‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 35 sur 122 · Abbé de Saint-Denys, grand chancelier de l'Empire · texte numérisé non relu

Abbé de Saint-Denys, grand chancelier de l'Empire

« Fait à Aix-la-Chapelle, dans le palais du Roi, au nom de Dieu. Amen » *.

Ainsi, la charte de Louis le Pieux ne confirmait pas seulement aux bénédictins de Donzère leurs possessions présentes et à venir, tant sur leur territoire qu'en d'autres pagi, elle consacrait leur indépendance par le droit d'élire leurs abbés et en les affranchissant du tribunal du Comte alors tout-puissant : — Privilège auquel elle faisait particip.er les hommes de la terre de Donzère, en les plaçant sous la juridiction de Tabbaye , — juridiction toute paternelle, qui leur permettait d'acquérir, de vendre, de posséder et de disposer de leur héritage. Il y eut là alors, comme sous le colonat romain, de véritables cultivateurs, intéressés, — sachant qu'ils travaillaient pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, — à défricher, à bâtir, à planter, moyennant une redevance en grains ou en argent aux abbés du monastère. Le colon ne payait que pour sa terre ; le serf, une sorte de tribut de quatre ou huit deniers, pro capite suo.

Vint, en 817, le concile d'Aix-la-Chapelle, et non d'Arles, comme le dit M. l'abbé Vincent, où fut dressé un état des monastères de fondation royale et dans lequel Donzère arrivait le dixième après Cruas. Ces monastères furent assujettis à certaines charges envers le Prince, entre autres : le tribut ou présents (rfowa), le service militaire et les prières. Donzère se trouva parmi les dixhuit qui, soit à cause de leur ancienneté, « soit, dit Baluze, pour les aider à se relever des maux qu'ils avaient soufferts dans les différentes révolutions arrivées dans

i. Pp. Le Cointb, Annal, eccles, Francorum^ t. VII, p. 320. — Recueil des Hisi. de Fr., t. VI, p. 457; — Chifflet, flw^ de Vabhaye de Toumus:, p. 260.

48 HISTOIHE DE DONZÈRE

le pays » *, furent exemptés de toutes charges, sauf des prières; mais il dut, comme tous les autres, payer un droit des pauvres (le décime sur tous les dons faits à Tabbaye), avoir pour ces mêmes pauvres un hospice (hospitium), et un refuge (receptaculum) pour les veuves et les orphelins {paupereulœ) ; plus deux écoles, l'une, à rintérieur {claustralis) , pour les oblats ou novices; l'autre, extérieure, pour les enfants des laïques.

C'est sur l'initiative de Benoît d'Aniane, grand réformateur de la discipline monastique et l'un des conseillers de Louis le Pieux, qu'avait eu lieu le concile, et c'est à lui qu'on en doit les règlements. Benoît, fils d'un comte de Maguelonne, remplissait à la cour de Pépin et de Gharlemagne la fonction d'échanson, lorsque, pris tout à coup d'un beau zèle pour la vie ascétique, il se fit moine et fonda, sur les bords de l'Anian, dans la Septimanie, un monastère qu'il soumit à une règle des plus austères, — celle de saint Benoît lui paraissant trop modérée. Sa réputation de sainteté lui fit de nombreux disciples; il lui dut surtout la faveur de l'empereur qui, après le concile, le chargea d'inspecter tous les monastères de son empire. Il est donc probable que celui de Donzère reçut sa visite. Benoît d'Aniane mourut en 824 ; mais sa réforme ne lui st^rvécut pas.

Dexter gouverna pendant plus de vingt ans Pabbaye royale de Donzère. Il eut pour successeur, en 834, Hiidygise, un des membres de la communauté sans doute, puisque, en vertu de la charte de 814, ils pouvaient élire entre eux leur abbé. Hildygise s'occupa surtout des intérêts temporels de sa maison. Il commença par lui assurer la jouissance d'une villa, dite Mastécès, située

Page 1