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CHAPITRE VINGT-DEUX IEME

Les journaux de Worcester

Pr" ES deux premiers journaux de Worcester furent L'Impar- YA tial et L'Idée Nouvelle. Médéric Lanctôt s'était porté R candidat à Montréal pour le parlement fédéral dans l'au- | tomne de 1868 contre sir Georges-Etienne Cartier et il

avait été défait. Au printemps de 1869, ayant publié deux numéros de L'Impartial à Burlington, dans l'Etat du Vermont, il se rendit à Worcester où il publia un numéro de L'Impartial et deux de L'Idée Nouvelle. Le but de ces deux journaux était d'amener l'indépendance du Canada. M. T.-H. Sarony Lambert en était l’'administrateur et propriétaire. On peut se demander ici quelle influence pouvait avoir une petite feuille publiée en français aux Etats-Unis pour la cause de l'indépendance du Canada.

La Confédération venait d'être établie et c'était sans doute une idée bien présomptueuse, sinon une folie, de penser dans ce temps-là à la possibilité de l'indépendance du Canada.

Ferdinand Gagnon vint se fixer à Worcester au mois d'octobre 1869, quelques semaines après l’arrivée de M. l'abbé J.-B. Primeau, qui venait y fonder la première paroisse canadienne, la paroisse Notre-Dame. M. Gagnon avait 20 ans. I1 orgzaisa une compagnie d'actionnaires composée de Pierre-Ludger Paquette, Louis-P. Lamoureux, Antoine Lamoureux, L.-A. Létourneau, Ed. Charette, Ed. Lafaille, F.-X. Brazeau, G.-A. Demers, tous de Worcester; Antoine Moussette, de St-Albans, Vt.; J.-Bte Gagnon et Emery Lapierre, de Concord, N.-H.; Séraphin Lacasse, de Manchester, N.-H.; F.-X. Marchesseault, de Spencer ; M. l’abbé Primeau, Joseph Marchesseault, A. Marchesseault, Joseph Désautels, Z. Laflotte, Léon Robert, Adrien Girardin, Magloire Proulx, Cyrille Paquette, Louis-C. Tougas, Jj.-B.

Tougas, Cléophas Laliberté, Henri Nauit, Joseph Forest, Moïse Beaudette et P. Bruyère, tous de Worcester.

Le premier numéro de L'Etendard National parut le 3 novembre 1869. Le 7 novembre 1870, L'Etendard National se fusionnait avec L'Opinion Publique, magnifique publication hebdomadaire illustrée, publiée à Montréal par Geo.-E. Desbarats, et rédigée en collaboration par un grand nombre de la brillante pléiade littéraire du temps, entre autres L.-O. David, A. Achintre, J.-A. Mousseau, Oscar Dunn, Joseph Marmette. La publication de L'Etendard fut continuée jusqu’en

Le Foyer Canadien, feuille in-quarto, huit pages, parut le 18 mars 1873. Ferdinand Gagnon et Frédéric Houde en étaient les rédacteurspropriétaires. Durcnt l'été de 1874, M. Gagnon vendit ses intérêts dans le journal à son associé qui transporta le journal à St-Albans, Vt., et le fusionna avec le Nouveau Monde de Montréal, en juin 1875. Le Foyer Canadien était une feuille fort bien faite, admirablement rédigée par ces deux hommes de mérite comme journalistes.

Le Travailleur, le journal qui fit la plus grande somme de bien à nos populations durant la période d'organisation de nos forces aux Etats-Unis, fit son apparition le 16 octobre 1874. M. Gagnon s’entoura d'un nombre considérable de collaborateurs, parmi lesquels il comptait Benjamin Sulte,! Aram-J. Pothier,? l'abbé Hyacinthe Martial, le Dr L.-J. Martel J.-D. Montmarquet, le Dr J.-N.-O. Provencher.

Au mois d'octobre 1879, sous l'administration de l'auteur de ce livre, le Travailleur devenait bi-hebdomadaire et son tirage fut doublé en moins de deux ans.

