LE DR L.-J. MARTEL
Le 28 février 1899 L'Opinion Publique, à la réception de la nouvelle de la mort du Dr L.-J. Martel, publiait l’article suivant:
La dépêche qui nous arrive ce matin de Lewiston, Maine, nous annonce une nouvelle des plus douloureuses et qui va plonger dans l’affiction tous les cœurs canadiens, par toute la Nouvelle-Angleterre. Notre distingué compatriote, le docteur L.-J. Martel, est décédé hier soir, après une semaine à peine de maladie, et dans toute la force et la maturité de son âge, car il ne venait que d’atteindre ses quarantehuit ans. Il a succombé à une attaque aiguë d’érisypèle, dont il s'était senti saisi pour la première fois il y a une semair*, mais ce ne fut toutefois que dans la journée d’hier que les médecins, qui étaient accourus à son chevet et qui lui donnaient leurs soins les plus éner-
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giques, décidèrent que son état était désespéré et que la mort n'était plus qu’une question de quelques heures. En effet, le malade entra en agonie à 4 heures, et peu après il expirait au milieu de pénibles convulsions qui témoignaient de l'intensité des souffrances qu'il avait dû endurer dans ses derniers instants.
Le docteur Martel était né à Saint-Hyacinthe, P.-Q. en 1851, et après un cours brillant au séminaire de cette même ville, il entrait au collège de médecine Victoria, à Montréal, d'où il sortait, en 1873, avec la mention de “haute distinction.’ Muni de son diplôme de médecin il décidait, peu après, de venir se fixer aux Etats-Unis, et il optait pour Lewiston, Me., qu'il n’a jamais quitté depuis, et où commençait alors à se diriger un courant considérable de Canadiens-français.
Depuis 1874, pas un événement important ne s'est produit dans les annales de nos compatriotes émigrés, sans que le docteur Martel, qui bientôt s'était acquis une immense popularité, n’y prit une part des plus actives, et cela à tel point qu’on a déjà pu dire de lui qu'il fut pour nous tous, et tout particulièrement dans la région qu'il habitait, un second Ferdinand Gagnon, ne le cédant aucunement à celui-ci ni en désintéressement, ni en largesse de cœur, ni en dévouement profond à nos intérêts.
Dès 1874 il fondait l'Institut Jacques-Cartier, de Lewiston, association comptant environ 700 membres, mais sa participation aux affaires publiques ne date cependant que de quelques années plus tard, en 1881, année où il fut délégué par ses compatriotes de Lewiston pour les représenter à la première convention canadienne d'Etat tenue à Waterville. L'année suivante, en 1882, il était choisi à l’unanimité pour présider les séances du congrès canadien du Maine et du New-Hampshire, qui s’est réuni à Lewiston.
A partir de ce moment, la renommée et la popularité du docteur Martel devaient sans cesse grandir et lui attirer non seulement l'estime et l’admiration de ses compatriotes proprement dits, mais aussi de la population de langue étrangère avec laquelle il était le plus immédiatement en contact, et au soutien de laquelle il vivait et exerçait sa profession. C’est ainsi qu'il fut tour à tour le médecin officiel de la ville de Lewiston durant trois ans, de 1883 à 1886, membre de la législature de l'Etat du Maine en 1889; vice-président, nuis président de la première grande convention des Canadiens émigrés aux Etats-Unis, convention qui s’est réunie à Rutland, Vt., en 1886; président de l’Alliance Nationale Franco-Américaine, puis délégué au congrès catholique qui s’est tenu, en 1891, à Baltimore, congrès auquel, on se rappelle, ass. ‘ait aussi M. Mercier, en qualité de représentant de la province de Québec.
Mentionnons encore que c’est au docteur Martel que nous devons la fondation du premier journal canadien publié aux Etats-Unis (l’auteur de cet article a voulu probablement dire: le premier journal canadien publié dans le Maine), le Messager, de Lewiston, mainte-
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nant dans sa dix-neuvième année, et pour lequel le défunt n’a ménagé ni son temps, ni son argent, ni ses efforts.
Cédant à de nombreuses sollicitations, le docteur Martel s’est aussi présenté, à deux reprises successives, en 1893 et en 1894, pour briguer les suffrages de ses concitoyens en qualité de maire de la ville de Lewiston. Il échoua dans ces deux tentatives, grâce surtout à l'hostilité sournoise de l'élément irlandais, incapable de se faire à l'idée qu’un maire d'origine et de langue française püût jamais avoir la direction des affaires de la ville. Mais ces deux élections n’en furent pas moins chaudement contestées, celle de 1894 surtout, où le nombre de votes inscrits a été le plus considérable dont on avait jusqu'alors eu le souvenir à Lewiston.
Depuis 1894 le docteur Martel s'était tenu dans une obscurité relative, se contentant surtout de faire le bien autour de lui, aidant à la fondation d'œuvres de charité, et ne marchandant pas ses services aux pauvres pour lesquels il a toujours fait preuve d’un dévouement inaltérable. Ce fut lui, surtout, qui contribua le plus à l’établissement de l'hôpital des sœurs grises à Lewiston, et ces bonnes religieuses ont maintenant perdu avec lui l’un de leurs collaborateurs les plus ptrécieux.
Notre distingué compatriote et ami avait épousé, en 1875, Mlle Alphonsine Germain, appartenant à l’une des premières familles de Saint-Hyacinthe, et il laisse aussi derrière lui deux enfants, un fils et une fille.
Le premier mai 1870 L'Emigré Canadien faisait son apparition à Biddeford, publié par Léon Bossue dit Lyonnais; il en parut en tout six numéros. Ce fut le premier journal français publié dans le Maine.
La Revue, Augusta, fondé en 1911; hebdomadaire.
La Revue, Waterville, fondé en 1911; hebdomadaire.
Tous deux imprimés au Courrier de Lewiston.
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Robert Lemointé
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