‹ Histoire de la prédicationChapitre 41 sur 55 · Nos devoirs · texte numérisé non relu

Nos devoirs

a. Nous avons la grâce et la vérité : gardons-les. 6. « Ne changeons point la grâce en dissolution et

« la liberté en libertinage... Si la grâce elle-même «c devient une fois votre ennemie, qui est-ce qui «r vons défendra? Si la grâce vous accuse, qui est-ce a qui vous justifiera (2)? »

e. Christ nous a apporté la grâce et la vérité : imitons-le en faisant éclater partout la douceur, la miséricorde, la paix, la sincérité, la vérité dans toute notre conduite*

Ce discours est juste dans toutes ses parties, quoi-

(0 Tome II, pagei SST-SS». (S) Tomo Jl, p«se SS9.

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que la première ne soit pas suffisammeot claire. Mais je voudrais une forme moins didactique, plus historique, — moins de découpure, — plus de liaison et de fluidité.

Je ne voudrais pas faire deux parties parallèles de la comparaison des personnes et de celle des choses : la loi et la e;râce, la loi et la vérité, d'une part, — et puis Moïse et Jésus-Christ, de l'autre. Je ne ferais même qu'une seule partie de la comparaison des choses, considérant la grâce et la vérité comme une seule chose, ou la grâce comme étant la vérité, ce que la loi n'est pas.

Où en était riiumanité quand Moïse survient ? Elle n'avait ni loi ni grâce. Moïse, de la part de Dieu, donne la loi, rien que la loi. Ce mot ne signifie donc pas l'Ancien Testament, mais précisément la loi comme loi. Voilà ce que Moïse a donné. On doit y joindre, comme dépendance nécessaire, les dispensations merveilleuses qm ont introduit la loi, les bénédictions temporelles assurées à son accompliaseiiieiit, mais rien de plus. Le reste (je veux dire les promesses spirituelles, les dons spuiLuels et la révélation des faits primitifs) est autre chose que la loi, est un à-cunipte de l'Evangile.

La loi est un don; mais ellcf ne le serait pas en elle-même et sans la grâce.

Jésus*Christ vient, il ne survient pas comme ]\loise ; il ne donne pas quelque chose hors de lui; ce qu'il donne c'est lui-même ; la grâce et la vérité, c'est lui. La grâce, c'est le pardon (ou T alliance iacondition-

DANIEL DE SUPEEVILLB. 543

*i)elle) et un nouvel esprit (l'esprit franc). Ën donnant ceia^ il donne la vérité, La vérité ne s'oppose pas seulement au mensonge et à Terreur, maïs au symbole et à la vérilé incomplète. La loi avait des réalités et des symboles. Les symboles, Jésus*Christ les réalise; les vérités incomplètes, il les complète. Il nous dit par sa grâce toute la vérité sur Dieu, sur rhomme et sur le devoir de Thomme. Ainsi, même sur le terrain de la loi, la grâce est plus complète que la loi. Il faudrait montrer, en terminant, comment toutes ces vérités sont enveloppées dans la grâce.

Analysons maintenant quelques-uns des sermons de Superville qu'on peut considérer comme des sermons de morale, mais on nous souvenant, ainsi que je l'ai dit, que la distinction que j'ai proposée n*est pas absolue. On le peut voir déjà par le titre du premier que nous examinerons : La lutte entre la cÀatV êi TesprUy et par son texte : La chair cùwoaUe cmHre l'esprit^ et V esprit contre la chair, et ces chom-là sont opposées l'une à l' autre ^ tellement que mus ne faites point les dioses que vous voudriez. (Galates Y, 17.)

Exorde : Les guerres civiles et les tremblements de terre sont les fidèles images de l'état intérieur de rhomme. « Le cœur de Thomme est un état qui « n'est jamais en repos, toujours agité de guerres « civiles et intestines; cesl un royaume divisé contre « M-mêmej emnmt subststera^i^il? C'est un petit ti monde, mais perpétuellement secoué par des émo-

b'êk DANIEL DE SUPER VIJ.LB.

