‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 110 sur 220 · J.-L.-K. LAFLAMME · texte numérisé non relu

J.-L.-K. LAFLAMME

J.-Léon-Kemner Laflamme, aujourd’hui directeur de la Revue Franco-Américaine de Québec, est né à Ste-Marguerite, comté de Dorchester, le 29 août 1872. Il fit ses études classiques au Petit Séminaire de Québec qu’il termina en 1894 et d'où il sortit avec le degré de bachelier ès-arts de l’Université Laval. Il alla alors rejoindre sa famille établie à Lewiston, Me., et y demeurant encore présentement.

C'est ici, à Lewiston, que M. Laflamme fit ses premières armes dans le journalisme. En 1895 il était rédac.eur du Messager de cette ville, puis, à la fin de l’année suivante, M. J.-B. Rouillard étant arrivé à Lewiston pour y fonder la République, il en fut le rédacteur durant toute l'existence éphémère de ce journal. C'était le premier et l’unique journal quotidien qu'il y ait jamais eu dans le Maine. Le premier numéro de la République parut le 29 décembre 1896.

Après la chute de la République M. Lafiamme déménagea à Fall- River, où il entra dans le courant de l’année 1897, à la rédaction de

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L'Indépendant comme chef du service des nouvelles. Au bout de trois ans, en 1900, M. Edmond Côté ayant fondé le Journal, une feuille quotidienne, afin d'avoir un organe dévoué aux intérêts de sa candidature à la mairie, M. Laflamme, dont le talent d'écrivain était bien connu, était tout désigné pour en être le rédacteur. Le premier numéro du Journal sortit le 30 juin 1900 et dura jusqu'en janvier

Le Journal étant tombé, M. Lafiamme ne resta pas longtemps inactif et il lui fut offert le poste de rédacteur en chef de la Tribune de Woonsocket, R.-I. C'est à ce journal qu'il donna libre carrière à l'expression de ses idées. Pour les questions religieuses et nationales il avait carte blanche et il en profitait largement. Ce n'est pas qu'il écrivait souvent. Ses articles étaient même parfois assez espacés, mais quand il écrivait on le savait, car s'étant arrogé le droit de faire du journalisme personnel, il signait invariablement tous ses articles. La spécialité de Laflamme dans la Tribune était la défense des droits de la langue française à l'église et à l'école, la campagne en faveur de nos sociétés nationales et la guerre aux sociétés neutres et parfois aux sociétés prétendues catholiques de langue anglaise comme les Knights of Columbus. Sur ces questions il n'était généralement pas contredit par ses confrères de la presse franco-américaine. Il y eut une circonstance mémorable cependant où il soutint une violente polémique avec le rédacteur de L'Indépendant, c'est ce qu'on a appelé en 1906 “l'incident de Fall-River,” qui surgit à propos de la dédicace de l'église Ste-Anne de Fall-River, et où hgu. «icnt au premier plan Mgr Stang, alors évêque de Fall-River, et le Rév. P. Grolleau, qui était aussi alors le curé de la paroisse Ste-Anne. C'est L'Opinion Publique de Worcester, aiors rédigé par Bruno Wilson, qui avait mis le feu à la poudre en dénonçant, dans un violent article, un prétendu attentat aux droits de la langue française. Laflamme, s'emparant de cet incident, tira à boulets rouges sur le rédacteur de L'Indépendant, son ancien collègue et chef de file, et celui-ci, comme bien on pense, n'était pas homme à se laisser abimer sans riposter sur le même ton. Ce fut pendant quelque temps une lutte homérique qui a fai: époque dans les annales de la presse franco-américaine. Puis tout rentra dans l’ordre quand les esprits se furent apaisés.

En juillet 1907, M. Laflamme quittait la rédaction de la Tribune pour aller demeurer à Québec, où le poste de rédacteur en chef du

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nouveau journal L'Action Sociale, qui devait paraître au mois de décembre suivant, lui avait été offert. L'Action Sociale est le grand journal catholique, organe de l'Action Sociale Catholique, institution fondé: par Mgr L.-N. Bégin, archevêque de Québec. Avant son départ ses amis de Woonsocket lui offrirent une bourse bien garnie, comme témoignage d'estime et d'amitié.

