‹ Histoire de la prédicationChapitre 35 sur 55 · Hais c'est Dieu qui a donné à l'homme le libre · texte numérisé non relu

Hais c'est Dieu qui a donné à l'homme le libre

(0 Tome Iw, ptgcs

^12 DAHIEL SCPSRVILLE.

arbitre. — « H est vrai, sans franc arbitre 1 homme «t ne serait pas tombé; mais sans une volonté libre, « qui agit par connaissance et par choix, Thonime « n'eût pas été une créature raisonnable, capable « d*aimer Dieu, capable de vertu et de jouir d'un a bonbeur infini ef souverain. Or, n'est-ce pas quelque a chose d'excellent qu une âme. libre, capable d'ai- «r mer, de goûter, de posséder le souverain bien, et « de jouir duue félicité parfaite, si nous le vou- «lons(l)?»

3. Dieu ne pouvait-il pas empêcher la mutabilité d'Adam? — « Il né s'agit pas de ce que Dieu ponte vait faire, mais de ce qu'il a jugé devoir faire, selon a sa sagesse et son bon plaisir, que riiomiae ne peut « vouloir contrôler sans extravagance. Disons plus. « Par quelle raison croyons-nous que Dieu fût obligé « à changer l'ordre de la nature et à recourir à des CE .voies surnaturelles et miraculeuses pour arrêter la « mutabilité de riiomme? N'était-ce puiul assez que «c Dieu lui eût donné toutes les perfections nécessaires ff à sa nature et sufiSsantes pour le rendre heureux « dans 1 état naturel? 11 l'avait laissé muabJe, il est a vrai; mais cela était convénable aux lois de Tordre. « Car ce qui est purement naturel est muable, capable « d'altération et de changement. Toutes les créatures «c du monde sont sujettes au changement, chacune en a leur genre. Couuuent est-ce que l'homme ne l'au- « rait pas été dans le sien? Il n y a aucune créature « qui puisse être exempte de cette mutabiUté que par

(1) Xono 1"» page 4M.

DAMIEL m SDPBRmU. 513

« une voie surnaturelle et par grâce. Or Dieu n*étaU

<c pas obliG;é d'ajouter la dispcnsalion de la grâce à « celle de la nature; car, outre qu'il est libre et a maitre de ses dons, c'est qu'il s'était sans doute « prescrit cette loi d'ordre, d'agir successivement et « par degrés, comme nous yoyom qu'il le foit dans a tous ses ouvrages, et qu'il avait résolu de n'ajouter « la grâce à la nature que lorsque la première voie « aurait manqué et aurait été insuffisante. Ne dites « donc plus : Pouri^uoi Dieu n'a-t-il ])as créé Adam «t inunuable? ou pourquoi n*a-t-il pas fixé son firanc « arbitre par des moyens surnaturels? C'est qu'il vou- « lait laisser les choses dans Tordre naturel, suivant « lequel Adam pouvait demeurer debout, s'il eftt fait « tout ce qu'il pouvait iaire. D ailleui-s, Dieu est « libre; c'est ce qui parait par l'admirable diversité <f des êtres. Pourquoi n'a-t-il pas créé les hommes «c aussi parlaits que les anges, les bêtes aussi par- « fûtes que les bommes, et les pierres aussi parfaites « que les animaux? Pourquoi suit-il les lois d'ordre a dans la génération et l'accroissement de toutes les « choses vivantes? Pourquoi chaque arbre commence- « t-il par une petite plante ou par une petite se- « m^ice? Pourquoi les hommes ne crdssent-iis pas « en un jour? (7ost une folle pensée que de vouloir « que Dieu ait du iaire tout ce qu'il pouvait. Certes, <e cette extrême variété qui se trouve dans les créa- « tures nous enseigne qu'il a été libre à Dieu de <K donner à chacpie être telle portion et telle mesure a de perfection qu'il lui a semblé bon, et qu il s'est

bik DANIEL DE SUfERVlLLB.

