HISTOIRE DE LA PKESSE
des inscriptions de prétendues traces des journaux de Sparte et d'Athènes. Malgré l'autorité du docteur Johnson , malgré Pautorité plus considérable encore d'un des hommes les plus savants et les plus ingénieux de notre temps, on ne saurait voir des journaux dans les acia diurna de l'ancienne Rome. C'est avec aussi peu de fondement qu'on a fait naître les journaux à Venise : cette opinion repose uniquement sur l'étymologie du mot gazette, qui est incontestablement un mot vénitien. Au temps des guerres contre les Turcs, le gouvernement de Venise, pour satisfaire la légitime curiosité des citoyens, faisait lire sur la place publique un résumé des nouvelles qu'il avait reçues du théâtre de la guerre , et on donnait une petite pièce de monnaie , appelée gazetta , pour assister à cette lecture, ou pour prendre connaissance de ce qui avait été lu. De là, disent les étymologistes, le nom de gazettes appliqué aux feuilles volantes contenant des nouvelles , lorsque ces feuilles furent imprimées et livrées au public. Rien ne semble plus naturel et plus satisfaisant qu'une pareille conjecture ; par malheur, on ne trouve en Italie aucune trace de ces feuilles imprimées. Quant aux lectures faites par ordre du gouvernement sur la place publique de Venise, elles avaient lieu probablement dans toutes les républiques italiennes, et certainement à Florence, ainsi que. l'atteste une collection de docu-
ments manuscrits conservée dans la bibliothèque de cette ville.
Ces documents, pas plus que les acta diurna, n'ont aucun rapport avec les journaux. De tout temps et en tous pays, les gouvernements ont eu besoin de porter leurs lois et leurs actes à la connaissance du public. Ici on a fait publier des bans au son du tambour et par l'office du crieur public, ailleurs on a fait à des époques régulières des lectures à haute voix ; ailleurs encore on a eu recours à des inscriptions, tantôt gravées sur la pierre , tantôt tracées sur des tablettes mobiles. Depuis l'invention de l'imprimerie, on se sert presque uniquement d'affiches apposées sur les murs. Les moyens ont différé , le but a toujours été le même. Inscriptions , proclamations , lectures publiques , ne sont que des voies diverses em- . ployées par les gouvernements pour mettre la multitude au courant de ce qu'il était indispensable qu'elle sût. Ce sont, si l'on veut, des publications officielles; ce n'est pas là ce qu'on entend par des journaux.
Le journal est fils de l'imprimerie : il est impossible sans elle. Rapidité de publication , périodicité régulière, faculté de se multiplier à l'infini, condensation d'une foule de matières dans un étroit espace, toutes ces conditions, qui sont l'essence même du journal, ne pouvaient être réunies quand l'imprimerie n'exis-
tait pas. C'est donc dans les temps modernes, et encore à une date assez récente, qu'il faut placer la naissance des journaux. Les Anglais ont de bonne heure revendiqué pour leur pays l'initiative de ce genre de publication; mais leurs prétentions reposaient sur une fraude d'érudit, dont personne ne peut plus être la dupe aujourd'hui. On conserve au British Muséum, au milieu de la collection de vieux journaux la plus complète qu'il y ait au monde, trois feuilles imprimées avec ce titre the Engtish Mercurie, portant les numéros 50, 51 et 54 , et la date de 1588. Il est question dans une de ces feuilles du départ de l'invincible Armada , dans une autre d'un engagement entre sir Francis Drake et la flotte espagnole, et de la capture du vaisseau le Saint-François, commandé par don Pedro de Valdez. A la fin du siècle dernier, Chalmers rencontra ces trois feuilles dans les recherches qu'il faisait au Brilish Muséum , et ne conçut aucun doute sur leur authenticité. Dans la biographie4 d'un grammairien et d'un journaliste écossais publiée en 1794, il fit honneur de l'invention des journaux à l'Angleterre et au règne d'Elisabeth, et il expliqua , par la terreur profonde qu'avait inspirée l'Armada aux Anglais, le recours à un nouveau mode de répandre les nouvelles. Sur la foi de Chalmers, toutes les