‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 69 sur 122 · Adieu, pauvre · texte numérisé non relu

Adieu, pauvre

Puis, le premier dimanche de Carême ou des Brandons^ avait lieu la fête des Bergères. Au printemps, on plantait le Mai devant la porte de la jeune fille la plus sage ou la plus belle. Pas de fête sans la farandole; la paume, les boules, les quilles étaient les jeux favoris de la jeunesse ; mais, diaprés les anciens édits, défense expresse « de danser, de jouer ou de taverner » les jours ouvriers et le dimanche, pendant la messe paroissiale, sous peine de la prison.

A Donzère, comme partout en France, le latin était encore en usage dans les actes publics; mais quel latin ! De rustique et de barbare qu'il était dans ce que Ton a appelé la basse latinité {bassa latinitas), il était devenu lin latin de cuisine. Souvent, à défaut de termes usités, le tabellion, comme les Médecins de Molière, ne craignait pas de latiniser des mots à sa façon. De là, dans les actes de ce temps, des locutions qui semblent n'appartenir à aucune langue. Il y avait cependant une école à Donzère au xiv* siècle ; mais les maîtres, en ce temps-là, ne pouvaient enseigner à leurs élèves que le latin qu'ils parlaient eux-mêmes. Si les consuls étaient installés officiellement en latin, la plupart, sortis du peuple ou de la bourgeoisie, et, par conséquent, moins initiés à cette langue que les officiers publics, qui en faisaient profession, ne rendaient leurs comptes qu'en patois, langue des indigènes, laquelle, n'était, au fond, que la langue gauloise, envahie peu à peu, d'abord par la langue grec- Adieu, pauvre, Adieu, pauvre Cnrnaval !

A quoi le coryphée ajoutait en dansant :

Tu t'en vas et tu nous quittes.

Je m'en vais, je m'en. vais me faire ermite.

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que, grâce au voisinage des M assa Ilotes ; puis, par la langue latine, ou plutôt par le jargon des légionnaires et des colons romains. Cependant, cette invasion se fit plus sentir dans les villes que dans les campagnes, où la langue celtique refoulée se parlait encore, au v* siècle, dans toute sa rudesse K

Déjà formé en H62, noire patois, vers la fin du XV* siècle, se ressentait encore de l'argot latin : Dounzera (Donzère) ; Peyralapta (Pierrelatte) ; la Garda (la Garde); la gleiza (l'église); las y las (les îles); las Blachas (les Blaches). — Remarquez que, tout en adoptant les mots latins, le patois s'en éloignait pour se rapprocher du grec par l'article. — Puis, vinrent les changements d'à en o : Dounzero, la Gardo, leis ilos, lei Blachos, la gleyso, la vialo, la piano, lei boulo, Margarito et autres noms ou mots dont la finale était en a'; — d'o en u {lou puplé pour poblo, Burgo pour Borg) ; — ou en ou (muto, mouton, etc.).

Ainsi que la langue française dont il a subi les vicissitudes, le patois s'est épuré par degrés ; mais peut-être a-t-il perdu, comme elle, certaines locutions originales qui avaient cours autrefois et qu'on retrouve dans le .jargon que Rabelais prête à Panurge et à Janotus de Bragmardo. Tel, néanmoins, qu'il se parle à Donzère (car il a presque autant de dialectes que de pays), s'il n'a pas la grâce ni la saveur attique de la langue des

<. A. L OISEAU, Histoire delà la^igue française, 2. Cette lettre a est commune à tous les patois méridionaux; mais comme si elle devait marquer le point où finit le Midi et où commence le Nord, il semble qu'elle ne s'étend pas au delà de Pierrelalle qui en use et en abuse, pendant qu'à une lieue de distance, au nord, Donzère s'en est dépouillé. De là, cet accent lourd, traînant, pâteux, chez le Pierrelattin. Si vous lui demandez d'où il est, il vous répond en psalmodiant: « ^iii dé Pierr-a-la-ta. >»

Mistral, des Roumanille et des Aubanel, nos grands félibres provençaux, on peut dire qu'il sent son terroir et qu'il porte encore, en maintes locutions. Tancienne marque gauloise*.

