TEMPS PRIMITIFS
les premiers âges quaternaires, couvert de bois ou parsemé de prairies, peuplé de rhinocéros, d'équidés ou de ruminants et habité par des hommes, vivant, à Tair libre, de la chasse et de la pêche ; il n'appartient qu'à la science de remonter au déluge et même au delà sans se noyer. Pendant la période pluviaire, en effet, « les alluvions, disent nos savants modernes, les sables et les graviers fluviatiles se développaient sur une échelle énorme ; le niveau des eaux courantes s'élevait à des hauteurs extraordinaires ; notamment le Rhône qui, descendant des glaciers, occupait toute la largeur des vallées creusées par le passage de ses masses d'eaux, et s'élevait à plus de 50 mètres au-dessus de son niveau actuel*. » Je laisse donc là les temps préhistoriques — pour aborder, sans autre digression, mon sujet.
Donzère est bâti partie en plaine (la bourgade), partie en amphithéâtre (la ville du moyen âge), sur le versant méridional d'un coteau ayant pour noyau un rocher calcaire^ et dominant un riche bassin de forme elliptique, limité au couchant par le Rhône, au nord par
1. Voyez Matériaux pour l'histoire des temps quaternaires, par Albert Gaudry, édit. 1876-1880. — Les premiers hommes et les temps préhistoriques y 1881, par le marquis de Nadailhac et les intéressants travaux de MM. de Rosbmomd, Belorand, Gaston de Saporta, etc.
2. D'après un ancien minéralogiste du Dauphiné {Description générale et particulière de la France : Minéralogie du Dauphiné^ Bassin de Donzère, p. 41), ce rocher, dans l'origine, se rattachait, par une chaîne intermédiaire, à celui de Pierrelatte {Petra lata, dans la plaine, à 8 kilom. sud de Donzère). « C'est même à la destruction de cette chaîne, dit-il, que Donzère devrait la formation de son bassin et le si grand nombre de pierres de son terroir; » mais depuis les progrès de la science géologique, cette opinion n'a plus cours, et je ne la reproduis qu'à titre historique.
4 HISTOIRE DE DONZÈRE
le mont Navon *, au levant par des collines qui se prolongent dans Vaucluse, au midi par la Berre, petit affluent du Rhône.
Bien qu'il n'apparaisse dans Phistoire qu'au vu® siècle, sous le roi mérovingien Thierry III, Donzère est d'origine très ancienne. Son nom paraît dériver de deux mots celtiques, Dun et Aer; mais />wn, dont les Latins ont fait Dunum ne signifie pas, comme on l'a dit, colline ou montagne, il signifie un lieu fortifié, munitum locum '; et ce nom de Dun ne se retrouve pas seulement dans le vieux mot français Donjon, en provençal Dounjoun (tour crénelée), mais dans une foule de lieux jadis possédés par les Celtes, « au temps, dit M. d'Arbois de Jubainville, de leur grande puissance * ». Quant à Aer (en grec ài^p, en latin Aer, en provençal Ayreia?*), il signifie haut, élevé ; et comme ces mêmes Celtes avaient coutume, dit César, de s'établir le long des fleuves et des rivières, sur une élévation, il est certain que les premières tribus gauloises qui, environ 1500 ans avant notre ère, vinrent se fixer dans cette partie de la vallée
1 , Du celtique Av, eau. Navon n'est pas seulement un « volcan d'eau j>, comme on l'appelle dans la contrée, à cause des nombreuses sources qui en jaillissent, il sert aussi de baromètre à nos paysans, selon que le ciel paraît pourpré ou nuageiîx de son côté. De là, ce dicton local :
Roujé dé Serro,
Beii temps espéro.
Bourro négro su Navou, A Testablé tei moutou.
Rouge de Serre,
Beau temps espère .
Nuées noires sur Navon, A rétable tes moutons.