‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 44 sur 220 · LL. Fréchette en IS · texte numérisé non relu

LL. Fréchette en IS

Michel Grandpré Samuel-E. Pinta

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évidence et plus en contact avec les groupes canadiens. Ce choix tomba sur quatre hommes de Worcester, parce que cette ville, par sa situation géographique, était le point central de la Nouvelle-Angleterre. Les quatre membres du comité pour les Etats-Unis furent M. l'abbé Primeau et MM. Gagnc . A.-G. Lalime et Houde.

Le choix de M. l’abbé Primeau était des plus heureux, car c'était un patriote dans toute la force du terme. Le premier curé canadien de Worcester était aussi un orateur de premier ordre et il en avait donné la preuve au magistral discours qu'il prononça au banquet en réponse à la santé des “émigrés,” comme nous le verrons par la suite dans un chapitre spécial consacré à la grande fête St-Jean-Baptiste de 1874, dans laquelle les Canadiens des Etats-Unis ont figuré de si éclatante façon. Dans la chaire comme à la tribune, M. Primeau faisait une profunde impression sur son auditoire. Jamais il n'était embarrassé. Quoique pris à l'improviste, il était toujours capable de se tirer d'affaire. Les personnes qui l’entouraient lui fournissaient des inspirations qu'il développait avec un rare bonheur. On a parlé longtemps du sermon qu'il prononça à Holyoke, le 29 mai 1875, lors des funérailles des soixante-quatorze victimes qui avaient perdu la vie dans l'incendie de l’église du Précieux-Sang, le jeudi soir, 27 mai, Il n'avait pas été prévenu d'avance. Il fut prié pendant le service funèbre même de faire le sermon de circonstance. Un quart d'heure plus tard il montait en chaire et prenait pour texte: “Une voix se fit entendre dans Rama, avec des pleurs et des gémissem:nts. C'était Rachel pleurant ses fils et ne voulant pas se consoler parce qu'ils ne sont plus.” Jamais on aurait cru que, sans préparation, un homme eût pu parler avec autant d'âme et d'une manière aussi pathétique.

En 1873, M. Frédéric Houde avait été chargé d'organiser la convention nationale qui devait avoir lieu l’année suivante. Or, comme toutes les sociétés nationales des Etats-Unis avaient été invitées à envoyer des délégués à la grande célébration de Montréal, il crut qu’il n'y avait rien de mieux à faire que de faire coïncider la convention. Cette décision lui causa beaucoup de désagréments et suscita une opposition acharnée en certains quartiers. Mais la convention eut lieu tout de même à Montréal, coïncidant avec la grande fête de St- Jean-Baptiste, et elle rassembla plus de 150 délégués de nos sociétés et groupes des Etats-Unis, parmi lesquels il y avait la plupart des hommes les plus marquants de notre race fixés aux Etats-Unis. Dans

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le nombre on relevait entr'autres: MM. Frédéric Houde et Ferdinand Gagnon, de Worcester; Antoine Moussette, de St-Albans, VAE Edouard-N. Lacroix, Détroit, Michigan; le juge Joseph LeBœuf, Cohoes, N.-Y.: J.-D. Montmarquet, Keeseville, N.-Y.; le major Edmond Mallet, Washington; A.-D. Lapierre, Springfeld, Mass.; Honoré Beaugrand, Fall River; l'abbé J.-E. Michaud, Lawrence; Théophile Guéroult, Chicago: Alphonse Paré et H.-I. Lord, de Biddeford, Maire. M. Houde, qui tenait à faire connaître publiquement à leurs frères du Canada la véritable situation des Canadiens des Etats-Unis et leurs revendications et protestations contre les préjugés qui avaient cours sur leur compte, proposa l’ordre du jour suivant qui fut adopté avec enthousiasme:

“Considérant que les écrits mal inspirés d'une certaine presse du Canada ont été propres à préjuger l'opinion publique de notre pays natal contre nous;

“Considérant qu’un certain nombre de Canadiens, aujout . aux Etats-Unis, n'ont quitté leurs pays natal que contraints pa des circonstances adverses, et, lui étant aussi profondément attachés de cœur qu'auparavant, désirent retourner y vivre;

“Et, considérant que nous ses fils émigrés, aimons le Canada, berceau de notre nationalité en Amérique, autant qu'il nous semble possible d'aimer sa patrie, et, de plus. souhaitant sincèrement qu'il soit un pays prospère, heureux, et que notre élément national et religieux s’y maintienne compact et fort;

Résolu, 1°. que nous protestons hautement contre toutes les accusations injustes portées contre les émigrés canadiens, et que nous affirmons ici, une fois de plus, notre amour de notre foi, de notre langue et de notre patrie;

Résolu, 2 . que c'est l’humble opinion de cette convention, représentant les Canadiens des Etats-Unis, que le gouvernement de Québec, plutôt que d’attirer à si grands frais une immigration étrangère, devrait employer cet argent à rapatrier ceux des émigrés canadiens qui seraient disposés et contents d'aller se fixer au Canada, si on leur donnait des avantages préférables ou du moins égaux à ceux qu'ils trouvent aux Etats-Unis.”

Après l'adoption de ces résolutions, les représentants du Canada français furent invités à prendre part aux délibérations de la convention. Parmi ces derniers qui adressèrent la parole il y eut le Rév.

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Père Z. Lacasse, missionnaire au Nord-Ouest; M. P.-A. Landry, du Nouveau-Brunswick; MM. L.-O. David, Joseph Tassé, Hector Fabre, F.-G. Marchand, Oscar Dunn, Gustave Drolet, L.-O. Loranger, C.-J. Coursol, L.-C. Bélanger, etc. Tous ces noms sont ceux de patriotes éprouvés qui, pour la plupart, ont fourni une brillante carrière et sont généralement bien connus. Quelques-uns sont disparus de la scène de ce monde, mais d’autres vivent encore et, défiant le poids des ans, sont toujours dans la vie active, comme M. le sénateur L.-O. David, greffier de la ville de Montréal, et le Père Lacombe, l’infatigable missionnaire oblat, L.-C. Bélanger, avocat, de Sherbrooke, et le sénateur P.-A. Landry.

La fête et la convention eurent des succès complets et laissèrent chez c x qui y prirent part des souvenirs inoubliables et le flot de l’émigration redoubla et, dans les années suivantes, déborda et couvrit de ses masses de nouveaux arrivés les villes et villages industriels de la Nouvelle-Angleterre.

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