LES REDACTEURS DE ‘‘L’ABEILLE
Le premier rédacteur de la partie française de L’Abeille fut le baron René de Perdreauville, appartenant à la vieille noblesse française, légitimiste, ancien page de Marie-Antoinette, qui avait émigré pendant la Terreur et qui avait été plus tard gouverneur des pages de Napoléon rer. C'était une bonne plume, il rédigea L’Abeille de 1827 à 1828.
De 1828 à 1829 il fut remplacé par Martin Maillefert, ancien officier de cavalerie de l’armée française, qui avait collaboré au Constitutionnel et qui était auteur de quelques ouvrages dramatiques. M. Maillefert avait été expulsé de France pour cause politique. Il put rentrer, après la révolution de juillet 1830, et fut nommé consul à Barcelone.
Vers 1830, L’Abeille eut pour rédacteur un Créole louisianais, M. Thomas Théard, père du juge Paul-Emile Théard; il fut à une époque contrôleur de la ville.
La rédaction de la partie française passa ensuite dans diverses mains. Ce fut d’abord M. Louis Caboche, professeur français, qui abandonna plus tard l’enseignement et le journalisme, pour devenir l'initiateur de la doctrine homæpathique en Louisiane.
M. Charles Bayon, Créole, fière de M. Jérôme Bayon, rédigea L’Abeille pendant quelque temps et eût pour successeur M. Granet, professeur français.
En 1839 M. Magne, devenu l’un des propriétaires du journal, prit charge de la rédaction et y apporta la connaissance des affaires, l'instruction et le zèle consciencieux qui le distinguèrent ensuite comme avocat.
De 1845 à 1848, L'Abeille eut pour rédacteur M. Paul Arpin, Français, écrivain brillant.
De 1848 à 1860 M. Numa Dufour, Créole louisianais, l’un des propriétaires du journal, rédigea la partie française, sauf pendant une
période de huit ou neuf mois, pendant laquelle il fut remplacé par M. Xavier Eyma, Créole français des Antilles, connu par ses romans et par sa collaboration à la presse française, notamment au Moniteur de la Flotte et au Figaro.
En avril 1860, M. Numa Dufour prit charge de l’administration et fut remplacé à la rédaction par M. Félix Limet, Français, ancien avocat à Paris et à Rouen. M. Limet avait précédemment collaboré à L'Union et au Courrier de la Louisiane. Pendant les absences que fit M. Limet dans cette période de 17 ans, il fut remplacé par M. Paul Villars, ancien rédacteur de L’Orléans et au Courrier de la Louisiane, qui devint ensuite l’un des collaborateurs de L’Abeille. M. Villars était un vétéran de la presse, car il fit ses premières armes au National de Paris, sous Armand Carrel, août 1830.
Le premier rédacteur anglais de L’Abeille en 1827 a été M. J. Brown, de Boston, bon écrivain. Parmi ceux qui lui ont succédé à la rédaction, citons le professeur Alexander Dimitry, dont tout le monde a connu la vaste érudition et les connaissances linguistiques, MM. John Wood et Léonard et M.-P.-K. Wagner, ce dernier journaliste extrêmement remarquable par sa vigueur, qui, après avoir quitté L’Abeille rédigea pendant plusieurs années le Courrier de la Louisiane. C'était un démocrate ardent et un champion à outrance d’Andrew Jackson. Il est mort il y a bien des années.
Lorsque M. Alexane: Bullitt remplaça M. Wagner à la rédaction, après la vente du journal par M. Jérôme Bayon, L’Abeille changea immédiatement de drapeau et M. Bullitt ne tarda pas à se mesurer avec son prédécesseur qui était entré au Courrier.
Les adversaires se valaient par le talent et la vigueur de plume, et une polémique ardente s’engagea entr’eux et se termina par un duel à la carabine, dans lequel Wagner échappa de près à la mort, car la balle de Bvilitt troua son pantalon à la hanche.
A la sortie de Bullitt de L’Abeille, en 1844, il fut remplacé par le Dr Samuel Harby, qui resta rédactenr de la partie anglaise du journal jusqu’à sa mort, en juin 1862. Le Dr Harby était un écrivain brillant, et l’un des journalistes du Sud dont la forme littéraire a été le plus remarquée.
