‹ Histoire de la presse en Angleterre et aux États-UnisChapitre 31 sur 71 · VI. A Catalogue of Books and Pamphlets publiahed · texte numérisé non relu

VI. A Catalogue of Books and Pamphlets publiahed

VII. Observations on gardening and a list of Fairs. Together whith a table of contents to each month. Collectcd chiefly from the public papers by Sylvanoa Urban.

4° la liste des décès, naissances et mariages dans les grandes familles, les nominations dans l'Église et dans l'armée; 5° les cours des denrées, des fonds et du change, et la liste des déclarations de faillites; 6° la

liste des livres et brochures publiés dans le mois ; 7° des observations sur le jardinage, l'élève du bétail, l'art vétérinaire avec l'indication des foires. Chaque numéro paraissait, non pas dans le mois dont il portait la date , mais dans les quatre ou cinq premiers jours du mois suivant; le numéro de janvier contenait donc le détail de tout ce qui s'était passé en janvier; ce n'est qu'assez tard que le mode actuel de publication fut adopté. Au-dessus du titre une vignette représentait une main tenant un bouquet avec cette devise : E pluriôus unum; c'était un emprunt fait au Gentleman s Journal de Pierre Motteux. Enfin le frontispice de chaque collection annuelle représentait, et représente encore aujourd'hui la porte Saint- Jean , près de laquelle Cave avait établi sa résidence.

La partie la plus étendue du recueil était celle qui était consacrée àla reproduction ou à l'analyse des journaux. Elle n'occupe pas moins de 15 à20 pages sur 48. Cave s'en était chargé personnellement , et on doit reconnaître qu'il s'acquittait à merveille de sa tâche : les articles reproduits paraissent choisis avec discernement, les analyses sont claires et substantielles. Cave rapprochait en outre les attaques et les réponses , en

sorte que l'on peut suivre jour par jour la polémique des partis, et qu'on a un tableau fidèle des discussions politiques et du mouvement de l'opinion. Les permières années du Gentleman1 s Magazine forment donc une collection précieuse à consulter pour l'historien. La poésie occupe 4 où 5 pages dans chaque numéro : les collaborateurs de Cave furent presque tous des hommes médiocres, tels que Moses Brown1, John Duyck, John Leckmann : néanmoins le Gentleman s Magazine eut la bonne fortune de publier quelquefois des vers de Pope, et assez souvent des pièces de Thompson, de Savage et de Samuel Johnson. Pendant quelques années, Cave institua des concours de poésie pour lesquels il proposait des prix en argent et en livres; mais, contre son attente, aucun poëte en renom ne prit part à ces concours; et il y renonça. Les nouvelles de l'étranger étaient très-courtes et très-maigres; elles se réduisaient à la mention des voyages des souverains, à leurs édits et à leurs proclamations : elles tiennent rarement plus de deux à trois pages par numéro. De temps en temps Cave glissait dans ses nouvelles le texte d'un discours royal ou d'une adresse de la Chambre des communes ou d'une protestation de quelque membre de la Chambre des lords. Enfin dans son numéro de juillet 1732, après avoir rappelé qu'il avait publié six mois auparavant le discours d'ouverture de la session, et les réponses du roi aux adres-

ses des deux Chambres, il annonça qu'il rendrait désormais un certain compte de ce qui se passait dans la Chambre des communes (1). Cave sentait le besoin de conserver la faveur publique; des concurrents lui étaient nés.

C'est là l'inévitable conséquence de tout succès. Le Gentlemaris Magazine avait réussi au delà de toutes les espérances de son fondateur. Il avait fallu faire jusqu'à cinq éditions dès premiers numéros; et la vente du recueil ne tarda pas à atteindre le chiffre, énorme pour l'époque , de dix mille exemplaires. Ce résultat inattendu ouvrit les yeux aux libraires qui avaient repoussé les propositions de Cave. Il existait à Londres, depuis le mois de janvier 1729, un recueil mensuel, intitulé le Monihly Chronicle, qui était consacré à l'indication et à l'analyse des publications nouvelles, livres, pièces de théâtre , sermons, brochures, etc. Ce recueil fut acquis par le libraire J. Wilford, qui, à partir d'avril 1732, le fit paraître sous le nom de London Magazine or Gentleman $ Mont hly Intelligencer. C'était , on le voit, le titre retourné du recueil de Cave. Trois mois après, les libraires Cox, Clarke et Astley et l'imprimeur C. Ackers s'associèrent à J. Wilford pour la publication du nouveau recueil qui fut exactement calqué

1. We shall proceed to give some account of the Debates in tbe House of Commons.

sur le Gentleman* Magazine. C'était le même format, le même plan et la même distribution des matières. Le prix était également de six pence par numéro. Le London Magazine avait pour frontispice une vue de la Tamise , et pour devise : Multum in parvo. La seule innovation du nouveau recueil fut de

donner avec étendue les débats du Parlement» dont il commença la publication en août 1732. Ce fut pour le London Magazine un grand élément de succès ; et Cave fut obligé de suivre immédiatement ses concurrents dans cette voie. Il en résulta pour les uns et les autres des démêlés avec le Parlement.