« plu dans cette diversité. Puis donc qu'il a été libre a à Dieu de distribuer les perfections comme il l'a <c trouvé à propos, pourquoi ne lui aura-t-il pas été (c permis de créer une nature intègre, mais muable, K pour la conduire ensuite à un élat plus parfait? ce Ainsi Ton ne peut accuser Dieu de ce qu'il n'a pas « créé rhomme immuable : premièrement, parce ce qu'il ne devait rien à l'homme; secondement, « parce qu'il lui avait donné des lumières, des lois a et une pente dans sa volonté, qui devaient ar- « rèter sa mutabilité, l'empêclier de changer en « mal; en troisième lieu, parce qu'il l'avait fait « tellement muable que pourtant peu à peu et avec «c le temps, par degrés, par Texpérience et par. « l'habitude, cet homme pouvait devenir ferme et « confirmé dans le bien, et enfin arriver, après le « temps d'épreuve, à un état incapable de change- « ment (1). »

4. Dieu ne pouvait-il pas prévenir la chute par quelque action de sa part? — « Souvenons-nous que « Dieu voulait laisser l'homme pour quelque temps (X dans un état d'essai et d'épreuve, comme nous vous ce l'avons fait voir. Or, n'aurait^ii pas été contraire à « ce dessein que Dieu eût empêché la tentation, ou (K prêté un secours surnaturel à l'homme? Ëprou- « verai-je la fidélité de mon serviteur, si j'empêche « moi-même par quelque moyen invincible qu'il ne <K puisse être en état de me désobéir s'il le veut? Il « est vrai qu'aujourd'hui, dans la grâce, Dieu, en

(0 Tome I*', ptgea 466-i<9.

DAlflSI. DB SUPBRTILLB, Ôl5

<c nous commândant la fidélité, nous détermine en a même temps, en qualité de père, par une grâce irc( résistible, à hii obéir; mais c'est (|iic nous ne soma mes plus sous le simple bénéûce de l'alliance de la « nature, et que nous sommes sous celui de Talliance « de grâce, où Dieu agit d'une autre manière et par <c une dispeusation surnaturelle fondée en Jésus* « Christ (i). »

5. Dieu avait prévu tout ce qui est arrivé : comment se plaint-il encore? — « Dieu n'a point été un « spectateur oisif dans ce grand événement; il l*a yu, a il l'a prévu; mais sa prescience n'a point influé « dans l'événement pour le produire, et elle n'en a « point été la cause efficiente. Sa prescience n'a point a forcé l'homme. Dieu a résolu, décrété de permettre a cette chute, de la laisser arriver, mais non de la « produire ni de l'opérer. Il a soutenu et conservé a l'homme dans l'usage de ses facultés' naturelles «c selon les lois qu'il s'est établies lui*même pour le « concours nécessaire à la conservation de lous les « êtres. Mais en conservant l'homme, il n'a eu au- « cune part au défaut de son action, à la malice, « au mauvais tour de ses pensées et au détour qu'il a a fait de sa volonté, en abandonnant le souverain ce bien pour se tourner vers le bien apparent et <t faux (2). »

Ckïndusion : « Arrêtons-nous ici, mes frères. La « malice de l'esprit humain et la témérité des impies « qui cherchent beaucoup de discours et qui sont tous

(1) Tome 1", page 459. (2) /6td., page 470.

