‹ Histoire de la presse franco-américaine [microforme]Chapitre 94 sur 220 · J-OVIDE-DOUAIRE DE BONDY · texte numérisé non relu

J-OVIDE-DOUAIRE DE BONDY

Voilà un de nos vétérans journalistes qui porte gaillardement le poids des années et semble devoir prolonger encore d'un grand nombre d'années la carrière musicale qui fut le but principal de sa vie. Le nom de M. de Bondy, associé à celui de Benjamin Lenthier, s'attache aux premiers efforts qui ont été faits pour établir une presse canadienne aux Etats-Unis. Il y a trente ans et plus ce n'était pas une petite affaire de fonder et surtout maintenir un journal. M. de Bondy tenta l'expérience pendant qu'il était encore à l'âge où l’homme n'est pas encore soustrait aux illusions de la jeunesse. Mais sa carrière dans le journalisme ne fut que transitoire, et il y a bien des années qu'il a abandonné cette carrière alors généralement si ingrate et si peu rémunérative. M. de Bondy était alors, comme il l’est encore aujourd’hui du reste, un ardent patriote, et je suis sûr que, malgré ses déboires, il n’a jamais regretté un instant les années qu'il a consacrées pour l'intérêt de ses compatriotes. C'est pourquoi il mérite une place d'honneur dans cette galerie. L'ancien compagnon d'armes de M. Lenthier, comme l'on sait, est un musicien qui a fait sa marque. Sa spécialité est l'orgue. Comme organiste de l'église Saint-Jean- Baptiste de Lynn, il fut l’un des premiers aux Etats-Unis à introduire ‘2 chant de Solesmes dans son intégrité conformément au Moto Pro-

Silhoucttes de journalistes 51

prio de Pie X sur la musique sacrée. En cela il a été admirablement secondé par son curé et ami, M. l'abbé J.-B. Par:nt.

J.-Ovide-Douaire de Bondy naquit à Lavaltrie, province de Québec, le 4 juillet 1850, fils de Monsieur et Madame Agapit Douaire de Bondy. Son père était médecin et mourut à Sorel vers 1894. Sa mère était une musicienne de haute réputation dans ce temps, et le sujet de cette biographie commença ses études musicales sur les genoux de sa mère, qui était organiste de la paroisse. Il entra au collège de l’Assomption à l'âge de 10 ans, uù il fit ses études. Durant une partie de ce temps, il se rendait à Saint-Sulpice, sur le fleuve St-Laurent, où on l'avait engagé comme organiste de la paroisse, malgré son jeune âge. De fait, il fut le premier organiste de la paroisse de St-Sulpice, qui avait alors Messire Birtz pour curé.

Au collège, le jeune de Bondy faisait toujours les frais de la musique à toutes les représentations et distributions de prix. Sorti du collège, il passa ses examens à l’Université McGill où il fut admis à l'étude de la médecine. Préférant se trouver plus en rapport avec les Canadiens-français, il entra au Collège de Médecine Victoria à Montréal, où il continua ses cours. Il se maria, étant encore étudiant en médecine, tenant maison à Montréal, où il était aussi organiste de l'église Ste-Brigitte.

En 1872, il partit pour les Etats-Unis où il pratiqua comme médecin pendant quelques mois seulement. Son goût prononcé pour la musique le portait vers la profession de musicien plutôt que de demeurer sous le drapeau d’Esculape. Il demeura près d’une année à Holyoke, Mass., quand la population de cette ville n'était que de 9,000 âmes. Il fut organiste dans l’église canadienne qui, après son départ, devint la proie des flammes, et où un grand nombre de nos compatriotes perdirent la vie. Une de ses élèves, la jeune Ida Meunier, qui l'avait remplacé comme organiste, perdit la vie en cette déplorable occasion.

Il se rendit alors à Albany, N.-Y., où, rencontrant un prêtre de sa connaissance, il lui conseilla de s'établir à Clens Falls, N.-Y., où il se rendit en 1873 comme organiste de l'église Ste-Marie. C'est là qu'il rencontra Monsieur Benjamin Lenthier et qu'il établit, en 1880, le Drapeau National, journal français hebdomadaire, qui fut aussi publié, pendant quelques mois, comme journal bi-hebdomadaire, en français et en anglais. Ce journal qui était démocrate, au point qu’on appela alors de Bondy “The French Brick Pomeroy” à Glens Falls, fit une

campagne acerbe durant l'élection présidentielle de Hancock et Garfield. Les contemporains de cette époque se rappellent le résultat de cette élection qui fut ia cause immédiate de la disparition du Drapeau National.

Ce dernier journal fut bientôt remplacé par le Guide du Peuple, bi-hebdomadaire, publié aussi par J--O.-D. de Bondy et Benjamin Lenthier. Mais comme cette vie de journaliste de ce temps-là lui faisait négliger naturellement la profession de son choix, il laissa cette carrière pour retourner à ses chers moutons, la musique. Mais sa santé avait été minée par le travail et surtout les sacrifices de toutes sortes. Il laisse donc Glens Falls en 1888 pour voyager comme directeur de musique d’une compagnie de concert. Durant ce temps les membres de sa famille, consistant en son épouse et trois fils (ces derriers dedemeurent aujourd’hui à New-York,) se rendirent à Boston, où ils établirent domicile dans la partie de Boston appelée Somerville.

Il cessa de voyager au mois de mai 1895 et s'établit à Lyn:, Mass. où il est, depuis ce temps, l’organiste du révérend J--B. Parent, ayant son studio en ville ainsi que son établissement de pianos, enseignant le piano et le chant grégorien dans plusieurs églises.

M. de Bondy a toujours été étroitement identifié avec toutes les sociétés qui ont pour but l'avancement des Franco-américains. Depuis 38 ans, il a assisté à un grand nombre de conventions, de réunions nationales, dans différentes parties du pays. Il fut le secrétaire de plusieurs de ces conventions. Aujourd’hui encore, en dehors de sa musique, J.-O0.-D. de Bondy prend une part active dans plusieurs organisations de langue française, notamment: la Société Historique Franco-Américaine de la Nouvelle-Angleterre, l'Alliance Française, la société St-Jean-Baptiste de Lynn, l’Union St-Jean-Baptiste d'Amérique, les Forestiers Franco-Américains.

Il est peu connu, peut-être, que depuis cirq ans, il est traducteur pour une revue mensuelle qui a un département en langue française.

Page 1