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Elzéar Paquin
Les journaux de l’Ouest 117
La Sentinelle, Marquette, Mich., parut en juillet 1888, publié par J.-L. Harquel, avocat, mais fort peu journaliste, vécut un peu plus d'un an. La Tribune, Marinette, Wisconsin, était une édition du même journal.
Le Messager, Muskegon, Mich., était publié par l'avocat Harquel, publiait en même temps le Courrier de Bay City, Mich. Ces deux journaux, fondés en 1878, vécurent près de trois ans.
Le Patriote, Bay City, Mich., fondé en novembre 1882 par le Dr Maucatel et H.-A. Pacaud, ce dernier rédacteur. Le Patriote de Bay City fut l’un des journaux de l'Ouest qui eut une des plus longues existences, car il vécut jusqu’à l’année 1891, une période de neuf années, alors que la publication en fut suspendue. Un peu plus tard, le Patriote renaît de ses cendres, avec Adolphe Beaudin comme rédacteur. Il tomba définitivement en 1904.
. La Voix du Lac, tel était le nom poétique donné à une feuille publiée à Duluth, Minn,, par le Dr J.-F. Landry et M. Cléophas Tremblay, fondée le 15 mars 1892. En novembre de la même année, la feuille fut absorbée par L'Œil, de Minneapolis, journal publié par M. T.-F.-X. Beaudet.
Voilà un nom curieux, n'est-ce pas, pour un journal: L'Œil. Impossible de trouver un nom plus concis. Quelle était l’idée du fondateur en choisissant le nom du rayon visuel de l'humanité? Voulait-il suggérer qu’il entendait voir partout, découvrir les secrets les plus intimes, les qualités, les défauts des uns et des autres? Toujours est-il que le titre L'Œil devait faire un curieux effet en tête de la première page d'un journal. Vers la fin de 1895, L'Œil ferma définitivement sa paupière.
Après un petit nom en voici un grand, L'Echo des Etats-Unis, mais encore plus remarquable par l’idée prétentieuse qu'il comporte. Quand un journal s'appelle L'Echo des Etats-Unis, il semble, n'est-ce pas, qu’il doive avoir une certaine célébrité. En eut-il une plus grande vogue pour cela? C'est peu probable, car il eut le sort commun. Fondé à Détroit en avril 1883 par Louis-C. Dumont et Achille Fournier, il ne vécut que six semaines.
L'Ouest eut son journal quotidien, juste assez pour dire qu’il y a eu un journal quotidien. C'est le Petit Journal, publié à Chicago
1. M. Beaudet est aujourd'hui agent d'immigration à Blaine, Washington.
par L.-J. Bachand-Vertefeuille, en 1903: il dura trois ou quatre semaines.
La Trompette Evangélique, publiée à Chicago par le prêtre apostat Séguin, parut un an, de juillet 1884 à juillet 1885.
Le Cercle Français était une revue mensuelle publiée par le collège des Pères de Saint-Viateur à Bourbonnais, Ill. en 1885.
Le Devoir, Muskegon, Mich., fondé par Elie Vézina, parut au mois de mai 1890 et vécut six mois.
Le Courrier, Duluth, Minn,. vit le jour le 9 juillet 1890. C'était une feuille bi-hebdomadaire qui vécut quelques mois et qui était rédigée par Jacques Bureau, précédemment avocat à Winnipeg. Après la chu‘e du journal, M. Bureau s’en retourna dans l'Ouest canadien; il était solliciteur général dans le cabinet Laurier en 1911.
On a dit que la vie est un combat. On ne serait pas porté à croire que cette pensée philosophique puisse avoir une relation avec le journalisme canadien des Etats-Unis. (C’est pourtant vrai. Seulement, dans ce cas-ci, la vie et le combat ne se sont pas trouvés associés. Ce sont deux journaux de ce nom dont l’un remplaça l’autre. Le Combat, de Chicago, en effet, était une édition du Combat de Plattsburg, N.-Y. Le Dr Elzéar Paquin finit par publier cette feuille au No 441, rue Center, à Chicago, et elle vécut près de trois ans, du mois de janvier 1889, jusqu’à la fin de 1891. Cela faisait deux “combats.” Mais où est la vie? Voici: la Vie (Chicago) succéda au Combat, mais cette vie était si peu viable qu’elle exhala son dernier soupir au bout de quelques mois.
