‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 121 sur 122 · Archives mimicipales · texte numérisé non relu

Archives mimicipales

328 UISTOlItE DR DONZÈIŒ

A la suite (rnne escarmouche en avant de la ville, entre Tarmée royale et six ou sept cents impérialistes (vétérans ou gardes nationaux) commandés par le général Debelle, enfant de la Drôme, celui-ci dut se retirer devant des forces trop supérieures, et se replier sur le pont de la Drôme. Il n*y fut pas plus heureux lorsqu'il voulut en disputer le passage à l'armée royale (2 avril 1815). Obligé de battre en retraite sur Romans, il en partit pour se porter sur Valence, où il opéra sa jonction avec les troupes du général Grouchy, auxquelles s'étaient joints les bataillons de volontaires de l'Isère et de la Drôme (7 avril). Arrêté dans sa marche victorieuse, le duc, à la suite d'un conseil de guerre, jugea prudent de rétrograder. Son armée, réduite au premier régiment Royal étranger et à quelques volontaires, repassa le pont de la Drôme ; traversa Livron, Loriol, Montélimar, Donzère et Pierrelatte, poursuivie par les troupes impériales, dont l'avant-garde occupait Donzère, lorsque le duc signa à la Palud, avec le général Gilly, une capitulation qui l'obligeait à s'embarquei>auportdeGette,où le général Soult eut mission de le conduire (15-16 avril).

Vingt jours après, le 5 mai, la municipalité royaliste de Donzère faisait place à une administration, présidée par Louis Meynot et comptant parmi ses membres, André Armand, Antoine Barnavon, Jacques Guibourdanche, Joseph Favier, Jean-Baptiste Peillard, fils aîné, Victor Tirant, Villemain, etc. ; — mais le règne des bonapartistes, comme on appelait alors les libéraux et les patriotes, ne fut pas de longue durée, et les malheurs de la patrie nous ramenèrent — sous le nom de Verdets ou de MtqueleAs — ces mêmes bandes royalistes, longtemps la terreur de nos contrées. Après Waterloo, une de ces bandes, venue du Pont-Saint-Esprit, voulut désarmer

Donzère. A peine entrée dans la ville, elle en St fermer les portes, et puis se livra à des perquisitions ; mais si les plus hardis y firent quelque tapage, s'ils y réquisitionnèrent au nom du roi, mais aux frais des habitants, du vin et des vivres, ils trouvèrent, dit-on, à qui parier dans la personne de deux vétérans des armées de la République et de TEmpire; des femmes même s'armèrent pour la défense de leurs foyers, en Tabsence de leurs maris encore à l'armée de la Loire. Sur les injonctions de la population indignée et menaçante, ils décampèrent, emportant, pour tout butin, de vieux fusils, des harnais, des bottes et jusqu'à un schako avec son aigle qu'ils portaient au bout d'un fusil comme un trophée *. On raconte que deux d'entre eux, natifs du Vivarais, ayant le Rhône à traverser, s'adressèrent à un batelier donzérois qui consentit à les passer eux, leurs armes et leurs bagages. Arrivés sur l'autre bord, comme ils débarquaient, le batelier, par un mouvement en arrière, imprimé tout à coup à son bateau, vira de bord et gagna, à force de rames, le milieu du fleuve, remportant armes et bagages et laissant nos deux pillards ébahis sur la rive droite, obligés de s'en retourner comme ils étaient venus.

Après les Miquelets, — les Cosaques et les Autrichiens, c'est-à-dire toutes les misères et toutes les hontes de l'invasion. — Contributions de toute sorte, menaces, envois de garnisaires, arrestations : en présence de pareils actes, qu'il ne pouvait empêcher, Philibert, Quintin qui avait succédé dans la mairie à Louis Meynot, crut devoir se retirer : il abandonna le poste au dévouement d'Antoine Pradelles, qui sut, en effet, s'y montrer

1. S'il a existé un procès-verbal de cette razzia, il a disparu de nos Archives sous la Restauration, et avec lui la preuve historique du nom du chef miquelet qui commandait la bande.

330 HISTOIRE DE DONZÈRE

l'homme de la situation dans ces temps difficiles. — Vint enfin la Révolution de 1830 et ^vec elle une période d'ordre, de paix et de travail où, sous Tadministration libérale et paternelle de Meynot aîné, l'ancien maire des Gent-Jours, Donzère jouit d'une prospérité qu'il a perdue depuis la construction des chemins de fer, l'abandon de la route nationale, les progrès de la chimie qui ont tué la culture de la garance, la maladie des vers à soie et de la vigne; mais qu'il pourrait retrouver peutêtre si, pendant que des vaillants citoyens y font, dans l'industrie, de louables tentatives, sa jeunesse qui émigré y prenait goût à la vie agricole, si longtemps honorée et pratiquée par ses ancêtres.

Page 1