a tîons subites et intérieures, qui y font soutmiI

tt d'élranges bouleversements. 11 u'y a rien de plus cr étounaot que cette contrariété qui se trouve en « rhomme, en quelque état qu'on le considère, rien « de plus surprenant que ces combats qu'on y re- « marque. Il cherche la vérité, et il la hait. Il dé- « sire le bien, et il le fuit. Il souhaite d'être heu- «c.reux, et il s'abandonne à tout ce qui le rend « misérable. Le corps demande de certaines choses, « l'entendement y résiste et en veut de tout oppoa sées. La raison veut être quelquefois la maîtresse, « et les passions font à leur tour de subites irrup- « tions qui ravagent tout. Le péché est souvent « comme un vainqueur insolent, (jui m^e toutes a les pensées et toutes les affections de l'homme en « captivité. Mais la conscience revient aussi de temps «c en temps troubler sa possession et reporter la « guerre dans ràme, qui, dans ces agitations et ces « combats, ne peut souvent s'empêcher de s'écrier « avec Uébecea : S'il est ainsi, pourquoi suis-je^^i)? »

Division : 1. Les combattants.

IL Le combat, ou la double lutte de la chair contre l'esprit el de i'esprit contre la chair.

IIL L'événement du combat.

I. Les combat (ants. — Heureux état de l'homme innocent. « C'était un état de paix; il n'y avait point « encore de désordre dans Thomme, point' de dis- « corde au dedans. Adam, dans ses premiers beaux «f jours, qui durèrent si peu, ne connaissait, pour

(I) Tome U, pages 256-257.

DANIEL W SUPKRTILLl. 545

ÇL ainsi dire, ni la chair ni i esprit. » 11 avait un corps, mais soumis à la raison; Tâme, encore mattresse du char, pouvait le conduire à sa gui^e. « Adam, dans Tétai purement naturel, n'avait pas «t besoin de ce que rËcrîiure appelle V Esprit , cet « autre principe surnaturel que Dieu n'a doimé que « pour réparer la nature tombée. Mais depuis que « par la tentation du démon, par la négligence de c rhomme, et par le mauvais usage qu'il fit de sa « liberté, le péché fut une fois entré dans son âme ; « depuis que par le péché le désordre fut introduit 4K dans notre nature et que la balance fut pencbée du « cAlé de» biens sensibles, grossiers et terrestres; « entin, depuis que, par cette pente violente, Tâme «[ a été assujettie à l'empire du corps et des convoi- « lises, un seul principe est devenu le doniiii.int dans « rhomme pécheur, et ce principe c'est la chair ^ « c'est^à*dire la contiption morale de la nature. « Ci est cette corruption universelle, ([ui s'est ré- « pandue dans toutes les facultés de l'homme, que « saint Paul entend dans notre texte par le mot de « chair (1 j. »

Réfîatattoti de Topinion romaine que par la chair il faut entendre le corps.

Si Dieu avait laissé l'homme sans aucun secours surnaturel, il ne serait que chair. « Mais en vertu de a l'alliance nouvelle faite par le Fils de Dieu et pour «c Taniour de lui , le Père a trouvé bon de donner à « ceux d'entre les honunes qu'il a choisis selon son

(1) Tome n> pigw HM-Mi.

« propos arrêté une grâce spéciale, divine et surna-

« tiii Lllc, qui, procédant du SaiiU-Esprit, est elle- « même appelée Y Esprit de Dieu^ parce qu'elle en cr est reffet, et un effet si lié avec sa cause que l'Esa prit lui-môme est dit habiter au dedans de nous, « en tant que sa vertu et son efficace y résident... ce C'est râme de l'homme, en tant qu'elle est aidée « et viviûée par TEsprii de Dieu (1). »

Lorsque là conscience avertit et condamné y. le combat n'est que passager s'il n'est soutenu par la grâce. « La conscience seule n'est presque émue que « par les péchés atroces ; elle n'est pas délicate sur « les petites fautes. La conscience n'est ordinairece ment fort émue qu'après le crime commis : c'est <c la frayeur qui l'ébranlé par un mouvement d'es- « clave, et elle ne s'avise guère dans un hoiauie ir- <r régénéré de parler fort haut avant que le mal soit ce fait. De plus, la conscience est sujette à s'endurcir « peu à peu, à devenir cautérisée, insensible dans ce les grands pécheurs. Ce n'est donc pas même la te raison et la conscience seule que saint Paul entend a par V esprit qui convoite contre la chair. Il veut « parler d'un principe fixe, certain, qui agit con- « stamment dans les fidèles; qui s'oppose au péché, « sous quelque forme qu'il se présente ; qui s'y opce pose par une vue noble, à cause de Dieu et par « amour pour lui; qui s'y oppose non-seulement « dans les crimes atroces, mais aussi dans les plus c petits péchés et dans les fautes les plus légères;

