conflance et ne pourront jamais rit^n en savoir. Le H dépositain m trouve ruiné par nn concours de circonstances malheureuses oA •t n'y « rien de sa fiiiile. 11 est entoitré d*ttne femme et d'enfiMils en proie A une «c misère dont il pourrait \vs tirer sur-le-diamp en s*appropriant ces valeure. Lui - M mtme est d'ailleurs hîcnr.iisant, les héritiers sont riches, égoïstes, libertins et « prodigues : leur rcraeitre cet argent c'est le jeter à la mer, — Qu'on expose M tout ce détail à un enfant de huit à neuf ans, et qu'on lui demande si dans des M circonstances pareilles il croit permis de s'approprier le dépôt. Certaincmcnl il m répondra : Non, d'est injuste, c'est-^-dire contraire au devoir, et 11 8*en tien- • dnli.
M Rien n'est plus clair; mais ce qui n'eM pasdair du tout, c'e>t que par celte M restitution le Ji^posilatro travaille ;\ son propre bonheur. S'il faisait df^pendre sa « résolution d uii calcul de ce pf-nrc. il se dirait pcul-^lre : Si jf r<";Iiiue sponla- « Dément cette somme à ses vrais proprielaires, ils m en rècomptristrunl, ou s'ils « ne le font pas, j'y gagnerai du moins une réputation de probité qui pourra m' être « fbrt avantageuse. Mais tout cela est fort inceriaio.La conduite opposée ne laissa « pas <rolIHr des inconvénients qui donnent beaucoup à penser Décidé à mTapi< propricr le bien d'autrui pour me tirer d'affaire, j'exciterai des soupçons si je M l'emploie immédiatement, car on se demanderait d'où me sont vemies ces res- « Bonicos inconnues: si je m'^n «er'' que peu à peu, mes engaj;emenls peu- « vent s accruiire dans 1 inU rvalle à tel point que le dépôt lui-même ne suffira pas d à les couvrir.
« Ainsi la volonté qui cherche sa règle dans l'intérêt bien entendu oscille « entre divers parlis, parce qu'elle considère le résultat, qui est très incertain. Il « fàut une bonne tète pour se tirer du dédale des raisons pour et «entre sans se
« tromper dans son calcul. Au contraire, celui qui demandera ce que commande
« ici le devoir n'aura pas un moment d'incertitude ; il saura immédiatement ce qu'il « doit faire. Si le devoir est quelque chose a ses jeus, il aura horreur même de «c peser les avantages qu'il trouverait à le violer, comme s'il ; avait «ncore un « choii possflMtt. »
4>1K) DANIEL DB SUPEEVILLB.
De là est résultée, par contre-coup, une nécessité singulière. 11 a iailu que le bien, à son tour, cherchât beaucoup de discours. Par ce moyen il est ar* rivé, non à reconstituer FéTidence en sa faveur (après avoir dépouillé le fruit de sa fleur, pourrait-on la lui rendre?), mais du moins à obliger le mal à douter de lui-même.
Quand Dieu a voulu restaurer l'humanité, ce n'est pas par beaucoup de discours qu'il y est parvenu. C'est dans un lait ([u'est le principe de notre restauration. Dieu n'a parlé qu'en agissant; il nous a montré la vérité en action, en personne ; la Fardé a été faite chair. Il est vrai qu'en cela VEternel a donné de quai parler; mais ces discours sont Teffet et non la cause de son œuvre. Ainsi, beaucoup de discours pour tomber; beaucoup de discours inuliles pour se relever, beaucoup de discours découlant de l'œuvre de grâce que Dieu a faite : voilà Thistorique de noire situation morale.
Nous n'avons pu mettre tout cela en un seul discours qu'en subordonnant la première partie à la seconde. L'explication que nous avons donnée dans la première partie est la preuve, mais seulement la preuve à priori: à supposer notre exécution bonne, cette première partie est donc faible.