Le Journal de Bourbonnaïis, à Bourbonnais, Ill., fondé en décembre 1888, ne vécut que peu de temps.
Le Citoyen Américain, Minneapolis, Minn., fondé en 1884 par le Dr J.-N. Cadieux, ci-devant de Syracuse, N.-Y., ne vécut que quelques mois.
Le plus important de tous les journaux qui ont existé dans le Nord-Ouest des Etats-Unis a été le Canadien, de Saint-Paul, dont le premier numéro parut le 15 août 1877. Le fondateur en fut Désiré-H. Michaud. Le journal, à l'encontre de la moyenne des autres journaux, marcha de succès en succès jusqu’en 1883. En cette année-ià il fut vendu à une com)agnie ou syndicat pour servir des intérêts politiques. C'est ce qui montre tout de même qu’à cette époque nos compatriotes de l'Ouest comptaient déjà pour un élément d’une certaine impor-
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tance dans le jeu de la politique. Jusqu’alors M. Michaud avait eu constamment la main à la rédaction, quoique M. J.-B.-A. Paradis en fût le rédacteur attitré. Après la campagne, le Canadien passa successivement aux mains de M. Martin comme rédacteur, à la fin de 1883, puis E.-R. Dufresne, J.-N. Ledoux, Th. Levasseur, Geo.-C. Lambert, natif de Belgique; T.-F.-X. Beaudet. Finalement, il finit par choir dans les mains de L.-J. Bachand-Vertefeuille, qui cédant aux instances des propriétaires du Courrier de L'Ouest, de Chicago, le fit disparaître en le fusionnant, son tour arrivé, avec le Courrier Franco- Américain, de Chicago, en 1903.
Le Canadien qui avait alors vingt-cinq années d'existence, avait été un journal fort bien fait, et qui avait rendu de grands services à l'élément franco-américain dans les Etats du Nord-Ouest.
A propos des Canadiens de St-Paul, faisons une petite digression. L'auteur, dans une série d'articles publiés dans L'Opinion Publique de Worcester en 1907, sur la presse franco-américaine, était venu à parler du Canadien de Saint-Paul. M. J.-G. de Baroncelli, éditeur de la Guépe, de la Nouvelle-Orléans, contestait les assertions de l’auteur dans l’article suivant qu'il publia le 4 juin 1907 dans son journal:
“Lorsqu'on désire faire un historique quelconque, il s’agit tout d’abord de ne pas trop s’écarter de la vérité. Or, M. Belisle, tout au moins en ce qui concerne le Canadien de Saint-Paul, et le Courrier de Chicago, dénature à plaisir, qui sait peut-être sans le savoir, des faits malheureusement trop vrais. M. Bachand-Vertefeuille n’a jamais fait disparaître le Canadien en le fusionnant avec le Courrier de Chicago. Le Courrier de L'Ouest, dont les gens à la conscience élastique se sont définitivement emparés en 1902, n’a jamais appartenu à M. Bachand-Vertefeuille et encore moins à M. Bénard, dont le nom n’a pas été mentionné et pour cause.
“Si M. Belisle veut à ce sujet de plus amples renseignements, nous les lui fournirons avec le plus grand plaisir.”
A cela nous avons répondu dans L’Opinion Publique comme suit:
“J'ai toujours puisé mes informations aux sources les mieux renseignées, et dans l’automne de 1904, à Saint-Paul, Minn., je visitai J.-B.-A. Paradis et Désiré-H. Michaud, de même que Bachand-Vertefeuille à Chicago qui m'ont donné les renseignements que j'ai publiés sans toutefois entrer dans tous les petits détaiis qui d’ailleurs ont peu d'importance pour le public. La plupart de nos journaux ont eu leurs
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déboires, des rivalités de clocher, des vicissitudes de toutes sortes qr'il serait ennuyeux et même dangereux de publier à cause de justes et légitimes récriminations qu'une telle publication entrainerait. Que M. de Baroncelli ait eu maille à partir avec M. Bachand-Vertefeuille ou autre, cela intéresse fort peu le public.”
