‹ Histoire de la presse en Angleterre et aux États-UnisChapitre 4 sur 71 · CUalmerà b Life of Thomas Ruddiman. London, 1794, in · texte numérisé non relu

CUalmerà b Life of Thomas Ruddiman. London, 1794, in

encyclopédies, tous les dictionnaires, tous les auteurs qui ont eu occasion de parler des journaux ont , depuis cinquante ans, fait remonter au règne d'Elisabeth l'apparition de la première feuille périodique. En 1839, un employé du British Muséum , M. Thomas Watts, s'avisa enfin d'ouvrir le précieux volume qui contenait YEnglish Mer curie, et le premier coup d'œil le convainquit que le prétendu journal de 1588 était l'œuvre d'un faussaire. Les caractères d'impression étaient manifestement de la seconde moitié du xvm* siècle, et la distinction entre les ù et les v, entre les i et les J, absolument inconnue aux imprimeurs du xvr siècle, était partout soigneusement observée. A part même ces indices matériels, l'examen du texte ne pouvait laisser aucun doute. Le faux journal donne à sir Francis Vere le titre de chevalier plusieurs mois avant que cet officier l'eût reçu d'Elisabeth; il emploie des mots qui n'étaient point encore en usage au xvie siècle ; il fait remporter une victoire par Drake un jour où l'amiral anglais courut au contraire le plus grand danger d'être pris par les Espagnols. M. Watts, dans une brochure1, démontra péremptoirement la fraude dont Chalmers avait été la dupe, et des recherches subséquentes lui ont permis d'at-

1. A lelier to Antonio Panizzi, Esq., etc., on thereputed earliest prin- Ud Newspaper, ttu Englith Mercurie, 1585. By Thomas Watts, of tht British Muséum. London, 1839.

tribuer au second lord Hardwicke la responsabilité de cette supercherie littéraire.

Le journal est né presque simultanément en Angleterre, en France, en Hollande, sous l'influence des mêmes causes. La controverse religieuse, si ardente au xvi' siècle, trouva dans l'imprimerie un instrument à la fois et un aliment. Les gros livres , trop longs à écrire, trop longs surtout à lire, firent place aux petits traités courants qu'il était facile de répandre. Les traités eux-mêmes furent supplantés par les manifestes , les proclamations , les satires , imprimés sur des feuilles isolées et habituellement d'un seul côté, qu'on obtenait à bon marché, qu'on se passait sous le manteau, et qu'au besoin on affichait pendant la nuit. Les partis , pour enflammer le zèle ou soutenir l'ardeur de leurs adhérents, faisaient imprimer et distribuer la relation des avantages qu'ils avaient obtenus. C'est par des circulaires de ce genre, cachées dans des selles de cheval, dans la doublure d'un manteau de voyage, que les protestants de France apprenaient les victoires de leurs coreligionnaires d'Allemagne, et ils usaient à leur tour du même moyen. L'usage devint bientôt général d'imprimer sur des feuilles séparées et de vendre à bas prix les relations de tous les événements remarquables, de tous les faits propres à affriander les lecteurs. On devait être naturellement conduit à réunir plusieurs événements sur

la même feuille bu &ths lë même bàhier, et le joui* où l'industrie d'un hommfc, encouragée par la curiosité croissante du public, donnerait un titre uhifôrme à ces feuilles volantes, établirait entre elles un ordre de succession, et leur assignerait un retour périodique, la gazette, le journal seraient créés.

Si l'on s'attache à la question de priorité, les dates semblent être en faveur de la Hollande et de l'Angleterre. De très-bonne heure, dès les dernières années d'Elisabeth et les premières de Jacques Ier, on trouve en Angleterré un grand nombre de feuilles volantes et de placards, intitulés News (Nouvelles) et contenant le récit d'événements qui s'étaient accomplis en Angleterre ou sur le continent. Dans ce dernier cas, le titré indique preèque toujours que les nouvelles offertes au public sont traduites de l'original hollandais, et ce soin , de la part des éditeurs anglais , suffirait seul à décider à l'avantage de la Hollande la question de priorité. Si l'on songe aux rapports journaliers qui existaient alors entre l'Angleterre et la Hollande , à l'étroite alliance qui unissait les deux peuples depuis que les Pays-Bas s'étaient soulevés contre Philippe II, oh ne sera pas surpris de voir un usage hollandais passer en Angleterre. A partir de 1619, un imprimeur du nom de Nathaniel Newberry fit paraître fréquemment des relations des pays étrangers sous le titre

uniforme de News; la périodicité manquait seule à ces publications pour en faire des gazettes. Trois ans plus tard, ce progrès fut accompli : le 23 mai 1622, Nicholas Bourne et Thomas Archer mirent en vente une feuille intitulée les Nouvelles hebdomadaires. Le titre complet 1 était : les Nouvelles hebdomadaires d'Italie, d'Allemagne, de Hongrie, de Bohême, etc.; c'était un sommaire plus encore qu'un titre. Le second numéro, celui du 30 mai, et plusieurs des suivants portent la mention ordinaire , traduit de l'original hollandais, qui constate l'emprunt fait au pays voisin. Les numéros semblent s'être suivis régulièrement ; mais si le nom de l'imprimeur ne change pas , celui des éditeurs change presque avec chaque numéro : c'est tantôt Nicholas Bourne et Thomas Archer, tantôt Nathaniel Newberry et William ShefFard. Il semble que plusieurs éditeurs se soient entendus pour faire , chacun à son tour, les frais de cette publication. Le 25 septembre 1622 paraît enfin le nom de Nathaniel Butter. Celui-ci était un ancien papetier

