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Baluze. Not, in capituL^ t. II, p

PÉRIODE FRANKIC 49

dans le pagus tricastin S et dont le possesseur Warner {Wamarius), ancien comte {quondam cornes), avait fait don à l'abbaye, ainsi que d^autres biens à lui appartenanty dans ledit pagus. Mais comme il avait acquis tous ces biens, en partie du vivant de sa première femme, — Hildisnote — {ingenua), femme colone ; en partie avec une serve de rèmpereur(anc27/am) du nom de Belthilde, qu'il avait épousée en secondes noces, l'abbé Hildygise, craignant que cette alliance n'apportât quelque trouble dans sa possession, en sollicita de Louis le Pieux la confirmation.

Par un nouvel acte, daté de son palais ou villa de Théodonis, le 4 janvier 835, la vingt-deuxième année de son règne, l'empereur, plein de sollicitude pour les intérêts des lieux saints, notamment pour celui qu'il appelait son monastère (monasterium nostrum Duserensé), sanctionna la donation du comte en faveur dudit monastère, le déclara, à perpétuité, légitime possesseur de la villa Mastécès, avec ses enclaves, dépendances et confins, et fit défense à tout préposé du fisc, juge ou administrateur, d'y toucher '. '

Ainsi les bénédictins de Donzère voyaient, avec leur petite popula^tion de colons et de serfs sous leur juridiction ' , s'arrondir et prospérer leur chevance. Dispensés du

1 . « A la Touche, dit M. A. Lacroix, où se trouve un quartier de Masteses ».

2. Fr. Le Cointe, Annal, eccles., t. VIII, p. 331 • — Recueil des Historiens de France^ t. VI, p. 598.

3 . A Texemple des colonies gallo-romdnes sous les empereurs, les abbayes avaient leurs registres terriers [Prolyptigues) établis par Gharlemagne, — où étaient escripts les acquisitions, les donations, rentes et revenus des monastères, ainsi que les noms et charges ou devoirs des colons; mais, à part de très rares exceptions, ces vieux Registres (ceux de l'abbaye royale de Donzère

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tribut et de la milice, ne devant au roi que des prières, libres, indépendants, souverains dans leur domaine, outre les dons et les dotations pieuses, ils y récoltaient les meilleurs produits pour lesquels ils n'avaient plus à compter avec les celleriers de Fontenelle. Or l'huile qu'ils tiraient de leurs oliviers, le blé et le seigle que la culture de la plaine leur rendait en abondance, les bois qui couvraient leurs coteaux et leurs îles du Rhône étant plus que suffisants aux besoins du monastère, ils durent chercher le moyen de tirer parti du superflu, en joignant à leurs saints exercices un peu de négoce et d'industrie. — N'avaient-ils pas à leur portée la voie domitienne et le Rhône ?

Hildygise, qui ne manquait pas d'habileté ni de prévoyance, jugea tout d'abord qu'il y avait là, sans déroger, quelque chose à faire. Après la mort de Louis le Pieux, en 840, il s'adressa à son fils et successeur, l'empereur Lothaire, alors en son palais de Vem sur la Seine. Ce prince, par un privilège du 6 des ides d'octobre, même année, première de son règne, lui octroya, sur sa demande, le droit d'équiper deux barques {duos naves) sur le Rhône et sur les autres fleuves de l'empire, pour le service de l'abbaye, d'y naviguer librement {libère), d'aborder n'importe à quels ports, villes, bourgs ou châteaux; d'y séjourner, d'y négocier, soit pour vendre, soit pour acheter, et ce, en franchise de tout péage, tant pour le droit sur les marchandises [teloneum] que pour ie droit d'abordage [ripaticum), la taxe à l'entrée des ports (portaticum), le droit dû pour passage sur ou sous un pont (pontaticum), le droit de salut (salutaticum), etc. Ainsi, pour les chars et pour les bêtes de somme de

entre autres, qui nous eussent initiés plus amplement à sa vie intérieure et à la condit on de ses colons) ont disparu.

l'abbaye, qui pouvaient aller et venir {ire et redire) n'importe où, sur les grandes routes et dans les marchés, sans payer le droit de voirie (cespitaticum) et autres ; — et pour que nul n'en ignorât, Tempereur le faisait savoir, non plus suivant la formule « à tous présents, etc. », mais à tous évêques, abbés, ducs, comtes, vicaires, centeniers, télonniers, — agents et administrateurs de la chose publique, ou percepteurs des taxes multiples qui pesaient alors sur la navigation et le commerce \ et dont nul n'était exempt.

Au seuil du moyen âge, au plus fort des croyances religieuses, ces instincts de négoce chez des reclus, qui avaient fait vœu de pauvreté, n'en étaient pas moins un fait singulier; mais si les moines de Donzère ont fait preuve en cela d'un véritable esprit pratique, il semble qu'il y a loin de là à Topiuion qui les range, avec leurs deux barques « parmi les principaux initiateurs de la navigation fluviale et de l'échange des produits agricoles entre le midi et le nord ». Cette navigation et cet échange avaient lieu, sur le Rhône, de temps immémorial et, pour ne citer que les Phocéens, plus de mille ans avant la fondation de notre abbaye, leurs marchands fréquentaient déjà cette voie fluviale.

i. Fr. Le Cointe, Annal, eccles,, t. VIII, p. B20, — Hecueit des Hist. de Fr., t. VIII, p. 367. — Chipflet, Hist, de VabOaye de TournuSf p. 264.

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