L'Avenir National, de Chicago, parut au mois de mars 1886, publié par J.-B.-L. Lemoine, qui après un an le céda à J.-Ernest Cyr. Au bout de quelques mois cet Avenir National de l'Ouest disparut.
L'Etoile du Nord, de Saint-Paul, fit son apparition en mai 1874, après la belle convention de l’Union des Sociétés, tenue à Biddeford, dans le Maine, en 1873. J.-B.-A. Paradis et M. Zéphirin Demeules en étaient respectivement le rédacteur et l'administrateur. L'Etoile du Nord disparut en décembre 1876.
La Voix du Peuple, de Minneapolis, Minn., était une édition du Canadien de Saint-Paul, qui parut en 1900, et en 1903 M. Bachand- Vertefeuille, après l'avoir mis à mort, prétendit l'avoir ressuscité dans son Franco-A méricain.
Le Bulletin Officiel parut à Chicago en novembre 1894 et ne vécut que quelques semaines. (C'était une publication in-quarto à trentedeux pages, qui prétendait être l'organe officiel des sociétés francoaméricaines des Etats-Unis. Elle était imprimée sur papier de luxe et de beaucoup trop dispendieuse pour être maintenue.
Nous terminerons ce chapitre des journaux de l'Ouest par une esquisse de L'Echo de L'Ouest et de son fondateur, avec son fils qui en continue encore aujourd'hui la publication. C'est le seul journal de l'Ouest qui ait survécu et existant aujourd’hui avec le Franco-A méricain.
En 1883 la population de langue française de Minneapolis, dans le Minnesota, était déjà considérable, et parmi les émigrés du Canada il s'en trouvait qui avaient déjà acquis une modeste aisance. Parmi ceux-ci était M. Zéphirin Demeules. Au mois d’avril 1883, M. Demeules, avec quelques amis, fondait L'Echo de L'Ouest. Jean Gosselin, ci-devant de Chicoutimi, en était le rédacteur. Comme tous les journaux, celui-ci passa par bien des vicissitudes, mais M. Demeules sut diriger sa barque au milieu des écueils sans désemparer. Un autre rédacteur de L'Echo de L'Ouest fut Achille Carrier, qui retourna à Québec en 1890 et fut élu à l'assemblée législative de Québec. Achille Carrier fut peu après nommé magistrat stipendiaire pour le district
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de Terrebonne, position qu'il occupe encore aujourd'hui. Georges Lemay, qui mourut vers 1905 à New-York, avait aussi rédigé L'Echo de L'Ouest pendant quelque temps. Après Georges Lemay, F.-R. Leroux en fut le rédacteur pendant plus de dix années.
Si L'Echo de L'Ouest a pu survivre à toutes les tempêtes qui l'ont assailli, son progrès néanmoins n'a pas été au point de lui permettre de drvenir quotidien, et il est resté hebdomadaire. C'est déjà beau qu'il ait survécu. L'éditeur-propriétaire en est aujourd’hui M. A.-H. Demeules, fils du précédent. Le rédacteur est M. Georges Fortin, avocat.
ZEPHIRIN DEMEULES.
Zephirin Demeules naquit à Saint-Philippe de Laprairie, le 22 juillet 1837, fils de François Demeules, juge de la cour de district, et de Madeleine Giguère. Il fit ses études au collège de Sainte-Thérèse, puis au collège de Montréal, en même temps que L.-O. David et Adolphe Ouimet. En 1855 il émigra aux Etats-Unis, à peine âgé de 18 ans, et il se fixa à Saint-Paul, dans l'Etat du Minnesota.
Il entra, dès son arrivée à Saint-Paul, au service du capitaine Robert qui faisait alors un commerce considérable avec les Indiens. En 1857 il vint comme son représentant s'établir à Osseo. Là il épousa Mlle Marguerite Labrèche, Huit enfants naquirent de ce mariage, dont six survivent. Les survivants sont: Mme J.-C. Marquis, Mme F.-R. Leroux, Mme F.-P. Prescott, Mile Marie-Louise Demeules, Augustin-H. Demeules et Georges-F. Demeules.