M. Gagnon mourut au mois d'avril 1886. Les dépenses occasionnées par sa longue maladie laissèrent sa succession avec plus de $3,200 de dettes. Les revenus du journal étaient de plus de $4000 par année. Cependant, la succession fut déclarée insolvable en décembre de la même année, deux mois après que nous eussions démissionné après avoir payé un quart des dettes de la succession.

En janvier 1887, le journal passa aux mains de M. Charles Lalime, beau-frère de feu M. Gagnon, qui le céda, en 1892, à M. Josiah Quincy,

1 Célôbre publiciste et historien, fonctionnaire du gour ernement À Ottawa

4 \ujoeurd'hui gouverneur du Rhode Island

3 Le fondateair du ‘Messager, de Lewiston, Me, décédé dans cette ville le 27 février 1su%

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de Boston, qui en donna la direction à M. Benjamin Lenthier. Entre les mains de ce dernier, avec tous les autres journaux subs'diaires du National, il vécut jusqu’à la dernière journée de l'année. Le Travailleur, le journal patriote qui avait eu une si belle vogue naguère, était disparu pour toujours.

Les rédacteurs du Travailleur, après la mort de M. Gagnon jusqu’à son achat par M. Lenthier, furent MM. Godfroy de Tonnancour,! Ambroise Choquette,* Emile-H. Tardivel® et Edouard Vincelette.

La Lanterne Magique, journal humoristique, fit son apparition en juillet 1875. Le Dr J.-N.-O. Provencher pratiquait la médecine sans toutefois aimer sa profession. Il était excellent peintre, et plusieurs des anciennes et plus belles bannières de nos sociétés canadiennes étaient son ouvrage. Il faisait son journal tout seul, sans l’aide d’aucun autre, si ce n’est pour l'impression. Il rédigeait, composait, dessinait les caricatures et les gravait sur bois. Cette feuille était très bien faite, mais elle ne vécut que ci.elques mois. Lors de sa disparition, M. Gagnon publiait le fait en disant que la Lanterne Magique était née cent cinquante ans trop vite.

Dans le mois d'octobre 1878, M. Honoré Mercier, qui fut plus tard premier ministre de la province de Québec, était venu à Worcester faire une conférence. M. Charles Gigault, excellent jeune homme, chimiste de son état, instruit, et en vue parmi la population, ayant été désigné pour présenter le conférencier à l’auditoire, s’acquitta de sa tâche d'une manière convenable, mais il voulut ajouter quelques mots en dehors du sujet qu’il avait préparé, et se trouvant embarrassé, il balbutia quelques paroles inintelligibles pour terminer. M. Gagnon, qui était taquin, écrivit dans le Travailleur, sur un ton de plaisanterie, que M. Gigault avait présenté le conférencier avec tout le “tact” qu'on lui connaît. Gigault, piqué au vif, jura qu’il se vengerait. La vengeance de Gigault se traduisit par la fondation d’un nouveau journal pour faire concurrence au Travailleur. Le 10 janvier 1879 paraissait le premier numéro du Bien Public, qui était publié trois fois la semaine. Dans l'automne de 1880, malgré qu’il eut absorbé le Protecteur Canadien de Fall-River, comme un tonique pour lui aider à survivre, vers le mois de janvier 1881, le Bien Public disparaissait

1. Aujourd'hui rédacteur de ‘’L'Indépendant,"” de Fall-River. 2. Juge À Central Falls, R.-1 3. M. Tardivel est retiré du journalisme depuis nombre d'années et il exerce main-

tenant la profession d'avocat à Boston.

après avoir englouti $1700 à son propriétaire. M. Gigauilt publiait sa feuille tout en faisant son travail à la pharmacie du Dr Napoléon Jacques. Encore, si ça n'avait été que cela; mais il s’ensuivit de plus une carrière ruinée, une santé toute délabrée, puis, après quelques mois, la tombe. Pauvre Gigault, sur le train en route pour le ©anada où il allait mourir, il disait à l’auteur de ce livre qui faisait le voyage avec lui: “Comme on est bête de vouloir faire ce qu'on ne connaît pas.” Combien en a-t-on vu fonder de journaux pour satisfaire des antipathies, des jalousies et des haines! Presque tous nos grands centres en ont été témoins: Lowell, Manchester, Fall-Iiver, Woonsocket, Holyoke, etc.