1. The 23 of May. The Weekly Newes from Italy, Germanie, etc. London : Printcd by I. D. for Nicholas Bourne and Thomas Archer. The 30 of May. Weekly Newes from Italy, Germanie, Hungarie, Bohemia, tho Palatinate, France and the Low Countries. Translated out of the Low Dutch Copie. London : Printed by E. A. for Nicholas Bourne and Thomas Archer , and are to be sold at their shops at the Exchange, and in Pope's-head Pallace, 1622.

dont les affaires avaient mal tourné , et qui , pour vivre, s'était mis à faire des brochures et à compiler des nouvelles. Ses premiers écrits remontent à Tannée 1611. Peu à peu il était devenu auteur de nouvelles à la main, c'est-à-dire que, moyennant salaire, il adressait par écrit aux gens le récit des événements du jour : c'était alors une profession fort répandue. A partir du 25 septembre, le nom de Butter figure régulièrement et en première ligne sur chaque numéro des Weekly News, mais il est toujours joint au nom de quelqu'un des libraires dont nous avons parlé. Il est probable que les libraires faisaient les frais de la publication , et que Butter était chargé de la rédiger pour leur compte. Par un changement qui paraît aujourd'hui tout simple et qui était pourtant une révolution , Butter faisait imprimer ce qu'il s'était jusque-là borné à écrire ; il mettait à la portée de tout le monde ce qu'il avait adressé à un petit nombre de personnes. Il est à remarquer qu'à partir du jour où le nom de Butter figure sur les Weekly News , les mots traduit du hollandais disparaissent du titre, ce qui constate l'originalité de la rédaction; et chaque exemplaire qui paraît de semaine en semaine porte , outre la date de sa publication, un numéro d'ordre, ce qui met hors de doute la périodicité du recueil.

Les Weekly News étaient donc un vrai journal dans le sens où nous prenons aujourd'hui ce mot. Ce

premier-né de la presse anglaise était loin d'avoir les dimensions formidables des journaux actuels. Un seul numéro du Times ou du Chronicle contient plus de matière que les Weekhj News n'en donnaient en une année. C'était une petite feuille in-quarto, imprimée sur un papier très-grossier, qui contenait à la file les uns des autres et sans aucune liaison les événements importants ou singuliers arrivés sur le continent : une victoire du comte de Mansfeld en Allemagne, un sacrilège à Bologne, un assassinat ou un empoisonnement à Venise , un grand incendie à Paris. Il n'esf jamais fait la moindre allusion à ce qui se passe en Angleterre , et les événements du continent sont l'objet d'un simple récit, sans aucune réflexion. Sous ce rapport, les Weekhj News ne diffèrent en rien des feuilles volantes qui les avaient précédées; mais c'était déjà une grande nouveauté que cet intérêt qui s'attachait aux nouvelles du dehors. Un siècle plus tôt, ce que nous appelons la politique extérieure, était l'affaire des rois uniquement et de leurs ministres ; les peuples y demeuraient absolument étrangers , et nul ne prenait souci en France de ce qui pouvait se passer en Angleterre ou en Espagne. Les guerres de religion mirent fin à cette indifférence mutuelle ; il y eut désormais, à part les rivalités des souverains, un intérêt commun entre les nations. La querelle qui se vidait par les armes

EN ANGLETERRE ET AUX .ÉTAtS-UNIS. 11

en Hollande du en Allemagne était la querelle de tous les protestants et de tous les catholiques : chaque bataille , chaque prise de ville mettait une moitié de l'Europe dans la joie et l'autre moitié dans la douleur. Les nouvelles , même des pays les plûs lointains , furent dès lors pour toutes les classes l'objet d'une ardente curiosité ; la propagation rapide et régulière de ces nouvelles devint un besoin public, surtout dans un pays comme l'Angleterre, placée à l'extrémité de l'Europe et isolée du continent par la mer. 11 n'est donc pas surprenant que l'époque de la guerre de Trente ans soit aussi celle de la naissance des journaux.

C'est en 1631 que parut le premier journal français, la Gazette de Théophraste Renaudot. On sait quelle est sur l'origine de la Gazette la tradition généralement admise. Le célèbre généalogiste d'Hozier était en relations suivies avec des savants et des personnes attachées aux diverses cours d'Europe ; ses nombreux correspondants le tenaient au courant de ce qui se passait dans les pays qu'ils habitaient, et d'Hozier communiquait toutes ces nouvelles à son ami Renaudot, médecin du roi, qui en amusait ses malades. Renaudot ne se bornait pas à débiter les nouvelles, il les mettait par écrit et en faisait plusieurs copies qui circulaient parla ville, et ces copies furent bientôt si recherchées, que Renaudot pensa à

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