En 1859 il alla à New-Ulm et ce ne fut pour ainsi dire que par miracle qu'il échappa au massacre des blancs, qui eut lieu à cet endroit par les féroces Indiens. Ce fut dans ces terribles pérégrinations qu'il fit la connaissance du Père Robert qui, son autel portatif sur le dos, s'en allait ae camp en camp prêchant la parole divine. Ce fut le même Père Robert qui administra M. Demeules sur son lit de mort.
M. Demeules fut élu deux fois consécutivement par une immers: majorité à la chambre des députés du Minnesota, pour le 29e district législatif. 11 y fit son devoir, les archives le prouvent.
En 1871, désirant un champ d’action plus vaste, il vint à Minneapolis où il établit un magasin d’épiceries. La fortune lui sourit alors. Minneapolis croissait et de village devenait ville.
M. Demeules avait foi dans la grandeur future de la “ville aux farines” et il se lança dans le commerce de terrains. 11 réussit dès le début et il réalisa une fortune de 100,000 dollars. En 1883 il fonda L'Echo de L'Ouest qu'il conserva jusqu’à sa mort et qu'il légua à son fils, A.-H. Demeules.
Pour ce patriote, fils de patriote de 1837, pour ce catholique, pour ce véritable Canadien-français que fut toujours M. Demeules, le journal qu'il avait fondé fut l’objet d’une sorte de cuite.
M. Demeules avait épousé en secondes noces une veuve, née Julie Hanlot, dont il eut six enfants, aujourd’hui tous vivants: Augustin-H, Demeules, le propriétaire actuel de L'Echo de L'Ouest, Léon, Alcide, Alfred, Clovis et Yvonne. M. Demeules décéda le 21 janvier 1898, dans la 61e année de son âge.
AUGUSTIN-H. DEMEULES
M. Augustin-H. Demeules, l’un des fi's du précédent et propriétaire actuel de L'Echo de L'Ouest, naquit le 27 décembre 1877 à Osseo, Minnesota. Il étudia dans les écoles publiques de Minneapolis et au collège commercial de Terrebonne, P.-Q. En 1891, il entra comme apprenti typographe au journal de son père, L'Echo de L'Ouest. Il a toujours travaillé comme typographe au journal de son père jusqu’à la mort de ce dernier en 1898, alors qu'il en devint le propriétaire. Plus tard Mile M.-E. Lenoir, sa belle-sœur, s’associa avec lui pour les affaires du journal.
Nous devons à l’obligeance de M. J.-A. Michel, de Lake Linden, Mich., les renseignements supplémentaires suivants sur les journaux de Lake Linden. Cette ville du Michigan, qui compte une assez forte colonie canadienne-française, fut aussi autrefois le théâtre d’entreprises journalistiques. M. Michel nous écrivait en 1904 qu'il n'existe pas de record des journaux de Lake Linden et que tout ce qu'il peut dire des deux journaux qui ont existé il le puise dans sa mémoire. Le premier journal qui parut à Lake Linden s'appelait le Franc-Pionnier et vit le jour en 1875. C'était une petite feuille hebdomadaire qui ne vécut que quatre ou cinq mois. Son propriétaire était un jeune homme de Montréal, qui cumulait en même temps les fonctions de rédacteur et typographe. Son nom était Charles Thibeauit. Etait-ce le même Charles Thibeault qui a fait subséquemment tant de bruit dans la politique de la province de Québec?
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Le premier numéro de L'Union Franco-Américaine parut au mois de septembre 1889. Télesphore Saint-Pierre, l'auteur des Canadiens du Michigan, en a été le premier rédacteur, mais il abandonna bientôt le journal pour se livrer exclusivement à son grand travail, l’histoire des Canadiens du Michigan. Au bout de onze mois il fut remplacé par J.-E. Rochon, qui avait quitté le Patriote de Bay City. Ce journal dura environ deux ans. Mais, comme le dit M. Michel, le manque d'encouragement, comme toute entreprise de ce genre, lui a fait défaut. Ce journal était la propriété d'une compagnie au capitalactions de $10,000. Mais on ne dit pas si tout ce montant avait été souscrit. Le président de la compagnie était M. Joseph Grégoire, et l'administrateur en était M. Pierre Primeau, qui alla par la suite résider à Marquette. Ce journal, durant sa courte existence, a rendu de réels services à nos compatriotes de Lake Lir.ien, mais il a dû suivre la loi commune, et quand les sacrifices de ses promoteurs furent rendus à bout, il trépassa avec les illusions de ceux qui avaient espéré un certain temps n'avoir pas fait un vain appel au patriotisme de leurs compatriotes.