Dans le journalisme canadien des Etats-Unis il y a eu des hommes de toutes sortes, des excentriques, des ignorants, des prétentieux. Plusieurs hommes instruits et de talent ont êté mélés à cette carrière ingrate.

C'est ainsi que l'éditeur du Courrier de Worcester, M. Victor Bélanger, qui vit le jour ‘pour la première fois” au Canada, comme il le disait dans l’une de ses harangues, fit du journalisme pendant près de dix ans. C'était un bon typographe, malgré son excentricité, et il avait des qualités. Il avait le tour de saigner les chefs du parti républicain. C'était là sa première et sa plus utile qualité.

Le 6 février 1880, Victor Bélanger, ci-devant typographe au Bien Public, sortait le premier numéro du Courrier de Worcester. En même temps il publiait une édition du Courrier pour Woonsocket, et en 1883 une autre pour Taunton. Le Courrier, par la suite, devint semi-quotidien, et en 1892 il passa aux mains de Benjamin Lenthier qui le fit disparaître quelques mois plus tard. Les deux ou trois premières années du Courrier, M. François Odier, un Français, en fut le rédacteur. Comme l’on voit, pendant un certain temps il y avait, il y a une trentaine d'années, trois journaux de langue française publiés à Worcester.

M. Bélanger, qui avait un génie inventif, fit breveter plusieurs inventions dont une lui apporta une grande fortune, avec les revenus de laquelle il vit dans l'opulence à Paris, et il exploite de riches mines au Mexique.

Le Républicain, fondé en 1892 par M. P.-U. Vaillant et un Belge nommé Laurie, vécut pendant quelques mois seulement. M. Vaillant rédigeait et M. Laurie était l’administrateur.

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Louis-J. Latour fondait le Réveil en 1895 et publiait cette feuille près de deux ans. M. Réné de Chalut en était le rédacteur.

Avec la disparition du Travailleur, dont le dernier numéro parut le 31 décembre 1892, Worr:ster restait sans journal français. Il n'était pas possible que la coionie canadienne de Worcester restât ainsi longtemps privé d'un organe français. Il était d'absolue nécessité que l’œuvre commencée par Ferdinand Gagnon, Frédéric Houde, et continuée par d’autres dût être reprise, si l’on voulait conserver notre influence acquise au prix de tant d'efforts et de travail. Cela demandait assurément une certaine dose de courage et de persévérance, car tout était à créer: achat de matériel, installation, clientèle c'abonnements et d'annonces. Les frères Belisle, dont j'étais du nombre, tentèrent l'entreprise avec un capital bien restreint mais suffisant tout de même pour des débuts modestes. Les fondateurs de L'Opinion Publique furent, par orére d'âge, Alexandre, Félix-A., Eugène-L., Georges-E., et Charles-Edmond Belisle. Le premier numéro parut le 27 janvier 1893. Il était publié deux fois par semaine. M. P.-U. Vaillant en a été le premier rédacteur. Les autres rédacteurs de L'Opinion Publique jusqu’à nos jours furent successivement Rémi Tremblay,! Thomas Côté,? Sylva Clapin.® J.-Arthur Favreau,4 Télesphore Saint-Pierre, Bruno Wilson, Charles-R. Daoust, et enfin J.-G. LeBoutillier qui remplaçait M. Daoust le 1er mai 1907.

11 sera question de L'Opinion Publique d'une manière plus détaillée plus loin au chapitre des journaux vivants.

Le Coq, journal humoristique; le premier numéro parut le 4 juillet 1901, publié par J.-Arthur Roy & Fils, hebdomadaire, à Worcester. Vécut quelques mois.

Un dernier journal a vu le jour à Worcester après la fondation de L'Opinion Publique, mais il n'était pas né viable. C'est le Canadien- Américain, journal quotidien qui avait la prétention de combler une lacune en paraissant le matin. Le premier numéro de ce journal quotidien parut le 14 avril 1907. M. J--T. Lord en était l'éditeur, et le bailleur de fonds était son beau-père, M. Godfroy Fournier,’ un des

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