(I) Tome U, pages

DANIEL 0£ SUFERVILLE. 64T

(c qui s'y oppose enfin, non simplement après le « grime commis, mais même dès qu'il se forme dans «t le oœnr le moindre penchant vers le mal. Ce prince cipe est, si vous voulez, la conscience, mats non « celle de l'homme naturel; c'est la conscience du a fidèle, animée, purifiée par TËsprit de Dieu; c'est « la raison, mais la raison changée, élevée, perfec- <c tionnée par la grâce; c'est, en un mot, l'habitude « de la régénération, formée en lui peu à peu par « l'opération du Saint-Ksprit. C'est là le principe qui « luUe contre la chair (1)* ^

Or ces deux choses sont opposées Vun$ à Vautre. Comment elles peuvent subsister dans le même homme. C'est un mélange de qualités contraires, comme dans le crépuscule, comme dans la convalescence.

Pourquoi Dieu permet-il cette contrariété dan& rhomme? « Parce qu'il a résolu de distinguer l'état

a de la grâce d'avec celui de la gloire, et qu'il agit «c par des lois d'ordre, qui conduisent peu à peu le « fidèle à la perfection. Si Dieu avait voulu produire ce dès le commencement dans ses élus une sanctificc cation sans combat et sans résistance, il aurait ce lallu qu'il eût chaiii^u tout d'un coup, par miracle, «c la constitution de l'homme et les lois de l'union du <c corps et de Tâme. Il aurait lallu qu'il nous eût « voulu sauver absolument, sans nous , sans nous « faire faire aucun usage de notre liberté, sans nous «c faire entrer pour rien dans la victoire sur le péché.

(0 Tome U, pafes 36»-a70.

546 DANIEL OS SUPERVIU.1(.

cf Ce n'a pas été le dessein de cet Être tout sa ire ; il <c tt'a voulu agir daus cette vie que d'une manière ce proportionnée à Tétat présent du monde, à celui « de nos corps et de nos facultés, et confomie à ce notre liberté, il a voulu nous faire agir, nous faire « conil)attre et nous faire triompher à la fin, mais « comme les soldats de la terre par une longue mi- « lice, où nous ne devenons habiles, expérimenlés, « maîtres dans Tart de vaincre, qu'à force de com- « bats et de blessures reçues, et par des victoires « difficiles, remportées avec peine et avec péril. « Voilà pourquoi il y a encore des choses opposées « Tune à l'autre dans les fidèles. Voilà pourquoi la a chair et V esprit y suljsisteiit ensemble. Voyons mainet tenant leur lutte. C'est notre seconde partie (I). »

n. « L'Apôtre exprime ce combat par le mot de a cotwoiter^ ou de former des désirs : la chair con- « voite anUre Vesprit, et Vespril contre la dmr. Ce « terme de convoiter était de lui-même crénéral dans « son origine, également propre à marquer toute «c sorte de désirs, les bons aussi bien que les mau- « vais... Par ce mot saint Paul exprime tout ce que « la chair et Tesprit produisent en nous, désirs, in- « clinations, délibérations, actions. Les désirs sont « la production la plus naturelle du cœur humain, <r la première source de ses actions, qui commen- « cent par îà, avaiit que d'en venir à la résolution « et à l'exécution. Il a donc fort bien reporéeenté « par les termes de amocitir l'un contre fautre ce

(0 Tome 11, p«g«* 3T3-9T4.

DtANlBL DB supnmuB. 640

a que nous exprimoos par i idée d'ua combat ou o d'une lutte entre ces deux partis opposés (1). »

i. U Apôtre commence par la luiu de la chair. a II a eu raison de la faire marcher la première : a elle est Fatnée, elle a la première possession; c'est a le vieil Adam; elle est eu nom avant l'esprit, et <c comme Ësaû^ elle veut faire valoir son droit d'ai- « nesse. C'est l'homme fort qui ^ardc lu maibuii; « il n'est pas facile de le lier et de le déposséder <K de là. Dans l'état d'irrégénération , cette chair « est comme un roi exactement et tranquillement a obéi (â). » Quand la loi survient, il se produit déjà quelque agitation; mais le vrai combat commence quand Christ vient apporter les lois de son Evangile et agir par son Esprit dans Tftme des lidèles.