Nous avons vu, à propos des journaux politiques, que les deux Chambres considéraient comme une violation de leurs privilèges toute reproduction de leurs débats. Elles faisaient publier tous les ans, sous l'autorité de leurs présidents, un extrait de leurs procèsverbaux , intitulé Votes and Proceedings in Par liament, et elles prétendaient interdire toute autre publication. La Chambre des lords alla jusqu'à faire détruire un volume de la collection de Rymer, connue sous le nom de Fœdera, parce qu'il contenait l'analyse de discussions qui avaient eu lieu sous Charles Ier. Néanmoins, un réfugié français, Abel Boyer, commença en 1711 à faire paraître tous les mois un petit cahier intitulé The Political State, qui contenait la reproduction fidèle des débats des deux Cham-

bres. Il prenait seulement la précaution de remplacer, pour la Chambre des lords , les noms des orateurs par des numéros d'ordre. Une table placée à la fin du recueil faisait connaître le nom qu'il fallait substituer à chaque numéro. Boyer continua cette publication jusqu'à sa mort, arrivée en 1725, sans être jamais inquiété ; et les discussions parlementaires de ces dixhuit années ne sont guère connues que par son recueil. Le Political State ne cessa de paraître que plusieurs années après la mort de son fondateur; et les Magazines se bornèrent longtemps à reproduire ses comptes rendus. Malgré la grande popularité des nouveaux recueils , quelques années s'écoulèrent sans que le Parlement parut s'inquiéter du mépris qui était fait de ses défenses : les Magazines d'ailleurs, obligés d'attendre l'apparition du Political State, ne pouvaient commencer la publication des débats qu'après la clôture de là session, alors que les Chambres n'étaient plus là pour faire respecter leurs décisions. Mais en avril 1738, un journal eut l'imprudence de publier la réponse du roi à une adresse de la Chambre des communes, avant que cette réponse eût été communiquée à la Chambre par son président, ce qui, dans les usages parlementaires, était la seule voie légale de faire arriver les paroles royales à la connaissance de ses sujets. Le président en prit occasion de se plaindre à la Chambre des licences inconvenantes que se permettaient

certains imprimeurs; et, à la suite d'un long débat , la Chambre des communes décida que toute publication de ses débats, soit pendant la durée, soit dans l'intervalle des sessions, serait l'objet des poursuites les plus rigoureuses. Les Magazines n'osèrent affronter la sévérité du Parlement; et cependant ils ne voulurent pas désappointer la curiosité du public. Ils continuèrent à publier les débats , mais le London Magazine imagina de substituer aux noms des orateurs des noms romains; lord Chesterfield devint Menenius Agrippa, le premier Pitt Juiius Florus, et Windham Furius Camillus. Dans le Gentleman' s Magazine, le Parlement fut transformé en sénat de Lilliput, divisé en deux chambres, celle des Hurgoes et celle des Clinabs ; et les noms des orateurs furent légèrement défigurés par des transpositions de lettres ou des traductions partielles. Ces précautions n'empêchèrent pas Cave et Astley d'être traduits devant la Chambre des lords, réprimandés et condamnés à l'amende. A partir de ce moment, les débats du Parlement ne furent plus reproduits qu'à intervalles et par petits fragments, jusqu'au jour où l'opinion populaire imposa aux deux Chambres le contrôle de la publicité.

