CHARLES DE GAGNE
M. Charles de Gagné est l’une des figures lies mieux connues à Fall-River où il demeure depuis près de quarante ans, sauf quelques
courts séjours en d’autres villes de la Nouvelle-Angleterre et au Canada. M. de Gagné est essentiellement un homme de Fall-River, l’un des plus anciens citoyens de cette ville, encore alerte aujourd'hui, et il fut pour ainsi dire l’un des pionniers de la colonie canadiennefrançaise de Fall-River. Du moins, lorsqu'il y arriva tout jeune en 1872, nos compatriotes y étaient encore clairsemés et la paroisse Ste- Anne n'existait que depuis trois ans.
M. de Gagné est né aux Eboulements, dans le comté de Charlevoix, et pendant qu'il était encore enfant ses parents traversèrent le fleuve pour s'établir à Rimouski. Il fit ses études classiques au nouveau séminaire de Rimouski, qui avait été ouvert en 1862. Il suivit le premier cours donné dans cette maison d'éducation et il eut l’honneur d'en être l’un des plus brillants élèves.
En sortant du collège il voulut étudier le droit, mais des revers de fortune qu'éprouva sa famille y mirent obstacle. Il se vit alors obligé de se livrer à un travail quelconque afin de gagner sa vie et aider ses parents qui lui avaient donné l'instruction.
C'est alors qu’il résolut de venir aux Etats-Unis. Une fois cette décision prise son exécution n'était pas difficile; il n'avait qu’à suivre le courant migratoire. En ce temps-là nos gens partaient des paroisses du bas de Québec en longues caravanes pour les Etats-Unis et un très grand nombre se dirigeaient sur Fall-River, où l’industrie du coton exerçait une si grande attraction sur les nôtres. Le jeune de Gagné mettait le pied pour la première fois à Fall-River en 1872. Il a été pendant de longues années comptable ou commis dans des établissements de commerce de plusieurs genres, principalement dans la grande maison J.-E. Amiot, ferronnerie et peinture. Dans cet établissement M. de Gagné fut pendant nombre d'années le commis de confiance. Sa résidence à Fall-River cependant n’a pas toujours été permanente, il paraissait quelque peu avoir des goûts nomades, mais il ne tardait pas à revenir à son lieu de prédilection. C’est ainsi qu’il fut un certain temps employé à la compagnie de chemin de fer Vermont Central dans ses bureaux à Worcester.
Pendant sa longue carrière à Fall-River, M. de Gagné a participé à la fondation et le fonctionnement d’une foule de sociétés de différentes sortes. En 1875, avec le concours de quelques amis, il fonda la Société des Commis-Marchands; en 1881 le club dramatique appelé Club Fréchette; en 1882 le Cercle de Salaberry, une institution
Silhouettes de journalistes 249
littéraire et dramatique, et en 1890 le Cercle Lamartine qui s'occupait exclusivement de jouer des pièces dramatiques. A plusieurs reprises il a été président ou directeur théâtral de ces organisations. Il possédait un talent d'acteur remarquable. Il fut aussi au nombre de ceux qui fondèrent le Cercle Montcalm en 1877, la Société des Jeunes Gens de Fall-River en 1879 et le Club Politique Franco-Américain en 1887. Ces sociétés sont pour la plupart disparues aujourd'hui, d'autres ayant surgi à leur place, mais durant leur existence elles ont puissamment contribué au maintien du caractère national et des traditions de notre race.
-M. de Gagné a été président de la Ligue des Patriotes, la plus importante société fraternelle de Fall-River, fondée en 1885 par M. Rémi Tremblay, de 1894 à 1897 et de 1902 à 1903.
Malgré toute cette activité M. de Gagné trouvait encore le tour de s'occuper de littérature. Il écrivait souvent des articles pour les journaux de Fall-River ou du Canada. Ses écrits ne manquaient pas de verve et son style était parfois caustique et mordant. Il était aussi un orateur agréable et il maniait la parole avec facilité Un de ses meilleurs discours fut celui qu’il prononça au parc public en 1878, lors de la première grande célébration de notre fête nationale à Fall-River, devant un auditoire de plusieurs milliers de personnes.
Comme journaliste proprement dit, ce n’est que depuis l’année 1900 qu'il a fait sa marque. Cette année-là, il fut administrateur du Journal, une feuille quotidienne qui ne vécut pas un an. Après la chute de ce journal il fonda le Petit Courrier, une petite feuille hebdomadaire littéraire et humoristique qui eut et a encore beaucoup de vogue à Fall-River. Au printemps de 1894, aux débuts du Protecteur Canadien de A.-E. Lafond comme journal quotidien, il a fait pendant quelques semaines l'office de reporter pour ce journal.
Le Petit Courrier que publie M. de Gagné depuis 1901, sauf quelques mois de suspension en 1907-08 pendant uue période de chômage des filatures, est un journal humoristique. Le style en est léger, parfois ironique et railleur, et il ne manque jamais d’amuser et faire rire ses lecteurs, mais d’un autre côté, on y trouve souvent des articles sérieux, littéraires ou politiques qui peuvent intéresser, instruire et être utiles à beaucoup de monde.
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