Pendant qu'il était encore rédacteur de L'Action Sociale, M. Laflamme, avec le concours de M. J.-A. Lefebvre, fonda le 1er avril 1908 la Revue Franco-Américaine, dont il est actuellement le directeur. Dans l'automne de 1909 il abandonna L'Action Sociale pour se consacrer exclusivement, en fait de journalisme, à sa revue. La mission spéciale de la Revue Franco-Américaine est la défense des intérêts généraux des catholiques canadiens-français d'Amérique. C'est une publication illustrée de tout premier ordre d'environ 100 pa: vigoureuse, indépendante, souvent agressive, qui prend vaillamment sa place parmi les meilleurs périodiques du Canada et des Etats- Unis.

M. Laflamme est essentiellement un journaliste franco-américain. Passionnément dévoué à l’œuvre nationale, il a donné au mouvement franco-américain une impulsion puissante. 11 a pris une part active au Congrès de Springfield, où il prononça un discours très pratique sur l'éducation technique, discours qui attira des éloges chaleureux des deux côtés de la frontière.

Il a fait une spécialité des questions de mutualité st a livré des luttes riémorables en faveur de nos sociétés nationales. Il s'est montré le partisan irreductible de la concentration des forces nationales dans toutes les sphères: sociétés, écoles paroissiales, clergé national, etc.

Il a soutenu des polémiques demeurées célèbres sur les questions d'organisation nationale: sociétés neutres, évêchés de Portland et de Manchester, etc.

Il a été un des plus dévoués et des plus fermes soutiens de l'Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique dans laquelle il voyait une arme puissante d'action sociale et patriotique pour les Franco-Américains.

Ses articles sur les sociétés et les droits de la langue française ont contribué dans une large mesure au mouvement de sécession qui a abouti à la fondation de l'Ordre des Forestiers Franco-Américains.

M. Laflamme fut le fondateur et premier président de l’Associa-

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tion des Journalistes Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre.

En mars 1905, il alla en mission auprès du Délégué Apostolique à Washington, avec le Rév. F.-X. Chagnon de Champlain, N.-Y., et le Rév. E.-C. Laramée de Redford, N.-Y.

I1 fut le premier secrétaire de la Société Franco-Américaine du Denier de St-Pierre.

Il a collaboré à la Revue Canadienne de Montréal pendant deux ans (1900-1901) dans une série d'articles sur “Les Canadiens des Etats-Unis.”

Il a préparé avec MM. Favreau et Lavigne une étude historique, French Catholics in the United States, pour la Catholic Encyclopecia.

Comme on peut bien penser, un adversaire aussi irréductible des sociétés neutres ne doit être affilié à aucune d'elles. M. Laflarme est membre de trois sociétés de secours mutuel canadiennes-francçaises : l’Union Saint-Jean-Baptiste d'Amérique, l'Association Canado-Américaine et l'Alliance Nationale. Les deux premières sont des sociétés des Etats-Unis et l’autre est une société du Canada.

J.-G. LEBOUTILLIER.

Jean-Georges LeBoutillier naquit à Percé, comté de Gaspé, le 22 septembre 1859, du mariage de Georges LeBoutillier, percepteur des douanes de sa majesté et arpenteur provincial, et de dame Joséphine Tremblay. Il est le petit-fils de feu l'Honorable John LeBoutillier, natif de l’île de Jersey, longtemps député au parlement du Bas-Canada pour le comté de Gaspé et conseiller législatif à la Confédération en 1867. Entré au Petit Séminaire de Québec en 1871, il y fit son cours classique, après quoi il étudia le droit à l’Université Laval de Québec. Admis à l'étude du droit à l'âge de 18 ans, il sortait de l’université quatre ans plus tard avec le titre de bachelier en droit. Il était admis au barreau de la province de Québec le 12 juillet 1882 à Trois-Rivières. Il pratiqua la profession d'avocat pendant huit ans sur la côte de Gaspé et aux Iles de la Madeleine. Le 2 octobre 1888, en l’église Saint-Roch de Québec, il épousait demoiselle Marie-Renée Lemieux, fille de Pierre Lemieux, pilote, et de dame Hermine Ménard.

Dès avant sa venue aux Etats-Unis, M. LeBoutillier écrivait dans les journaux. A part quelques poésies, notamment dans la Revue Canadienne, il écrivit dans la Justice de Québec, alors organe du parti national, une série de “Chroniques Gaspésiennes.” Au cours de ces

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chroniques il avait fait l'histoire des naufrages les plus célèbres qui avaient eu lieu dans les eaux du golfe Saint-Laurent depuis cinquante ans. Il a fait le récit de sombres drames de la mer dont le souvenir s'était transmis par la tradition parmi la rude population de pêcheurs canadiens et acadiens.

