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CHAPITRE QUINZIEME

La “Voix du Peuple”

ANS un chapitre précédent, nous avons signalé les débuts de Ferdinand Gagnon dans le journalisme avec La Voix du Peuple à Manchester, New-Hampshire, dans l'hiver de 1869. Il s'était associé avec le Dr A.-L. Tremblay. L’abonnement coûtait $2.25 pour un an. C'était un prix assez

élevé pour un journal hebdomadaire à petit format. Il se vendait 5 centins au numéro. C'était une feuille de quatre pages à six colonnes. Au-dessous du titre du journal étaient ces mots: “ Journal du peuple canadien aux Etats-Unis” Puis, dans un carré, au milieu de la largeur de la feuille, il y avait, en grosses lettres, la devise: “Attendre et Espérer.” Les noms de A.-L. Tremblay & Cie., paraissaient comme éditeurs-propriétaires. Ce fut le premier journal publié à Manchester.

On constate par le numéro du 1er juillet de La Voix du Peuple, que dès l’année 1869 la fête nationale des Canadiens-français, le 24 juin, était célébrée avec éclat dans les principaux centres canadiens des Etats-Unis. Pas moins de cinq colonnes entières du journal sont consacrées au récit de la fête qu’il y eut à Worcester, à l’occasion de la St-Jean-Baptiste cette année-là. En ce temps-là le souvenir du pays natal était fortement ancré dans les cœurs de tous; l'air ambiant du pays n'avait pas encore émoussé le sentiment patriotique et battu en brèche la langue et les aspirations françaises, comme cela s’est produit par la suite. Il est douteux si une pareille manifestation pourrait se renouveler aujourd’hui; en tout cas, la mentalité d’un grand nombre des participants serait bien différente de ce qu’elle était dans toute la colonie canadienne de Worcester il ÿ a quarante ans.

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Ce numéro de La Voix du Peuple donne aussi des comptes rendus de la fête nationale à St-Albans, Vermont, Lowell, Massachusetts, Watertown, New-York, et Burlington, Vermont. Mais la palme revient incontestablement à Worcester par l'éclat donné à la fête et le nombre des participants. Ils sont peu nombreux ceux d'entre nous qui se rappellent aujourd'hui la Saint-Jean-Baptiste de 1869 à Worcester. Mais supposant qu'il existe encore à Worcester ou dans d’autres villes de la Nouvelle-Angieterr: des contemporains et témoins oculaires de cette célébration, la reproduction de ce récit sera sans doute pour eux du plus haut intérêt et leur rappellera le temps héroique de leur jeunesse où le patriotisme des Canadiens, en leur pays d'adoption, s’affirmait avec tant d'enthousiasme. Les autres, qui sont la masse, qui ne dédaigneront pas de lire ce modeste livre, évocation d'un passé difficile mais glorieux, trouveront sans doute aussi plaisir à voir défiler devant leurs yeux la vision d'un passé de quarante ans.

Ferdinand Gagnon était présent à la fête, dans cette ville où il devait venir se fixer définitivement quelques mois plus tard; il est l’auteur du compte rendu qu'il publia, à son retour à Manchester, dans le numéro du 1er juillet de son journal. Nous le reproduisons intégralement, sans en omettre les titres et sous-titres. C’est un document d’une haute valeur historique qu'il est éminemment utile de soustraire à l'oubli:

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