Les rédacteurs qui se sont succédés de 1862 à 1872 ont été M. Ernest Lagarde, professeur au collège d'Emmettsburg, Maryland; M. D.-C. Jenkins, l’un des écrivains les plus profonds de la presse orléanaise, ancien rédacteur du Delta, qui rédigea plus tard le Crescent et le Picayune, et qui était rédacteur en chef du Galveston News, le colonel Slevly, plume facile et brillante; il était correspondant du New-York Times à Paris, M. D.-G. Duncan, écrivain de talent et en dernier lieu, M. H.-W. Halsey, l’un des meilleurs journalistes de la Louisiane, qui a été secrétaire du maire Wiltz.
Justice a toujours été rendue au talent des rédacteurs de la partie anglaise de L'Abeille, mais le cadre forcément restreint de cette partie
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du journal ne permettait pas de lui donner assez de développement pour répondre aux besoins de l’époque et la New Orleans Bee dut s’effacer devant l'extension prise par L’Abeille, qui allait occuper les quatre pages du format.
En 1882, M. Félix Limet, qui, après un labeur opiniâtre, avait suffisamment amassé pour que ses vieux ans fussent à l'abri du besoin, vendit son intérêt dans L’Abeille à MM. Oscar Donnet et Edgar Dufour, beau-frère et fils de M. Numa Dufour.
M. Donnet prit la rédaction du journal et s’adjoignit M. Charles Bléton, un Créole louisianais. Peu de temps après, M. L.-Placide Canonge entrait à L’Abeille en qualité de traducteur de dépêches.
En 1885, M. Edgar Dufour mourut et L’Abeïille demeura la propriété de MM. Dufour et Donnet, jusqu'en 1893, année où mourut M. Donnet. Une société d’actionnaires se créa pour continuer la publication du journal, société dont M. Numa Dufour fut le président et M. Armand Capdevielle le secrétaire. Peu de temps après, un vent de mort souffla sur le bureau du journal: à la rédaction et à l’administration, la grande faucheuse fit son œuvre: MM. Paul Villars, Charles Bléton, Placide Canonge, descendirent dans la tombe à quelques mois d'intervalle, et enfin, M. Numa Dufour, en août 1894, alla les rejoindre dans le mystérieux Au-delà.
M. Limet était à Paris y goûtant les douceurs d’une existence tranquille, jouissant d’un repos mérité; et ce n’est qu’en 1896 qu'il se laissa atteindre par le mal qui devait le tuer. Le conseil d’Administration du journal se réunit au lendemain de la mort de M. Dufour et appela M. Armand Capdevielle à la présidence de la société, non cependant sans avoir à insister auprès de ce dernier qui préférait être second à Rome que premier dans un village.
M. Capdevielle dut reconstituer son personnel à la rédaction et à l'administration, et c’est son plus ancien collaborateur qu’il plaça à la tête de la rédaction, un écrivain de talent attaché à L’Abeïlle depuis des années et dont la carrière de journaliste comptait parmi les plus brillantes du pays, M. Henri Dubois.
Jusqu'en 1903, et octogénaire, M. Dubois tint la plume; il ne la déposa que pour mourir. Jamais, croyons-nous, L'Abeille n'eut un serviteur plus fidèle, plus précieux, car c'était le journaliste pouvant avec une certaine autorité traiter au pied levé toutes les questions, ses connaissances étant universelles.
M. Eugène Daverdin, qui était entré à L’Abeille comme traducteur de dépêches en 1894, après avoir été rédacteur du Franco- Louisianais, feuille hebdomadaire que publiait le club de la Démocratie Française et qui vécut bien des années, M. Daverdin, disonsnous, succéda à M. Dubois à la rédaction.
Comme on le voit, L'Abeille a joué, et joue encore, un grand rôle dans le journalisme français de la Louisiane. Seul, ou à peu
près, ce journal a survécu à une quantité d’autres journaux, dont nous donnons ci-dessous un tableau.
Deux autres publications françaises existent aujourd’hui à la Nouvelle-Orléans, la Guépe et L’Ami des Noirs.
La Guéëpe, journal hebdomadaire de quatre pages, fut fondé le 11 octobre 1902 par J.-G. de Baroncelli, qui en est encore aujourd’hui le rédacteur-propriétaire. M. de Baroncelli soutient une lutte admirable pour létablissement de l’enseignement du français dans les écoles publiques de la ville de la Nouvelle-Orléans.