On pense bien que la naissance du London Magazine causa un vif déplaisir à Cave. Une longue guerre d'épigrammes et d'injures s'engagea entre les

deux recueils rivaux qui s'accusèrent réciproquement de plagiat, et se rabaissèrent à l'envi. La collection du Gentleman' s Magazine pour 1747 parut avec un frontispice nouveau. Il représentait une colonne d'ordre composite, image allégorique du recueil, et portant en grosses lettres la date de sa fondation, 1731 ; quatre hommes avec des oreilles d'âne essayaient de renverser cette colonne ; ils avaient chacun un instrument différent, une massue, un marteau, une pioche et un levier en fer. Un méchant quatrain expliquait que ces quatre personnages étaient l'Envie, la Sottise, la Fraude et la Vengeance : c'étaient en réalité les portraits des quatre libraires , propriétaires du London Magazine, C. Ackers, T. Cox, J. Clarke et T. Astley. De l'autre côté de la colonne était un âne qui ruait contre elle, et qui était excité par un vieillard en haillons. Ce vieillard levait à demi un masque qui laissait apercevoir une figure entièrement noire. L'âne personnifiait un nouveau concurrent du recueil de Cave, Y Universal Magazine, fondé en janvier 1747.

Il faut rendre à Cave cette justice que dans sa lutte contre ses rivaux, il ne s'en tint pas à ces allégories de mauvais goût. 11 eut recours à un moyen plus honorable et plus sûr de les ruiner, en essayant perpétuellement de faire mieux qu'eux. C'était là sa préoccupation constante, et Johnson disait en plaisantant

qu'il n'arrivait jamais à Cave de faire l'action la plus indifférente, fut-ce de regarder par la fenêtre, sans penser à quelque moyen d'améliorer son recueil. Après avoir donné de temps en temps des vignettes sur bois, Cave ajouta au Gentlemaris Magazine des gravures, puis des cartes des pays qui étaient le théâtre de la guerre, puis à partir de 1746 des portraits des personnages célèbres. Lorsque la condamnation dont il fut l'objet en 1747 le contraignit à restreindre beau- . coup les débats parlementaires, il consacra l'espace devenu disponible à des articles sur les questions scientifiques qu'il accompagna de planches destinées h familiariser le public avec les nouvelles inventions mécaniques. Il publia aussi à partir de cette époque des notices avec planches sur le blason des pairs d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande , et une série de 28 planches contenant les armes de tous les baronnets anglais. Enfin une place de plus en plus considérable fut faite aux articles originaux , aux recherches sur l'histoire naturelle, et au compte rendu des livres nouveaux.

Cave s'aidait beaucoup, dans la direction de son recueil, des conseils d'un de ses meilleurs amis, le docteur Birch, homme d'une rare instruction et d'un grand sens ; mais il trouva un auxiliaire plus précieux encore dans le célèbre Samuel Johnson, qui fat pendant de longues années le collaborateur le plus assidu

du Gentleman'* Magazine. A la fin de novembre 1734, Cave reçut une lettre signée d'un pseudonyme dans laquelle on lui suggérait l'idée de joindre aux pièces de vers que son journal publiait de courtes dissertations littéraires en latin ou en anglais, des remarques critiques sur les auteurs anciens et modernes, et des réimpressions de morceaux perdus dans des ouvrages volumineux, et qui vaudraient la peine d'être sauvés de l'oubli. Cette lettre, qui demeura sans réponse, était de Johnson, alors maître d'école à Edial, près de Lichtfield. A la fin de 1737, Johnson vint s'établir à Londres ; il déposa dans les bureaux de Cave une ode latine , ad Urbanum , qui contenait des louanges si délicates et si bien tournées, que Cave ne put résister au désir de la publier : elle parut dans le numéro de février 1738. Ce fut le point de départ des relations de Cave avec Johnson , dont il inséra plusieurs poëmes dans les numéros suivants. «Bientôt après, Johnson devint l'un des juges des concours poétiques ouverts par le Gentleman s Magazine; puis il fut chargé de lire et d'extraire les livres nouveaux, de répondre aux questions des correspondants , et de revoir les comptes rendus des débats parlementaires. U ne tarda pas à devenir et il demeura presque jusqu'à sa mort le rédacteur principal et la cheville ouvrière du recueil. Une anecdote , qui n'a point trouvé place dans la vie de Johnson par Boswell, fera connaître

quelle était alors la condition des gens de lettres. Cave avait demandé à son collaborateur une biographie de Savage. William Harte , auteur d'une vie de Gustave Adolphe , dînant à Saint-John's Gâte, loua beaucoup cette biographie qu'il venait de lire dans le Gentleman s Magazine, Quelques jours après, Cave rencontrant son convive, ne put s'empêcher de lui dire : «Vous avez, l'autre jour, rendu un pauvre homme bien heureux par les éloges que vous avez donnés à la biographie de Savage. — Comment cela se peut-il, demanda Harte, puisque nous étions seuls à table ? » Cave lui rappela alors qu'une fois ou deux pendant le dîner, il avait fait porter une assiette pleine derrière un paravent. Ce paravent cachait Johnson, qui n'avait point voulu prendre place à table à cause du délabrement de ses habits, et qui, tapi dans son coin, avait entendu avec ravissement les louanges qu'on faisait de son œuvre. Cette biographie de Savage fut payée quinze guinées à Johnson : c'était une rétribution fort libérale pour l'époque , et dont Johnson té- . moîgna vivement sa gratitude : elle fait voir à quel prix il était possible alors d'acquérir le concours d'écrivains de premier ordre.

