‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 160 sur 220 · DONNE TER ER · texte numérisé non relu

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sa vie à Saint-Lambert, qu'elle quitta en 1898 pour aller demeurer à Providence, R.-I.

Scn père s'appelait le Dr L.-A.-H. Héroux et il a pratiqué en Louisiane et au Canada dans les comtés de Jacques-Cartier et de Champlain. Du côté de son père la famille est originaire de Yamachiche. Son grand-père, feu le notaire Héroux, est né à cet endroit, mais il exerça sa profession dans le comté de Laprairie: et son bisaïeul, le colonel Héroux, écrivit l’histoire de Yamachiche où il entre beaucoup d'histoire de Trois-Rivières. Sa mère est du comté de Chambly; elle s'appelait Léda Bétournay. Sa famille est une des plus anciennes de ce comté, et les murs de la maison où elle naquit ont deux cents ans d'existence. Tous ses ascendants paternels y virent le jour.

La mère de Blanche-Yvonne fut son premier professeur et c'est à elle qu’elle doit son goût pour les lettres et l’histoire. A 12 ans elle fut mise en pension au couvent de Villa-Maria à Montréal. Elle en sortit à 14 ans et demi.

La carrière de Blanche-Yvonne comme chroniqueuse ne date que de 1905. Ce fut une année particulièrement douloureuse pour elle et un très cher ami lui suggéra de distraire sa pensée en deuil par des travaux de plume. Cet ami avait reconnu chez elle de rares qualités de style et il la pressa si fort qu’elle se rendit à sa suggestion. Certes cet ami fut bien inspiré de diriger ainsi vers l’art d'écrire une jeune femme qui était si bien douée des qualités qui font les bons écrivains, c’est-à-dire l'originalité dans la pensée, un style abondant et alerte et le talent de plaire. Elle a collaboré tout d’abord au Jean- Baptiste. C'est là qu’elle fit ses premières armes. Puis elle passa au Courrier de Montmagny. Elle a aussi écrit dans le Journal de Françoise, une publication féminine bien connue dans le temps, publiée à Montréal et qui maintenant n'existe plus. Elle écrivit aussi dans le Réveil de Manchester, N.-H., dans L’Indépendant de Fall- River, le Touriste de la Rivière-du-Loup, etc. Aujourd'hui elle est collaboratrice régulière de L’Opinion Publique.

La réputation littéraire de Blanche-Yvonne lui valut son élection au Rhode Island Short Story Club, organisation féminine et féministe où ne sont admises que des personnes qui ont fait un gagne-pain de leur plume. Elle est aussi membre correspondant de ia société des

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Mussettistes de Paris, dont M. Magne, doyen de la Comédie Franaise, est le président.

MLLE CAMILLE LESSARD.

Mlle Camille Lessard, attachée à la rédaction du Messager de Lewiston, Maine, et qui écrit dans ce journal des chroniques sous la signature de Liane, est née à Ste-Julie de Mégantic, P. Q., le 1er août 1883, fille de Pierre Lessard et dame Marie Fortier. Elle est l'ainée d'une famille de sept enfants. Elle reçut son instruction à l'école modèle de son village et à 16 ans elle décrocha un brevet élémentaire. Elle se livra à l'enseignement durant trois ans. Au printemps de 1904 elle émigra aux Etats-Unis avec sa famille, qui se fixa à Ë Lewiston, Maine. Elle travailla pendant quatre ans aux filatures. É

Un jour Mlle Lessard, ayant lu dans le Messager un certain article Ë humoristique, elle riposta, et un peu plus tard le propriétaire de ce É journal, M. Joseph-B. Couture, ayant découvert l’auteur de la riposte, È lui demanda de bien vouloir continuer à exercer sa verve et son talent d'écrivain pour le bénéfice de ses lecteurs. Elle écrivit deux petits contes ou nouvelles pour ce journal. Celles-ci lui valurent de chaudes félicitations.