Le Figaro Illustré, fondé à Chicago en janvier 1887, ne vécut que quelques semaines.
Le Progrès, de Minneapolis, Minnesota, fondé par une compagnie d'actionnaires en mai 1884 avec J.-B.-A. Paradis comme rédacteur, fut incendié au mois d'octobre 1887 et disparut pour toujours.
Les Veillées Canadiennes, fondé en janvier 1890, à Minneapolis, par Frank-L. Perkins, ne vécut que quelques semaines.
Le Franco-Canadien, St-Paul, Minnesota, parut vers le 15 août 1876. J.-B.-A. Paradis et F.-C. Carroll, éditeurs. Cinq ou six numéros seulement furent publiés.
Pour terminer ce chapitre des journaux de l’Ouest, nous reproduisons une lettre que M. Bachand-Vertefeuille écrivait à l’auteur à la date du 21 septembre 1903. Dans cette lettre M. Bachand-Vertefeuille donne de curieux détails sur son expérience personnelle dans le journalisme, et vu qu'elle jette une nouvelle lumière sur les journaux de l'Ouest, nous avons cru devoir en faire part à nos lecteurs.
Lettre de M. Louis-A. Bachand-Vertefeuille à M. Alexandre Belisle :
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Chicago, le 21 septembre, 1903.
Mon Cher M. Belisle:
L'Opinion Publique, comme beaucoup d’autres journaux d’ailleurs, ne sont pas toujours exacts dans l’annonce de leurs nouvelles.
Le Canadien n’est pas mort comme il a été dit; de même pour la Voix du Peuple. Une fille se marie, elle perd son nom, mais de là au décès il y a ! “n.
Je suis arrivé à la direction du Canadien, St-Paul, par accident. J'étais allé à St-Paul pour chercher du travail comme typographe. C'était en juin 1897. Au mois de septembre, avant-dernière semaine, le propriétaire d’alors, Théo.-F.-X. Beaudet, était découragé et abattu, il n’avait pas la persévérance pour voir au succès de l’œuvre et le Canadien allait mourir. J'étais arrivé à St-Paul avec $so à $60 dans ma poche; je les avais ou prêtées ou dépensées en travaillant pour Beaudet, je n'avais pas $5 en partie, mais je lui conseillai d'attendre une semaine encore et j'écrivis à mes parents; ils se trouvaient dans la gêne, mais m'envoyèrent $10, et c’est sur ce capital que le Canadien vint en ma possession. Beaudet avait eu une idée géniale. Il avait envoyé une lettre circulaire à tous les abonnés arriérés leur disant: envoyez-moi $1.00 et je vous tiens quitte du passé et vous envoie le journal jusqu’au 1er janvier 1898. C'est-à-dire que toute la crème était prise et que le lait était passablement écrémé. J'allai trouver mon imprimeur, je lui expliquai la situation, il me donna crédit au rer janvier, au renouvellement des abonnements. Octobre 1897 me rapporta $14.75 d'abonnements et quelques annonces. Novembre 1897, $20.60 ; décembre $40.30; janvier $36.75; février $33.10; mars $103.15.
Je travaillai comme un nègre, de 6h. a. m. à 11h.30 p. m. et souvent toute la nuit. Il y eut des semaines où ne pouvant payer mes employés je dûs faire rédaction, composition, etc., seul. J'ai fait ce travail (une fois) trois semaines consécutives.