Cave , du reste , n'eut pas toujours la main aussi heureuse en fait de cpllaborateurs. Il se laissa prendre une fois aux grands airs et aux belles promesses d'un Écossais nommé William Lander, écrivain fort érudit

mais peu scrupuleux, qui commença en janvier 1747 une série d'articles pour prouver que le Paradis perdu n'était qu'une suite de plagiats. Lander prétendait que Milton avait copié YAdamus Exsul de Grotius, le Sarcotis de Jacques Meursius et les Poemata saci%a d'André Ramsay. Cette thèse audacieuse souleva de grands orages, et dans l'ardeur du débat , Lander ne craignit pas, pour soutenir ses dires, d'intercaler dans une citation du Triumphus Paris de Staphorstius des vers tirés d'une traduction latine du Paradis perdu , publiée en 1690 par l'Écossais William Hog, et depuis longtemps oubliée. Mais à Écossais, Ecossais et demi : il se trouva un compatriote de Lander qui connaissait aussi l'œuvre mort-née de Hog , et qui dénonça la fraude. Lander fut confondu , et l'éclat de sa mésaventure rejaillit sur le recueil imprudent qui avait eu le malheur de publier ses irapostures.

Cette mésaventure ne nuisit pourtant en rien au succès du Gentleman s Magazine, qui vit mourir l'un après l'autre tous les concurrents que la jalousie et la cupidité lui suscitaient. Aussi , la préface du vingtquatrième volume, en annonçant de nouvelles améliorations, plaignait-elle les recueils rivaux qui voulaient lutter avec le Gentleman s Magazine sans avoir ses ressources , et qui étaient réduits à publier de vieux dessins et des planches de vieilles machines ;

et elle contenait cette déclaration superbe : « Nous avons encore, il est vrai, des imitateurs, mais nous avons cessé de discuter avec eux , et depuis longtemps nous les laissons se briser eux-mêmes dans leurs efforts contre nous, comme les vagues qui battent vainement le pied d'un roc. En effet, ils se gonflent, ils écument , et ils grondent comme une vague; mais l'œil a pu à peine se fixer sur eux qu'ils ont déjà disparu; et qu'un autre, puis un autre encore, également bruyants, également vides , également éphémères , se soulèvent pour disparaître avec le même fracas. » Ce n'était pas en Angleterre seulement que le Gentleman' s Magazine trouvait des imitateurs : des recueils portant le même titre et rédigés sur le même plan furent fondés à Copenhague en 1745, à Hambourg en 1748, à Leipzig en 1753, à Stockholm en 1754, à Brème en 1761. Il serait hors de propos de dresser la liste de tous les concurrents que le recueil de Cave a vus disparaître depuis sa fondation . Le London Magazine, dont nous avons déjà parlé, réussit seul à s'établir et à fournir une longue carrière. Les plus riches libraires de Londres étaient intéressés u son succès ; ils ne négligèrent aucune des habiletés du métier, aucune des ressources d'une nombreuse clientèle pour propager le recueil dont ils étaient propriétaires. La publication du London Magazine, ne fat discontinuée qu'en 1783. UUniversal Magazine,

fondé en 1747, avait depuis longtemps cessé de paraître , après quelques années d'un brillant et éphémère succès.

Cave rédigea le Gentleman* s Magazine jusqu'à sa mort, arrivée le 10 janvier 1754 , et il eut pour successeur son beau-frère David Henry. Des mains de David Henry le recueil passa, vers 1778, dans cellesdu célèbre libraire et bibliographe J.-B. Nichols, auteur des Literary Anecdotes , qui le dirigea avec honneur et profit pendant près d'un demi-siècle, et, à sa mort survenue en 1826, le laissa à ses deux fils. Ceux-ci ont continué pendant trente ans l'œuvre paternelle; mais en juin 1856, vaincus, l'un par la fatigue de l'âge, l'autre par la mauvaise santé, ils ont dû se décharger de la plus grande partie du fardeau sur des associés plus jeunes. Ils ont le droit de dire que le Gentleman s Magazine n'a pas dépéri entre leurs mains ; il est aujourd'hui le plus prospère en même temps que le plus ancien des recueils mensuels de l'Angleterre.

