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CHAPITRE VINGT-SEPTIEME

Les journaux du Maine

T2) HISTOIRE des journaux du Maine offre aussi un chapitre [3 { intéressant. Cet Etat, confiné à la province de Québec et ] 2 aux provinces maritimes, a reçu lui aussi sa bonne part TZ D || de l'émigration canadienne et acadienne. Plusieurs jour-

naux y virent le jour, principalement à Lewiston et Biddeford. Il n'en est resté que trois, le Messager, la Justice et 1: ‘it Courrier.

Le Messager fut fondé au mois de mars 1880 par J.-D. ;iontmarquet, qui était venu de Keeseville, N.-Y., et le Dr L.-J. Martel.1 M. Montmarquet avait été collaborateur du Travailleur en même temps que l'agent, de 1878 à 1880. Au printemps de 1884 le Messager passa aux mains d’une société composée de MM. Eusèbe Provost, Dr Martel, J.-N. L'Heureux, Dr Z. Vannier, Dr L.-E.-N. Matte et F.-X. Belleau, avocat. Le journal devint alors bi-hebdomadaire et était rédigé par MM. Martel, Vannier et Belleau. Au mois de septembre suivant, M. Emile-H. Tardivel devint le rédacteur attitré du Messager en même temps qu'il en était co-propriétaire avec le Dr Martel, position qu’il occupa jusqu’au mois d’août 1886. Il fut suivi de M. L.-A.-L. Désaulniers, aujourd’hui décédé. Le propriétaire actuel est M. J.-B. Couture.

A la date du 9 octobre 1897, L’'Indépendant, de Fall-River, répondant à un article du Messager de la veille, publiait un article intitulé “Entendons-nous bien,” qui est un curieux exemple de courtoisie entre journaux. Mais par la suite ces deux journaux n’ont pas tou-

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1 H— a p'usteurs années que M. Montmarquet et ie Dr Martei ne sont plus de ce monde.

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jours fait assaut de courtoisie. Nous croyons intéressant de citer ici l’article de L’Indépendant qui cite lui-même le Messager.

Le Messager, de Lewiston, Maine,—qui a changé de physionomie depuis que M. F.-X. Belleau est revenu de Trois-Rivères, où, comme on le sait, il a passé quatre années en qualité de consul américain,— nous arrive avec un long article sur L’Indépendant, le Massachusetts et le nationalisme.

Citons la première partie de cet article vraiment trop flatteur pour nous:

“Il est incontestable que L’Indépendant, de Fall-River, est un des journaux de langue française les mieux faits en Amérique.

“Et pourquoi n'y aurait-il pas de bons journaux français dans le pays du confrère? N'y a-t-il pas dans le Massachusetts tous les avantages possibles au succès de telles entreprises? Les communications sont des plus faciles; les villes et les grands centres abondent, se tonchent presque; de grandes industries, un commerce considérable, une immense population française, que faut-il de plus pour faire un bon journal? Vous avez les annonceurs, vous avez la circulation, etc. Tous ces avantages donnent aux propriétaires de journaux comme L’Indépendant les moyens d’avoir à leur emploi des hommes compétents, des hommes d’expérience, des hommes de l’art. Ces derniers, étant bien rémunérés pour leur travail, donnent en retour aux patrons et au public un journal bien fait et qui mérite l’encouragement de tout homme ayant à cœur l'avenir de la langue française en Amérique.

“Tel est le journal du confrère que nous lisons toujours avec le plus grand intérêt. Cette feuille est devenue quotidienne depuis quelques années, c’est la meilleure preuve du progrès des nôtres dans cet Etat.

“Le Massachusetts est, sans contredit, un des plus beaux Etats de l’Union, et il nous fait plaisir d'y voir là les nôtres en si grand nombre.

“Toujours et de tout temps, le Massachusetts a joué un grand rôle dans la République. C’est l'Etat des Adams, des Webster, des Choate, des Sumner, des Phillips, des Winthrop, etc. Cet Etat, ce pays charmant et admirable à tous les points de vue, un jour le coin de terrain que nous habitons en faisait partie.

“Les distances, dans ce temps-là, étant considérables, il fut convenu entre tous les habitants de ce grand territoire qu’il y allait de l'intérêt général de le diviser, d’en faire deux Etats.

“Le premier gardait son nom: Commonwealth of Massachusetts; les habitants du pays ainsi divorcés de la mère-patrie, se souvenant probablement que le pays dont ils devenaient les maîtres absolus avait été parcouru en tous sens par les successeurs de Cartier, choisirent pour nom du nouvel Etat celui d’une ancienne province de France,

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et ils donnèrent ainsi à la République “l'Etat de Maine,” que nous avons adopté, nous Canadiens-français, au nombre de soixante-quinze à quatre-vingt mille.”

Quant au nationalisme, le Messager se défend d'en avoir jamais été l'apôtre. Nous prenons note de cette déclaration, tout en faisant

remarquer au confrère que nos observations, sous ce rapport, ne le concernaient nullement.

Il est notoire que dans le Maine certains candidats d'origine fran- Co-canadienne ont, plusieurs années durant, fait leurs élections au nom du nationalisme. Ces hommes étaient sans doute animés d’excellentes intentions; mais le Temps a prouvé qu'ils avaient fait fausse route. Voilà, en substance, tout ce que nous avons dit des Canadiens du Maine.

Nous sommes heureux de la transformation que vient de subir le Messager. De paralysé qu’il semblait être depuis quelque temps, ce journal a retrouvé une verdeur et une vivacité d'esprit qui rappellent les plus belles années de sa carrière déjà longue.