Remarques générales. — Ce combat est rude et dangereux. La chair est forte; sa force résulte de

bien des causes; tout Taide, se joint à elle et la favorise.

Ce combat est long et ujjiuiâtre; il dure touLe la vie. « Dans le grand monde, les désordres ne sont lie jamais de longue durée; les vents impétueux n'a* a gitent pas toujours les airs; les orages sontbien- « tôt suivis du beau temps et le calme succède de « près aux tempêtes. Mais il n'eu est pas ainsi dans « l'homme, qui est le petit monde. Comme un Ilot

(1) Tome 11, pages 975-370.

(3) Tome U, fwge 27S. — Ceci ne va-Ml fus trop loin? Un dniiple malalie n*«l>il pM d4à une luUe^ et lous ne senlenUils pas oe maliise?

ÔÔO DAKIEL DE SUPEilVlLLE.

c< |K)usse un autre flot, une passion succède à l'autre, a et il n'est point de temps où l'on puisse dire qu'il • « y ait un calme parfait. Les autres guerres ne « durent pas toujours; elles ont leurs surséances, « leurs trêves, qui en suspendent le cours, et d'heu- 'ff reuses paix qui les suivent et les finissent. Ici « je vois une guerre qui ne finit point, un coma bat dont nul âge, nulle condition, nul sexe n*est *« exempt. La vieillesse elle-même, où Ton quitte « le harnois et la milice, n'est point un temps de « repos du côté des passions. On ne voit guère de « vieillards qui puissent dire : Je n'ai plus qu'à « pendre mes armes, comme on faisait autrefois « dans les temples des dieux lorsqu'on ne voulait « plus aller à la guerre. La \ieillesse a d'autres com- «c bats que la jeunesse, mais après tout, la dmr y <c convoite encore contre Vesprit, En un mot, bien « qu*ici*bas la grâce aflkiblisse les passions, qu'elle « les surmonte, on peut dire qu'elles restent toujours « les armes à la main tandis que l'homme est vi- « vant. Ce sont des ennemis vaincus, mais qui se « défendent encore, et qui reviennent souvent à la « charge. Ce n'est qu'en mourant que le fidèle peut « dire : J ai vaincu. Ce n'est que lorsque le temple «t de son corps est renversé que les Philistins meurent • « avec lui (i). »

Mais ces remarques sont trop générales; descen** dons dans un plus grand détail.

La chair conduite coutie l'esprit avant la conver-

ttANlEL LE SUPEHYILLE. 551

sion; — après la conversion; — même dans les fidèles les plus avancés.

La chair convoite, en mêlant rimperfeciion à chaque bonne action.

c< Enfin, cette chair revient queiquetois par des « attaques encore plus dangereuses, par des irrup-

« lions violentes qui désolent tout. Soit qtt'alors a quelque négligence ait précédé, qui, en ralentisc( sant la piété et contristant Ffisprit de Dieu, ait . « fait passage aux passions et ait ôté à rânic ses « deux gardes, la vigilance et la prière; soit que « rimpression forte de quelque objet extérieur sou- « lève si subilemeut et si violemment les passions et (X rimagination, que Tâme soit terrassée avant que « d*avoir pu se mettre en défense : toujours n'est-îl et que trop certain par divers exemples, que les saints Cl eux-mêmes tombent quelquefois dans de grands « crimes; de sorte qu'alors il est vrai de dire, non- « senli ment que la chair convoite contre l'esprit^ mais « qu'elle triomphe pour un temps (i). »

Cette pensée était délicate à exprimer; mais dès que Torateur Texprimait, il devait s'y arrêter davantage. Ces chutes soudaines étonqent comme la foudre qui éclaterait dans un ciel d'azur; elles peuvent faire douter les esprits superficiels de la fidélité de Dieu; elles effraient, et Forateur aurait dû faire passer cet eiïroi dans l'âme de ses auditeurs.

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