En 1782, un an avant que le London Magazine discontinuât sa publication, James Perry, qui devait se faire une réputation comme rédacteur en chef du Moming Chronicle, fonda YEuropean Magazine. Ce recueil parcourut honorablement une carrière d'un demi-siècle ; il ne survécut que peu de temps à son fondateur , mort en 1821 . Dans cette longue période

on ne trouve à mentionner à côté de YEuropean Magazine, que des recueils spéciaux, tels que le Farmer's Magazine, qui parut à Edimbourg de 1800 à 1817, et le Philosophicaî Magazine, fondé à Londres en 1798, par Alexandre Tilloch. Cette dernière publication, exclusivement scientifique, était destinée à prendre en Angleterre la place qu'occupaient en France le Journal de Physique et les Annales de Physique et de Chimie. Le premier article de son premier numéro était relatif aux perfectionnements apportés par Cartwright à la machine à vapeur de Watt, d'invention toute récente. Le Philosophicaî Magazine donnait d'ailleurs peu d'articles originaux ; il vivait surtout d'emprunts aux travaux des savants français. Ce recueil a cessé de paraître depuis longues années , et il a été suivi dans la tombe par un nombre assez considérable de publications du même genre. Arrivons donc aux magazines contemporains.

Le Blackwoods Magazine compte aujourd'hui plus de quarante années d'existence, puisque son premier numéro a paru le 1er avril 1817. Il a eu pour fondateur un libraire d'Edimbourg *, Blackwood, homme

1. Aujourd'hui tous les Magazinet et toutes les Revues paraissent simultanément à Edimbourg et à Londres. L'Irlande possède le Dublin Univenity Magazine, qui a pour directeur un romancier spirituel, Charles Lever.

d'esprit et de sens, excellent juge des œuvres littéraires. qui a été pour beaucoup d'écrivains un ami véritable et un bienfaiteur. Ce recueil est le premier qui ait fait une place à la politique : il a été créé au moment où le rétablissement de la paix générale, en ranimant les espérances des whigs, fit sentir au parti tory la nécessité de défendre par la presse la prépondérance qu'il possédait encore dans le Parlement. Blackwood s'entoura donc de l'élite des écrivains tories, Walter Scott et le gendre de celui-ci Lockhart, Sym , Hogg, de Quincey. La direction fut confiée à John Wilson, dont le gouvernement récompensa bientôt les services par une chaire de philosophie morale à l'université d'Edimbourg, et qui est beaucoup plus connu sous son pseudonyme de Christopher North. Poëte de quelque mérite, Wilson était surtout un critique plein de finesse et de malice : il était merveilleusement secondé par Lockhart, homme de mœurs douces et faciles, qui, la plume à la main, devenait le plus âpre et le plus mordant des écrivains. Le nouveau Magazine commença, aussitôt sa naissance, une campagne en règle contre la Bévue d'Edimbourg, dont il combattit à la fois les opinions politiques et les jugements littéraires. Ce début fit grand bruit, et le succès du Magazine fut décidé par les Noctes Ambrosianœ, série d'articles en forme de dialogues où figurent comme interlocuteurs la plupart des ré-

dacteurs, et où les questions courantes de politique et de littérature étaient traitées avec une verve malicieuse et une intarissable gaieté. Outre les écrivains qu'on vient de nommer , le Blackwood's Magazine eut encore pour collaborateurs assidus, M. Thomas Hamilton1, auteur de quelques romans et d'un excellent ouvrage sur les États-Unis ; et le docteur Maginn, un des plus charmants esprits que l'Irlande ait produits, qui savait Rabelais par cœur , et dont les articles sur Shakspeare formeraient le plus brillant et le plus solide commentaire dont le grand poëte anglais ait jamais été l'objet. Maginn, que la misère devait conduire à l'ivrognerie, et l'ivrognerie à la folie et à la mort, a publié dans le Blackwood's Magazine , sous le pseudonyme de l'enseigne O'Doherty, une multitude d'articles humoristiques et de parodies en prose et en vers. Il est mort dans un grenier, en 1843, le lendemain du jour où une pension venait de lui être accordée par sir Robert Peel. Le recueil à la fortune duquel Maginn avait contribué, se soutient encore honorablement aujourd'hui, quoiqu'il soit loin d'avoir l'éclat et le succès qui marquèrent ses premières années.

Une des plus puissantes maisons de librairie de Londres, la maison Colburn fit paraître, le 1er janvier 1620,

Page 1