Depuis la transaction de 1307, Donzère, ainsi que nous l'avons dit plus haut, était le chef-lieu d'une principauté, sous le gouvernement temporel des évéqucs de Viviers, seigneurs directs et hauts justiciers. Ce droit de juridiction, ils l'exerçaient, dans la principauté, par un juge ordinaire, connaissant des matières civiles et criminelles, et relevant, depuis 1449, de la sénéchaussée de Montélimar pour les appellations et les cas royaux. Il siégeait à Donzère. Outre leur juge, lus seigneurs-évêques avaient leur lieutenant de police (le châtelain) ', chargé de veiller à l'exécution des règlements et de présider aux assemblées de la commune. Mais Donzère n'avait pas de charte d'affranchissement; il ne devait ses libertés qu'à lui-même. Nées pour ainsi dire avec ses premiers habitants, et néanmoins reconnues et confirmées ou plutôt respectées par ses seigneurs, elles avaient conquis leur droit de bourgeoisie, progressivement, sans secousse, sans violence ; il en jouissait « par possession et usaige ». Ainsi, les habitants pouvaient aller et venir dans la principauté, « passer marchandises par le chastel et son parcours, » et se rendre dans leurs îles, en franchise d3 tout

\. Ainsi : Voulo gargalo (la marmite bout) ; canto lou carcallas (celui dont la poitrine sonne creux) ; éngarça et ses équivalents éngayia, amiala (enjôler, entortiller, emmieller) ; scarragna et son à\m\ïi\xi\î spéssuj a (égralig'îer) ; stripa (déchirer) ; sclapa (briser) ; tastéja (tâtonner) ; spéia (dégueniller) ; la cagno (la paresse), etc.

2. Au xv« siècle, les châtelains n'étaient plus que de» officier*» fieigneuriaux ou municipaux.

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péage, même au roi : la route sur le Rhône d'un lieu à un autre leur appartenant de ce côté, ils ne payaient tribut que pour les transports hors des États de leur prince. Ils pouvaient, en outre, tester, vendre leurs bois, leurs blés, leurs pâturages à tous marchands, indigènes ou étrangers ; w construire fours et tenir molins à mouidre sur le Rhône et sur terre ; pastorguer leur bestail de laborage dedans le boys et devez, et enfin chasser par ledict boys et devez», alors plein de fauves et surtout de loups (1418)*. Il est souvent question de ces cliasses dans les comptes consulaires ; mais nos chasseurs n'étaient pas toujours heureux. Une fois, entre autres, il leur arriva de prendre une biche, dont le maître d'hôtel du seigneur-évêque accepta seulement le cimier, ayant trouvé le reste trop maigre*.

Du temps même de ses abbés ou prieurs, « l'université ou république » de Donzèrc était régie par des syndics ou ^procureurs {proucuraïrés) : l'un d'eux, Hugues de Saint-Girgues [Hugon de Sancto-Sirge], la représentait lors du litige avec Pierrelatte, en 1321. C'est le seul, nommé dans les anciens titres ; les noms et les actes de ceux qui l'ont précédé ou suivi ayant péri dans l'incendie de nos archives, en 1485. Ce que nous savons seulement, c'est que Donzère, dans son affaire dos îles contre le fisc royal, en 1391, dut à ses p^^oucurah*és le salut de ses franchises ; mais il faut se reporter au xv° siècle, si Ton veut avoir une idée plus précise du gouvernement de la commune. Nous y voyons alors des consuls et des conseillers électifs ; des assemblées

1. D'après le Droit romavi^ la chasse était permise à tout le monde. Plus tard, elle fut exclusivement réservée à la noblesse. Cependant, les roturiers pouvaient chasser le fauve.

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