CHARLES GUERIN
Il a écrit lui-même ce qui suit:
Sorti du Séminaire de Québec en 1886, bachelier-ès-lettres, et
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conséquemment ignorant comme une carpe, sans ressources nécessaires pour faire un cours ou un tour d'université, ayant usé tous mes pantalons à l'édifice voisin, je résolus d'en faire un aux Etats-Unis, histoire de me déniaiser.
J'avais un frère curé quelque part au Michigan, qui, ne sachant quoi faire de moi, me dit: “Tu vas faire un journaliste. Si tu es intelligent, tu réussiras; si tu ne l'es pas, eh bien, fais-toi maçon.” Et il me mit à la tête d'un journal qui s'appelait L'Ouest Français. Heureusement, j'avais St-Pierre. Celui-ci me confia un article de tête pour mes débuts. Le misérable! Et vous corrigerez votre épreuve, ajouta-t-il. (Corriger une épreuve? me dis-je. Qu'est-ce que c'est que ça? Et l'affaire mise en “galley,” on m'apporta l'épreuve. J'étais tellement ému de me lire imprimé que je trouvai mes phrases sublimes—Pas une faute. C'était beau! Mais St-Pierre, naturellement froid, y trouva des nids de barbarismes, de fautes grossières. Je connus, ce jour-là, ce qu'était une épreuve, et je m'efforçai de m'amender. Resté seul à la tête du journal, sans expérience, sans argent, sans ami, je buchai pendant onze mois et je finis par m'engloutir.
Quelques mois avant la fondation de ce journal, j'avais travaillé à la rédaction du Patriote de Bay City, le propriétaire me payait en compliments
Je repartais quelques mois plus tard pour Lake Linden, Mich., où St-Pierre venait de fonder L'Union Franco-Américaine. Je restais seul directeur de cette feuille peu de mois plus tard, m’efforçant de faire aimer notre belle langue française, fustigeant avec indignation la “jeunesse” canadienne qui croyait faire acte de distinction en parlant ou essayant de parler une langue qui n'était pas la sienne.
C'est lors de mon passage à Lake Linden que je connus le dévouement des braves patriotes de l'Ouest. Joseph Grégoire, Joseph Croze, Pierre Primeau, le Rév. P. C. Ménard, aujourd’hui curé à Escanaba, m'offrirent le journal, m'abandonnan: toutes les actions qu'ils avaient dans la compagnie dont ils étaient les directeurs. Mais il aurait fallu un peu de capital, et je n’en avais pas. J’acceptai de fonder, à St- Thomas de Montmagny, en 1891, la Sentinelle pour le compte de M. Choquette. Un an plus tard je me rendais à Fall-River, Mass., où j'entrai à L’Indépendant; mais on me rappela à Montréal pour faire du journalisme à La Minerve où je passai une couple d'années, pour entrer à la Presse. C'est à ce journal que je crois avoir dans la me-
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sure de mes humbles talents, rendu peut-être le plus de service à mes amis franco-américains, grâce à la page de l'édition spéciale que nous publions pour nos abonnés des Etats-Unis. Une douzaine d'années plus tard, à la demande de quelques bons Acadiens, je fondais à Newcastle, N.-B., la Justice. Je fus en but aux critiques acerbes de quelques curés irlandais qui me firent la guerre sous prétexte que j’écrivais des articles séditieux, réclamant à coups de plume des curés acadiens dans des paroisses exclusivement acadiennes et des évêques de langue française dans certains diocèses où les quatre-cinquièmes des catholiques étaient et sont encore Acadiens.
Enfin je revins à la Presse. Aujourd'hui et depuis un an, au Canada.