JOSEPH DE CHAMPLAIN
Joseph de Champlain naquit à Sainte-Luce, comté de Rimouski, en 1870. En 1884, à l’âge de 14 ans, il suivait sa famille aux Etats- Unis, s’établissant à Fail-River. Là le jeune Joseph travailla pendant quatre ans dans une manufacture de coton. Il entra au bout de ce temps à la manufacture de chapeaux Marshall, où il demeura dix ans. Il avait peu d'instruction, maïs c'était un garçon intelligent; il parvint au grade de contremaître au salaire de $25 par semaine. Le peu qu'il sait, en français et en anglais, il l’a appris privément et en fréquentant l’école du soir. A l’âge de 28 ans Joseph de Champlain abandonna le travail industriel pour les affaires d’immeubles; il se fit courtier en immeubles; ses opérations portaient principalement dans le quartier de la ville appelé le Village Globe, où il avait son domicile, et où la construction se faisait alors sur une haute échelle. Il devint lui-même un important propriétaire. Après un certain temps les affaires de biens-fonds ne suffirent plus à son ambition, il voulait élargir son horizon et étendre le champ de ses opérations au-de:à des limites de Fall-River. Il conçut alors le projet de se lancer dans les affaires de mines dans le New-Hampshire. Il organisa la Granite State Mining Company, qui devint par la suite la Mt. Gardner Mining Company de Fall-River. Il organisa aussi la United Investment Company de Providence, et enfin la fameuse New England Investment Company de Manchester, dont le Réveil, qu’il avait fondé à Manchester, N.-H., était l'organe avec L'Etoile de Lowell.
GODFROY DE TONNANCOUR.!
Le sujet de cette silhouette est le plus ancien journaliste militant du jour dans notre presse canadienne des Etats-Unis. C’est pourquoi
1. Cette biographie est empruntée en partie du ‘Guide Français de Fall-River,' L.-J. Gagnon et Cie, éditeurs, 1908.
on l’a appelé parfois le “doyen.” Ce titre, au reste, lui convient à bon droit, tant par son âge que par ses longs états de service dans la presse.
M. Godfroy de Tonnancour, rédacteur en chef de L'Indépendant de Fall-River, naquit à Saint-François du Lac, P. Q., en l’année 1863. Il fit ses études au Canada et aux Etats-Unis et, dès sa sortie du collège il se voua entièrement à la carrière du journalisme qu'il a toujours exercé depuis presque sans interruption. C'est à Manchester, N.-H., qu'il fit ses débuts comme rédacteur à L'Echo à l’âge de dixhuit ans seulement. Plus tard nous le trouvons à la rédaction du Travailleur de Worcester. Il rédigeait ce journal pendant la maladie de Ferdinand Gagnon, son propriétaire, et il continua à en être le rédacteur pendant quelque temps, le journal étant publié par la veuve de M. Gagnon et M. Charles Lalime.
Arrivé à Worcester durant le printemps de 1886, l’année suivante il en repartait pour aller résider à Holyoke, où il fut successivement rédacteur du Défenseur et de L'Annexionniste. Ce fut à son passage en cette ville qu’il soutint cette longue polémique au sujet de l’annexion contre feu Joseph Tassé, alors rédacteur de la Minerve de Montréal et auteur des Canadiens de l'Ouest. De 1891 à 1892 il est rédacteur de L’Espérance, à Central Falls, R.-I. journal publié par J--M. Authier, et en 1893 il est associé à la rédaction du Daily News, à Pawtucket, R.-I.
Comme l’on sait, les débuts de M. de Tonnancour dans le journalisme furent passablement instables. C’est que dans ce temps-là les journaux qui existaient n'avaient pas pour la plupart un brevet de longue vie et, un journal tombé, il fallait bien que celui qui voulait persister quand même dans cette carrière ingrate, cherchât un autre champ pour continuer les bons combats en faveur de la nationalité. Mais l'heure allait sonner où M. de Tonnancour allait enfin fixer sa tente j'une manière permanente. Dans l'automne de 1894 la position de rédacteur de L'Indépendant devenait vacante par le départ de M. Rémi Tremblay, et cette position enviable échut à M. de Tonnancour, qui en était digne tant par ses talents d'écrivain que par une expérience acquise par plusieurs années déjà de service dans le journalisme militant. Il y avait environ un an que L’Indépendant était devenu quotidien et son importance comme organe, au point de vue politique et social, en avait reçu une forte impulsion. A l’école de
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Silhouettes de journalistes 247
de Ferdinand Gagnon M. de Tonnancour s'était assimilé un patriotisme éclairé et quant à ce qui concerne les questions politiques, religieuses et nationales il était imbu des idées du maître disparu. Avec cela, écrivain élégant, excellant dans l'art d'une argumentation serrée, sachant manier parfois à l’occasion le sarcasme et l'ironie avec un rare bonheur, le rédacteur de L’Indépendant répondit pleinement aux espérances qu’on avait fondées sur lui.
Pendant deux ans, de 1903 à 1905, M. de Tonnancour occupa la position de secrétaire de la commission des incendies, à laquelle il avait été nommé par le maire Grimes. À cause de son dévouement à la cause franco-amcricaine, le ministre de l'instruction publique de France lui conférai °n 1901 le titre d'Officier d'Académie. Ceux qui connaissent la plume finement taillée et toujours alerte de M. de Tonnancour savent que ce titre était bien mérité. M. de Tonnancour occupe une place distinguée dans le journalisme français en Amérique, à cause de la lucidité de ses pensées et la limpidité de son style, jointes à une profonde connaissance de notre situation nationale, le tout agrémenté des dons précieux d’un caractère doux et conciliant, mais ferme et courageux tout à la fois.
Républicain convaincu, M. de Tonnancour n’a jamais perdu l’occasion de prêcher à nos compatriotes loyauté et fidélité aux principes politiques qui, seuls dans son opinion, produiront chez nous des progrès rapides et nous permettront d'atteindre, parmi les autres races, à une position digne de notre force numérique et de nos qualités nationales.
Dans la fameuse affaire de Danielson, en 1895, comme il s'agissait de la conservation de notre langue, il a élevé la voix avec une respectueuse mais virile fermeté, et les ennemis de notre cause nationale ont dû bon gré mal gré battre en retraite. Il n’était pas le seul combattant, mais il était certainement un des plus braves et vaillants généraux dans cette revendication enthousiaste des droits de notre langue à l'Eglise.
M. de Tonnancour est l’un des principaux membres du Club Républicain Franco-Américain du Massachusetts.