Au mois d'octobre 1890, M. LeBoutillier passait aux Etats-Unis, se fixant à Cohoes, N.-Y., où il habita près de trois ans. La Patrie, le journal fondé par J.-M. Authier, paraissait encore et était la propriété de M. l'abbé L.-M. Dugas, curé de la paroisse Saint-Joseph. J.-D. Montmarquet administrateur. Les premiers mois de son séjour à Cohoes il collabora à la Patrie, après quoi le journal tomba définitivement au printemps de 1891. A Cohoes il s'occupa d'affaires légales et d’assurances sur la vie. Dans l'été de 1892 M. Benjamin Lenthier le nommait son agent pour le journal qu'il était venu fonder à Cohoes, le Ralliement, à l'instar de plusieurs autres journaux durant cette fameuse campagne politique qui se termina par l'élection de M. Cleveland. Les choses étaient faites royalement. M. Lenthier avait loué et meublé un bureau dans la principale rue de la ville. Pendant cette campagne électorale M. LeBoutillier avait organisé un club démocratique, composé de quelques-uns des principaux citoyens canadiens de Cohoes.

Après l'élection de novembre 1892, la plupart des journaux polotiques de Benjamin Lenthier disparurent, mais M. LeBoutillier continua le Ralliement encore quelques mois à son compte, ayant une clientèle d’annonceurs à Cohoes et à Troy.

Au mois de juillet 1893 M. Lenthier l’invitait à venir à Lowell comme assistant rédacteur au National. Son séjour dans cette ville ne fut pas long. A son arrivée le National était déjà moribond, circonstance qu'il ignorait entièrement avant son départ de Cohoes. Au mois de mars 1894, après la chute du National, il fut engagé par Adélard-E. Lafond, de Fall-River, comme co-rédacteur au Protecteur Canadien, avec Olivar Asselin, journal qui tomba au printemps de

Au mois de juillet 1895 il était nommé agent de la Presse de Montréal pour la ville de Fall-River. Il agissait en même temps comme correspondant de ce journal. Dans l’hiver de 1897-98 de sérieux troubies ouvriers éciatèrent simultanément dans différents centres manufacturiers de coton de la Nouvelle-Angleterre, mais plus particulière-

ment à Fall-River, New-Bedford et à Biddeford dans le Maine. Dans ces trois villes pratiquement toutes les filatures de coton étaient fermées en raison de la grève. Les circonstances étaient graves. La Presse chargea son correspondant de Fall-River de donner un compte “endu aussi exact que possible de la situation, sans préjugés et d’une façon indépendante, afin de rendre justice également aux deux parties en conflit. Fall-River avait connu déjà de mémorables conflits ouvriers; le plus grand nombre avaient été désastreux pour les patrons comme pour les employés, mais principalement pour ces derniers.

Quand les troubles furent terminés, M. LeBoutillier avait aussi terminé sa série d'articles sur l’histoire du mouvement ouvrier dans la région de Fall-River. Et à propos d’une contradiction sur un fait relatif à la reprise du travail de la part de L'Indépendant, la Presse s'exprimait ainsi: “Jusqu'à la réouverture des filatures de New-Bedford, lundi le 11 du courant, notre correspondant spécial de Fall-River, M. J.-G. LeBoutillier, que L'Indépendant doit connaître, a donné sur la grève de la Nouvelle-Angleterre, la plus impartiale et la plus complète revue statistique et critique qui pouvait être faite. Jamais le mouvement ouvrier de cette région n'a été mieux étudié, jamais la cause ouvrière n’a été mieux plaidée.”

À la date du 11 mars 1898 la Presse publiait l'appréciation suivante des écrits de M. LeBoutillier durant les troubles:

“Avec la grève, qui finit virtuellement aujourd'hui, dans la Nouvelle-Angleterre, nous publions la dernière étude de notre correspondant de Fall-River, sur le mouvement ouvrier, parmi cette population, dont nos compatriotes forment la grande partie.

“Ces études suivies, depuis le 25 janvier dernier, soit depuis le commencement de la grève, dont la proclamation effective a eu lieu, le 17 de ce mois, forment l'historique complet des phases par lesquelles l’industrie textile du nord a passé, chez nos voisins.