Nous terminerons ces quelques remarques en encourageant notre confrère de Lewiston à continuer sa lutte contre le nationalisme, et à réparer les erreurs du passé comme nous nous appliquons à le faire dans le Massachusetts.

Encore ici la liste des morts est assez longue. Autant que possible nous la donnerons par ordre chronologique.

En la même année que le Messager, au mois de novembre 1880, le Cri d'Alarme vit le jour à Biddeford. La feuille était publiée par James Smith, mais elle ne vécut pas longtemps. Ce nom suggestif n'était peut-être pas une conséquence du hasard. On sait comme nos compatriotes du Maine ont eu à souffrir depuis une trentaine d'années pour les droits de leur langue en ce qui concerne les paroisses et les écoles. Dans sa courte existence le premier journal canadien de Biddeford a dû plus d’une fois faire entendre le cri d'alarme.

Nous voyons ensuite que dans le mois de janvier 1885 apparaissait à Lewiston le Courrier de Lewiston, fondé et rédigé par Emile- H. Tardivel. Son existence fut des plus éphémères, quelques semaines seulement.

M. Urbain-J. Ledoux, une figure bien connue parmi nos compatriotes des Etats-Unis, qui fut dix ans dans le service consulaire, commença sa carrière dans le journalisme à Biddeford. En 1893. avec le concours de deux jeunes typographes de Québec, MM. Mont-

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miny et Ranger, il lança à Biddeford L'Indépendance, journal hebdomadaire. “J'étais alors étudiant en droit, écrit M. Ledoux à l’auteur de ce livre. A peine sorti du collège, je n'avais comme principale ressource que le fameux “Prince-Albert” à la suisse du séminariste franco-canadien. Celui-ci “désuissé,” nous voilà lancés sur les sables mouvants de la pénurité et de l'enthousiasme de l'adolescence. Notre journal eut l'expérience et le sort des pionniers. Après quelques numéros, il :reva de faim, quoique tendrement dorloté. Il nous laissa un peu d'expérience. et beaucoup de sables mouvants ee

A L'Indépendance succéda L'Observateur, en novembre 1893, fondé par J.-S. Bourdon et Alfred Bonneau, qui venait de Lowell. Tout en continuant ses études de droit, M. Ledoux collabora à ce journal et en fut pendant un certain temps le directeur. Cette feuille disparut en mai 1896.

M. Ledoux fit un dernier effort qui n’aboutit, hélas! qu’à un seul et unique numéro. Après beaucoup de peine et de travail, le 1er décembre 1895, sortit le Figaro. Ce n'était pas un journal comme le célèbre Figaro de Paris; c'était un magazine de 16 pages in-quarto, humoristique, littéraire et social, genre Life et format Puck, avec profusion de gravures. Cet effort épuisa complètement les finances de M. Ledoux, qui prit alors la gérance de l’annonce et de la circulation du Samedi de Montréal, aux Etats-Unis.

La Sentinelle, journal hebdomadaire, parut en 1897 à Waterville, publié par le Dr Avila-O. Boulay; vécut environ une année.

Le Journal de Madawaska, publié à Van Buren, parut à la fin d'octobre 1902, la propriété d’une compagnie. Le Dr Avila-O. Boulay en était le rédacteur et Lévite-V. Thibaudeau l'administrateur. En septembre 1905 le Dr Boulay acheta l'établissement et après y avoir englouti une somme de $2,000, la feuille disparut au printemps de 1906.

Le Courrier du Maine fut fondé à Lewiston au mois de juillet 1906, le premier numéro paraissant le 24 juillet. C'était peu de temps après le fameux “incident de Fall-River,” qui avait passionné une partie de la presse canadienne de la Nouvelle-Angleterre. C'était un journal hebdomadaire qui passait pour être inspiré par les Pères Dominicains, qui ont la desserte de la paroisse Saint-Pierre de Lewiston. Pendant sa courte existence il eut à soutenir une polémique avec le Messager à pr2pos d’affaires religieuses. M. F -F. Roy en était

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l'administrateur. L'incident de Fall-River avait été soulevé par L'Opinion Publique de Worcester, à la suite de la dédicace de l’église Ste-Anne de Fall-River, où l'on prétendait qu'une trop large part avait été faite à l’anglais dans les discours prononcés au banquet qui suivait la cérémonie religieuse. Le Très Rév. Père Grolleau était alors le curé de la paroisse et il eut à subir le gros des attaques des journaux, au premier rang L'Opinion Publique et la Tribune de Woonsocket. Le premier journal était alors rédigé par Bruno Wilson et l'autre par J.-L.-K. Laflamme. L'Indépendant était à peu près le seul, à part le Courrier du Maïne, à défendre le Père Grolleau. Malheureusement cette polémique dépassa les bornes de la dignité et dégénéra, de la part de la Tribune et de L'Indépendant surtout, en invectives et personnalités. Le temps, qui efface tout, calma bientôt les esprits et ce qu'on a appelé l'incident de Fall-River resta chez les gens réfléchis à l’état de regrettable souvenir.

Le Courrier du Maine ne vécut pas six mois. Le dernier numéro paraissait le 13 décembre 1906.

La Justice de Biddeford fut fondée en mai 1896 par Alfred Bonneau. Celui-ci est « icore le directeur-propriétaire de cette feuille.

Parmi les journaux disparus du Maine on peut mentionner encore:

L'Ouvrier Canadien, à Biddeford, fondé en 1895 par Primeau et Haswell et rédigé par Philippe Masson et qui disparut en janvier 1896 après une année d'existence.

La République, à Lewiston, en décembre, fondée par J.-B. Rouillard et qui vécut quelques mois.

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