Voici maintenant, en extrait, les deux discours de Superville. Ce ne sont pas tant des sermons que des dissertations animées et nourrissantes. Il faut, pour les comprendre, une érudition philosophique dont
manquaient sans doute la plupart de ses auditeurs. Ses discours sont» du reste» généralement un peu la*
borieux a lire ; on lirait plus facilement deux sermons de Du Bosc qu'un de lui.
Pieiuier discours t La Gloire de la première innO" cmce.
Plan : I. En quoi consiste la justice originelle
d'Adam.
IL Réfutation des fausses idées touchant cet état
d'inté£îrilé.
111 . Prouver qu'en effet Thomme était droit (1). I. Ce que c'est que cette droiture :
« Le mot hébreu signifie droit, bon, juste, équi- « table» sincère» intègre» en un mot il signifie une ce rectitude morale. Et Topposition que Salomon foit «c ici de cette droiture avec les égarements» les dé- « tours» les obliquités de l'homme pécheur et les <( vaincs pensées qui l'ont précipité dans le péché, « nous fait assez entendre qu'il veut dire que Dieu « avait créé Thomme dans un état d'intégrité et de « justice originelle. Dieu avait revêtu sa créature « non-seulement de toute la perfection naturelle qui a était nécessaire pour la constitution do son être, a mais aussi de toute la periection morale qui était reet quise pour la fin à laquelle il l'avait destinée (2). »
(1) La icoonde pwtie n'est au fond qu'un appendice à la première, et un appeodice nalheureux. SttperviUe y déploie un grand talent de dlscuMion; nais cette partie, toute de philosophie abstraite, intercalée daus le corps du discours, en rompt 1 harmonie et refroidit rinlérêt. La troisième partie est très intéressante.
(8) Tome pages
k9lS^ DAVIBL ra SUPKRVtLtB.
i. Perfection naturelle de l'âme et du corps. — Voici ce qui se rapporte à l'âme :
«c Dieu lui avait donné une âme pure et un corps « bien réglé, uq entendement qui n'était imbu d'au^ « cuns préjugés, ni prévenu d'aucuns faux principes, a mais capable de connaître et de comprendre la vé- « rité, de quelque ordre qu elle fût, pourvu qu'elle c lui fût distinctement proposée. Il avait imprimé « dans râme de Thomme les premières idées des « choses et les premiers principes qui servent de « base et de cègle pour ses jugements. Il lui avait « donné une volonté libre, d'une étendue presque « inûuie, d'une activité sans bornes, touchée de Taa mour di\ souverain bien, avec une inclination vécc hémente et invincible vers ce bien, une volonté tt capable d'embrasser et d'aimer ce qui lui serait i proposé par l'entendement comme bon et comme « vrai, sans y être forcée par aucune chose extérieure, a Ëile était en état de suspendre son consentement « jusqu'à ce que l'entendement et^i aperçu les choses « avec c\idence et les eût considérées de tous les « côtés. Elle pouvait et devait ne se rendre qu'à la <K force même de la lumière et an bien clairement « connu. D'ailleurs, toutes les inclinations que Dieu <x avait données à l'homme, ses mouvements natu* €t rels, ses appétits, ses passions, ne tendaient que « Vers le bien et n'étaient propres qu'à le faire tra- « vailler plus promptement et plus sûrement à la (c conservation et à la protection de son être. Tous « ces mouvements-là étaient soumis à la raison. lis
BàmEL DE SUPERYILLB. 403
<r raverttssaienf sans loi commander. Ils réveillaient ce râme sans la troubler. Ils excitaient son activité «r et ses forces sans l'emporter trop loin. Après l'a- « voir avertie, ils attendaient ses ordres sans impa* « iience, ils suivaient ses lois sans passer an delà et «c sans Tentrainer pins loin qne le but. Ses affections « n'étaient ni trop ferventes ni trop relàciiees, éga- «c lement éloignées de i'esoès et de la langueur, du « trop et du trop peu. Elles se portaient toujours <x yers de bons objets, et elles s'y portaient d'une cr manière convenable et légitime. Elles ne désiraient a rien qui ne fut désirable et elles ne demeuraient a pas oisives et indifférentes; elles n'oubliaient pas « à désirer ce qui était digne de rétre, lorsqu'il leur « était présenté (1). »