“La leçon, qui ressort de ces malheureux troubles, c'est que, dans l’antagonisme du travail et du capital, le capital organisé est pratiquement invincible, et que jusqu'à ce que les conditions soient changées par la législation ou par une plus puissante et plus parfaite organisation du travail, celui-ci sortira toujours de ces conflits, amoindri, dans son pouvoir et dans ses moyens.

“Malgré tout, malgré cette nouvelle defaite, les ouvriers de la Nouvelle-Angleterre ont tiré de l'épreuve des enseignements d’une

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bien grande utilité pour l'avenir; le principal, c'est que plus que jamais, à l’organisation des patrons, ils doivent opposer l'organisation du travail, une organisation efficace, consciente et non seulement soutenue par les tonds volontaires, mais par une universelle entente et l'exercice concerté du suffrage.

“En toute justice, nous devons reconnaître que notre correspondant, M. J.-G. LeBoutillier, a fourni à l’histoire des grèves de la Nouvelle-Angleterre, des données d’une précieuse valeur, par l'exposé raisonné des causes, et par ses observations aussi judicieuses que modérées et impartiales.”

M. LeBoutillier continua à représenter la Presse à Fall-River avec succès jusqu’en l’année 1900. A la suite d’intrigues habilement ourdies et exécutées de longue main, grâce à une complicité complaisante, il se vit un bon juur dépossédé de sa position d'agent de la Presse. C'est l’un de ces incidents de la vie intime d'un homme qui n'ont aucune portée générale, mais causent momentanément une blessure d’autant plus cuisante qu'elle est imméritée et qu'elle provient d’intrigants qui ne se font aucun scrupule d'arriver à leurs desseins en commettant une injustice. À .1 :n du mois d'août 19go1, il quittait Fall-River pour prendre la réda on de L’Avenir National à Manchester, N. H. après avoir vendu une maison qu'il avait achetée deux ans auparavant.

L'entrée de M. LeBoutillier à L’Aveni- National coïncidait presque avec le célèbre Congrès de Springfield. Il écrivit sur le programme du congrès un long article qui fut .eproduit par plusieurs journaux, entre autres la Patrie de Montréal, qui l’accompagna d'illustrations. Pendant son passage à L’Avenir National M. LeBoutillier donna une attention soutenue aux questions religieuses et nationales et il s’efforça de 1es traiter avec prudence et modération, mais aussi avec fermeté et vigueur, ayant soin d'éviter les violences inutiles et les appels aux passions ou aux préjugés. 11 a aussi beaucoup écrit sur les questions de mutualité. Pendant deux ans, de 1905 à 1907, il écrivait chaque semaine un article sur la mutualité dans le Canado-Américain, organe de l’Association Canado-Américaine, lequel article paraissait aussi dans L’Avenir National. Naturellement le thème qu'il a développé comportait une grande extension et il ne perdit pas occasion de détourner les nôtres des sociétés neutres. Il fit une campagne ardente contre les Forestiers d'Amé-

rique, quand cette société décréta l'abolition de l'usage du français

dans es cours de langue française. C'est à la suite -es articles sur le sujet que le mouvement de sécession fut exéci i Manchester.

A la fin d'avril 1907, M. LeBoutillier donna sa démission pour aller prendre la position de rédacteur en chef de L'Opinion Publique à Worcester. Au cours de ces quatre années de service au journal de la compagnie Belisle, il publia de temps à autre des articles qui eurent du retentissement, comme la défense des droits du français dans les écoles soutenues par les nôtres, les affaires de la New England Investment Co., les troubles de l'Union Saint-Jean-Baptiste, etc. En différentes circonstances des appréciations favorables se sont manifestées de la part d'amis du journal au sujet de son attitude. C’est ainsi que M. Charles Lalime, de Boston, écrivait récemment, au cours d'une lettre à l'auteur de ce livre: “Je reçois plusieurs journaux... De tous, votre journal est mon favori: la rédaction en est soignée et votre attitude sur nos questions nationales est sans reproches.”

M. et Mme LeBoutillier ont eu neuf enfants, dont huit sont vivants, tous nés aux Etats-Unis, sauf l’aînée, Mlle Corinne, qui vint au monde sur les Iles de la Madeleine.1

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