En 1900, octobre, pour satisfaire mes amis démocrates de Minneapolis, je fondai la Voix du Peuple, que j'ai maintenu jusqu’à juin
En janvier 1898, M. Demeules, propriétaire de L'Echo de L'Ouest, mourut. J'essayai dans le temps à mettre les deux journaux ensemble, même système sous lequel je fondai la Voix du Peuple. Un avocat de malheur, Geo.-E. Fortin, journaliste amateur, fit manquer l'affaire, Il était chargé des intérêts Demeules, et voulut accepter, à condition
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que le Canadien laisserait St-Paul et viendrait s'établir à Minneapolis. L'Echo n'a jamais été qu'une feuille à 800 à 900 exemplaires. Moi j'avais 1600 abonnés payants. Le Canadien était l’aîné, St-Paul la capitale, je ne voulus pas de ces conditions et de 1898 à 1902, ce fut le spectacle de deux journaux vivant avec juste assez de sel pour assaisonner un bien pauvre déjeuner. La fusion dans le temps nous aurait épargné $30 par semaine. St-Paul, c'est-à-dire les chefs canadiens, n’ont jamais aidé le journal sous mon administration. J'ai regretté, plus tard, m'être fié à l’aide que je m'attendais d'eux. Ils me trouvaient trop Canadien et pas assez souple pour eux. Trop franc pour laisser l’anglification s’accomplir au profit de quelques petits politiciens, Canadiens de nom seulement. Un politicien canadien, position de $3500 à $4000 par année, en 6 ans a contribué $20 pour le support du journal.
En 1902, j'étais ruiné, pas mon argent, mais ma santé (et à 30 ans seulement). J'’allais abandonner, quoique mon journal, le Canadien, était à proprement parler un des meilleurs hebdomadaires canadiens-français aux Etats-Unis. Chicago, dans le temps, ne connaissait pas ma situation, le Courrier de L'Ouest perdait de $1000 à $1200 par année. Je leur fis une proposition d'imprimer, même système que j'avais à la Voix du Peuple; on mefit venir et on m'offrit la direction du Courrier de L'Ouest, mais on ne voulut pas entendre parler d'imprimer à St-Paul. Je voulais qu'on me cédât ce journal. On refusa; je dûs me résigner à imprimer mes trois journaux à Chicago, dirigeant mes trois journaux de mon bureau à Chicago. J'étais employé sans salaire au Courrier de L'Ouest et propriétaire des journaux à St-Paul et Minneapolis. Je travaillai ferme pendant six mois, et je montrai un surplus dans les comptes au lieu d’une perte, mais c'était un effort suprême. J'étais à demi-mort, ruiné de santé, en arrivant ici. Depuis janvier je ne suis pas moi-même. A la fin de l’année je donnai ma résignation. On ne l'accepta pas, mais on me donna le journal. Si ce don eût été fait en 1902 il y aurait eu une différence énorme. Aujourd'hui je ne sais pas quel sera le résultat.
J'ai fait une consolidation de tous mes journaux en un seul; mon idée est de faire un même journal, avec une page spéciale pour St- Paul et une autre pour Minneapolis, avec l’idée d'étendre ce système à d’autres endroits comme St-Louis, Bay City et Detroit, mais je n'ai pas l'énergie, le courage et l’assiduité au travail que j'avais il y a six
et sept ans passés et parfois l’envie me prend de laisser là le journalisme pour aller travailler à la journée, dans la rue, si c’est nécessaire. Il y aurait plus de profit pour moi, moins d’ennui et plus de satisfaction. Depuis :897 je n’ai pas retiré $7.00 par semaine pour mon usage personnel.
Je vais faire un dernier effort ; si j’ai le courage de passer à travers de nouvelles éprcives, j’arriverai peut-être au succès. Aurais-je la force de le faire? Je suis garçon à 31, j'ai soif de la vie de famille, le revenu du journal ne me permet pas de penser au mariage.
Nous verrons!
Vous m'avez demandé des renseignements, je vous en donne, prenez ce qu’il vous plaira. Ce sont des faits.
J--B.-A. Paradis, de St-Paul, est le plus ancien de nos journalistes de l’Quest et le meilleur.
Mes journaux qui sont disparus étaient:
1892—Le Philanthrope, Providence, R.-I.
1896—Le Bulletin Oficiel, Chicago. Il!.
1903—Le Petit Journal, Chicago, Ill.
Votre serviteur,
LOUIS-J. BACHAND-VERTEFEUILLE.