Les débuts de Mile Lessard dans la ca.. : des lettres furent laborieux et pénibles. Elle avait à faire face ux exigences de la vie tout en se livrant au charme qu'elle éprouvait à écrire. Elle s’en explique dans une lettre à l’auteur de ce livre, dont voici un extrait: Ë

“L'encouragement donné à ma première composition m’ayant donné de la hardiesse je me mis à l’ouvrage et le soir de retour de la manufacture je passai des heures à écrire, rayer ou ajouter ce qui me semblait le plus convenable, Oh! la tâche fut rude et, quand je me relis aujourd'hui, que de fautes je trouve dans ces essais! Personne pour me diriger, trop pauvre pour poursuivre mes études ou faire l’acquisition de volumes qui m'’auraient aidée, j'étais livrée à suivre mon imagination ou l'inspiration de ma petite cervelle. Et bien souvent mes faibles ailes se sont fermées et ma pauvre plume est allée se briser Ë sur ma table, mais, malgré tout, des encouragements ici et là me stimulant, je continuai à écrire, sans aucune rémunération pour le seul Ê plaisir d'écrire. J'aime tant ça! Que de fois, cependant, on m'’a re- : proché et on me reproche encore la tristesse qui encercle presque toujours ma plume! On en conclut que quelques grandes épreuves se sont Ë

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abattues sur mon front. Des épreuves? Non, grâce à Dieu, mais les luttes de la vie, souvent bien âpres, laissent parfois dans l’âme des impressions qui ne s'effacent jamais.”

Il y avait deux ans que Mlle Lessard écrivait ainsi régulièrement une chronique chaque semaine dans le Messager, quand M. Couture lui offrit une place à la rédaction. 11 y a trois ans qu’elle occupe cette position. Comme les chroniques du lundi de Françoise et de Madeleine, elle a aussi ses chroniques du mercredi, et on peut dire que c'est un peu grâce à elle si le Messager est le seul journal canadien des Etats-Unis qui publie chaque semaine, à l'instar des grands quotidiens du Canada, une page entièrement féminine: le “Chez Nous.”

Au mois de janvier 1910 Mile Lessard avait pris part à une discussion publique en faveur du suffrage des femmes. Cela ne voulait pas dire cependant qu'elle fût une “suffragette.” Mais on lui avait confié cette thèse à développer comme joute littéraire et elle s'en acquitta avec beaucoup de succès.

Liane écrit dans un style tout à fait agréable et sa phrase est généralement élégante. Sa présence à la rédaction du Messager donne beaucoup de valeur à ce journal.

Mme ALEXANDRE BELISLE.

Mme Alexandre Bclisle, de Worcester, est une femme dont l'esprit cultivé et les heureuses dispositions sont bien connues d'un cercle intime d'amis. Mme Belisle n'a jamais visé à se faire une renommée, au contraire, ses goûts la portent naturellement à la vie intérieure, à l'existence calme du foyer, trouvant plus de contentement dans une vie paisible et retirée, occupée des choses de l'esprit, que dans le bruit et la vanité de la vie mondaine. Elle naquit à Saint-Pie, comté de Bagot, en 1854, fille de Narcisse Boulay et Hedwidge Laviolette. Elle fit ses études à Fraserville et chez les Ursulines de Québec. En 1875 elle était organiste à l’église Notre-Dame des Canadiens de Worcester. Pendant quelques années elle fit, sous le nom de plume “Marguerite,” la chronique hebdomadaire et la critique musicale dans L'Opinion Publique. Elle était de cette famille de musiciennes, les sept sœurs Boulay, qui étaient bien connues depuis Montréal jusque dans le bas du fleuve il y a une quarantaine d'années. Elle n’a pas été seulement une femme lettrée et artistique, mais elle fut une épouse accomplie, une mère vraiment digne de ce nom qui éleva une nom-

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breuse famille et eut à plusieurs reprises le cœur brisé par la perte d'un enfant. Mais aussi, en femme chrétienne, elle a toujours supporté courageusement les épreuves que Dieu lui envoyait, s'inclinant, avec la foi vive qui caractérise les mères canadiennes-françaises, devant les desseins de la Providence.

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