‹ Histoire de la presse en Angleterre et aux États-UnisChapitre 5 sur 71 · J2 HISTOIRE DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

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les faire imprimer et à les vendre. Cette anecdote, qui ne s'appuie sur aucun témoignage précis , peut être vraie ; mais elle a le tort de présenter comme une nouveauté et même comme un fait accidentel une chose fort commune à cette époque. Renaudot n'est pas le premier qui ait fait commerce de nouvelles; longtemps avant qu'il connût d'Hozier, longtemps même avant qu'il quittât la province, il y avait à Paris même, et plus encore à la Haye, des écrivains dont le métier consistait à rédiger des gazettes manuscrites et à les adresser régulièrement aux gens qui consentaient à payer pour les recevoir. Il existe des collections considérables de ces gazettes manuscrites expédiées par des écrivains français, pendant les premières années du xvnw siècle, à leurs correspondants des provinces et de l'étranger. Renaudot , praticien sans clientèle, qui avait à Paris la réputation d'un empirique plutôt que d'un médecin et qui était souvent réduit aux expédients, avait le génie des affaires. C'est lui qui imagina de créer à Paris les bureaux d'adresses , qui tenaient à la fois de nos cabinets d'affaires et de nos bureaux de placement , et de s'en faire attribuer le privilège avec le titre de maître général. Qu'il ait ou non écrit lui-même des nouvelles à la main, il eut le premier en France l'idée de remplacer l'écriture par l'imprimerie. Richelieu, à qui Renaudot demanda l'autorisation de publier et de

vendre ses nouvelles , s'empressa de l'accorder ; il fit même de l'impression de la Gazette un privilège , ce qui garantissait Renaudot de toute concurrence, mais ce qui mettait aussi son journal dans la dépendance directe du gouvernement. Le premier numéro de la Gazette parut le 1er avril 1631 , et ce recueil , rédigé après Renaudot par le fils de celui-ci, s'est continué sans interruption jusqu'à la Révolution. Le succès de la Gazette fut immense. Le caractère officiel du recueil , l'exactitude et la variété de ses informations étaient autant de conditions de réussite. Paris et la province s'arrachèrent la Gazette , et il n'était hors de France aucun personnage considérable qui pût s'en passer. Le roi Louis XIII était un des lecteurs assidus de la Gazette, et on a même prétendu qu'il y avait écrit quelquefois. Ce qui est hors de doute, c'est que Richelieu fournissait des notes et des renseignements à Renaudot, lui communiquait les faits qu'il avait intérêt à ébruiter, et lui confiait par extraits ou en totalité les pièces diplomatiques et les documents doi.t il voulait porter le contenu à la connaissance du public. Si insignifiante qu'elle nous paraisse aujourd'hui, la Gazette de Renaudot avait en son temps une portée politique dont les gouvernements étrangers s'alarmaient. « Je ferai, dit Renaudot en 1636, la prière aux princes et aux Etats étrangers de ne perdre point inutilement le temps à vouloir fermer le passage

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à mes nouvelles, vu que c'est une marchandisé dont le coftmierce ne s'est jamais pu défendre, et tient cela de la natiire du torrent, qu'il se grossit par la résistance. »

Par la régularité extrême de sa publication, qui ne souffrit jamais aucune interruption, par sa circulation européenne , par l'abondance et le choix de ses matières, là supériorité de sa rédaction et le nombre de ses correspondances, la Gazette de Reriaudot répond à l'idée que nous nous faisons d'un journal beaucoup mieux que l'œuvre de Nathaniel Butter. Par malheur, ce recueil, qui dut plusieurs années d'éclat à la protection de Richelieu et à la direction d'un homme d'esprit, demeura unique en France. La Fronde, qui fit éclore tant de milliers de petits pamphlets, ne fit pas naître un seul journal ; le despotisme de Louis XIV, mieux que tous les privilèges, mit la Gazette, désormais insignifiante, à l'abri de toute concurrence. La France, à qui nulle nation ne peut disputer l'honneur d'avoir créé les revues littéraires, n'a produit, avant la Révolution, aucun journal politique; c'est une initiative qui devait appartenir à deux pays libres : la Hollande et l'Angleterre. Revenons donc à Nathaniel Butter.

Le pauvre Butter n'avait point de roi parmi ses lecteurs, point de ministre dans sa clientèle : il glanait péniblement et au jour le jour les maigres nou-

velles dont il remplissait son petit carré de papier. Il les donnait toutes sèches, sans se permettre la moindre réflexion, se gardant de tout commentaire comme d'un délit qui aurait attiré sur lui les foudres de la chambre étoilée. Le vrai journal se faisait alors par correspondance. En Angleterre, comme sur le continent, les grands personnages avaient des correspondants, et cet usage y avait aussi introduit l'industrie des lettres-circulaires et des nouvelles à la main. Butter en avait longtemps vécu. La noblesse des comtés, qui venait rarement à la cour, n'avait gtière d'autre moyen d'information que ces lettres-circulaires ; et les établissements publics, les cafés, qui commençaient à s'établir, avaient soin d'en recevoir quelqu'une, afin de se créer, par l'appât de la curiosité* une clientèle plus élevée. Il fallut un long intervalle de temps pour que la feuille imprimée se substituât complètement à la gazette manuscrite des nouvellistes. Les raisons en sont bien simples . Les libraires qui employaient Butter étaient fort mal informés, et quiconque approchait un peu les grands était mieux instruit qu'eux. Les Weekly News s'aventuraient rarement à parler des affaires intérieures ; les nouvellistes en faisaient le principal sujet de leurs lettres, et nonseulement ils racontaient les faits, mais ils y joignaient des jugements, des appréciations qu'ils n'eussent pas osé imprimer. Les Lettres de Nouvelles (News-

Letters ) , comme on les appelait , étaient donc beaucoup plus intéressantes que le journal imprimé , et pendant un demi-siècle elles lui demeurèrent fort supérieures en circulation et en importance.

Le journal faisait de son mieux pour soutenir la concurrence , mais les esprits ne s'habituaient point à l'idée qu'on pût faire commerce public de nouvelles ; une gazette imprimée était une nouveauté si surprenante et qui faisait tant de bruit , que Ben Jonson , revenant au théâtre après un long silence , crut voir là un excellent sujet de comédie. Il fit jouer en 1625 l' Approvisionnement de Nouvelles* , dans lequel il ridiculisait Butter et son entreprise. Butter y est appelé maître Cymbal ; mais son vrai nom , qui signifie bewre en anglais, revient à chaque instant dans la pièce sous forme de calembour. Ben Jonson lui donne pour collaborateurs réguliers quatre coureurs de nouvelles ou émissaires chargés de recueillir tout ce qui se dit à )a cour, au cloître de Saint-Paul, rendez-vous des badauds de Londres , à la Bourse , et à Westminster, où siégeaient les tribunaux. Ben Jonson ajoute à ces quatre nouvellistes un mauvais poëte , un docteur en médecine , et , comme rédacteur irrégulier , Lèche-ses-Doigts , cuisinier-poëte , qui con-

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