516 DANIEL DE SUFËRViLLE.

a les jours féconds en nouvelles inventions pour at*

a laquer TÉcritui e et la religion , nous ont obligé <c comme malgré nous d'approcher de ces abîmes. a Heureux si, sagement effrayés de leur hardiesse et « alfcrmis de plus eo plus dans la foi, nous repous- « sons toutes leurs vaines chicanes et faisons taire nos c( propres doutes, pour nous tenir fermement aux vécr rit(^s révélées. Apprenons de plus en plus à justia fier Dieu et à nous accuser nous-mêmes... Je n'ai « pas le temps de vous faire voir comment nous nous «c égarons tous à T exemple de notre premier père a et de vous montrer dans ses descendants la vérité a de ce que dit le Sage (jue les hommes ont eux- « mêmes cherché beaucoup de discours, beaucoup « de pensées, Cfui sont la cause commune et ordUnaire a de toutes leurs chutes. Ce serait un détail utile et a agréable, si nous avions le loisir d'y descendre, «c que de suivre les pécheurs dans leurs différentes tf routes et de vous faire voir comment chacun est « fertile en illusions pour se séduire et se déguiser « le mal, actif à chercher de faux biens et à se pro- « mettre à soi-même mille chimères, mille plaisirs « dans le péché, habile à se couvrir et à excuser ses <c fautes quand elles sont faites. Aiulices trompeurs «c d'un cœur corrompu, opposés à notre première a droiture! Voies d'égarement, qui nous conduisent « infailliblement à la lin daiis une danuialion étera nelle 1 Sortons, sortons pour une bonne fois, mes Qc frères, de ce chemin de perdition; renonçons au « péché et à tout ce qui nous y mène... Humilions-

DANIEL DS SUPBRVILLB. 517

« nous en pensant à notre chute^ et recourons à la « grâce pour nous relever (1). »

Voici encore un sermon de spéculation religieuse, la Vanité du monde H la arlUude du bonheur de$juêU$j sat cette parole de Jean : Le monde pa$$ê, et $a eon^ voitise; mais celui qui fait la volonté de Dim demeure éiemeUement. (i Jean II, 17.)

Nous citons le commencement de Texorde : a C'est un assez beau spectacle que celui d'un « large fleuve, qui roule ses eaux avec bruit. Cest « un objet qui attache agréaljlement, surtout dans a un jour serein d'été, où l'eau parait claire et pure « et la rivière chargée d'hommes et de bateaux, tà a on aperçoit les poissons qui nagent et jouent; ici a un pêcheur qui leur tend l'appât trompeur de a Thameçon, ou qui les enveloppe dans ses filets; ail- « leurs un nageur qui fend les vagues ou qui tâche « de remonter le courant; et çà et là des barques et <r des vaisseaux, dont les uns montent avec peine et a les autres descendent avec rapidité, emportés par « le fil de Teau, que les matelots aident encore par « les efforts de leurs bras. Il est malaisé, lorsqu'on <t se trouve sur le bord, de ne s'attaciier pas à tous « ces objets et de ne suivre pas, au moins des yeux, « les flots rapides (jui s'entre-poussent et dont on ad- «c mire la vitesse. Mais à mesure qu'on les regarde, « ils s'en vont. L'eau qui coule toujours, fuit pendant a qu'on la considère; elle ne demeure pas un mo-

0) Tomel», IWgM 4T1-4T9.

518 DAN1£L D£ SLPERVILLE,

flc ment la même dans son lit; elle se hâte de porter « son tribut à la mer, où elle va se perdre ; les objets a qu'elle présentait changent on s'éloignent, et la « barque fait son chemin. Il n'y a que le bord et le ce spectateur tranquille qui y est affermi, qui de* cr meurent les mêmes. Le flot roule à ses pieds, les ce vagues passent, et lui, sans s embarquer sur le a courant, les laisse passer, et après les avoir suivies « (juclqae temps des yeux et de la pensée, il se rea trouve dans le môme état sur le rivage, où il est CI ferme et en repos. Mes frères, c'est là, ce me « semble, une image assez naturelle du monde et du a vrai chrétien (1) »

Cet exorde est lieureiix ; mais on sent qu'il manque à Supervilie, comme à Du Bosc, cerlames qualités de style qu'ont possédées à un haut degré les maîtres de la chaire catholique : l'art de peindre, de grouper, de présenter les choses d'une manière attachante, comme aussi Félégance et le fini.

La division est celle du texte.

L Le monde pane avec «a eammtise.

Définition des mots : monde, passer et convoitise.

Introduction : Toutes les créatures, comme entraînées dans le péché de l'homme, sont sujettes à la vanité. Ainsi, tout ce qui fait partie du monde, passe :

Page 1