Archives de la commune
176 HISTOIRE liE DONZÈUE
dans une supplique au roi, eussent part à ses aumônes *. »
Au mois de juillet 1563, où le grand nombre de ceux qui s'étaient présentés à la cène avait obligé les consuls Jehan Joubert et Jacques Dubost à réclamer Taide du minisire du Bourg-Saint- Andéol, ces mêmes consuls, tant pour le payement de ce ministre que « pour la provision » du leur, et le soulagement des pauvres dont réglise réformée avait la charge, requirent la vente aux enchères du blé de la dîme (36 setiers). Cette vente eut lieu du \6 au 25 août^, pendant que Tévêque signait, au concile de Trente, la condamnation des protestants.
Après la paix d'Orléans (17 et 18 mars 1563) et Tédit d'Amboise (19 mars), autorisant le libre exercice de la religion réformée, et ordonnant la restitution aux prêtres catholiques de leurs droits, rentes, revenus, maisons, temples, couvents et autres propriétés, il y eut à Donzère, le 27 juillet dans la maison de Pierre Suffise, l'un des conseillers, une délibération consulaire en présence de Michel de Reydon, châtelain et lieutenant du Juge. Comparurent Jacques Brotier, diacre, et Pierre Vidal, sacristain du consistoire de l'église réformée de Donzère, lesquels, tout en confessant « comme la meilleure » la religion dont ils faisaient profession, déclarèrent que, conformément à la volonté du roi, ils étaient prêts à remettre entre les mains des consuls les clefs du temple paroissial. Sur la réponse des consuls que « ni eux ni leurs prédécesseurs n'avaient jamais eu la garde desdites clefs ; mais que s'il plaisait à monseigneur le châtelain, ces clefs itéraient remises es mains de
i et 2. Archives de la commune.
ceux qui aulparavant en avaient eu charge, et qui exerçaient la prestrise en la religion romaine », le châtelain fit appeler M® Philippe Faure, sacristain ; M<» Barthélémy Clément, curé, Estienne Garamantrand et Estienne Albareste, anciens prêtres de ladite église, et leur ayant fait connaître les édits du roi pour la paix et Tunion des églises, ceux de la religion romaine comme ceux de la religion réformée étant frères et compagnons en Dieu, il offrit auxdits sacristain, curé et prêtres romains les clefs du temple, en leur donnant puissance et autorité d*y célébrer les cérémonies de leur culte, « et tant de messes qu'ils voudraient ». Barthélémy Clément, Philippe Faure et les autres prêtres répondirent « qu'ils n'avaient que faire de dire messe ; n'entendant, pour eux, professer que la doctrine de la religion chrétienne réformée selon révangile, en laquelle ils voulaient vivre et morir » ; ajoutant toutefois, ledit Clément, que si, par exprès commandement du roi, on voulait l'obliger « à vivre à la mode romaine, il le ferait pour obéir, non aultrement. » *
A quelques jours de là (17 octobre), la cause ayant été portée de nouveau par les consuls devant le châtelain, celui-ci : « pour que aulcun ne pût prétendre cause d'ignorance et mettre en suspicion la bonne volonté des consuls et des officiers du consistoire :
Vu le refus desdits prêtres et bénéficiers » ;
Ordonna que le temple demeurerait ouvert pour certain temps, afin que « si aulcuns de la religion romaine voulaient faire leurs pratiques, y pussent aller librement * ».
Après quoi, le châtelain remit entre les mains des
i et 2. Archives de la commune.
178 HISTOIRE DE DONZÈRE
consuls les clefs du temple, comme mesure de sûreté, jusqu'à ce qu*il en fût autrement ordonné.
Donzère profita de la trêve pour se libérer et pour faire Tacqulsition d'une maison de ville, la première en date, depuis sa constitution en commune. Jusque-là, les délibérations du conseil avaient eu lieu soit dans le cloître de l'église, avant sa ruine, soit dans la maison de l'un des consuls ou des conseillers, soit même dans la rue, « au-devant d'une bothicque », ou sur la place commune. Cette maison faisait partie du bénéfice du curé Barthélémy Clément ; elle était sise sur la Grand'Ruc, au centre de la ville, près la tour du portail Vieil ; maison très ancienne se composant d'un rez-de-chaussée, d'un premier et d'un galetas, mais tombant en ruines. Déjà même deux pierres s'en étaient détachées, et il y avait eu mort d'homme. Le pauvre curé, n'ayant pas de quoi la faire réparer, « la bailha à loyer perpétuel », moyennant 5 florins de pension annuelle, à un boucher de Donzère (Barthélémy Bonnet), à qui les consuls la rachetèrent en doublant les lods, <« pour ce que ladite maison était grandement propre à garder les papiers * comme à tenir les conseils, et qu'elle touchait la tour vieille, estant au milieu de la ville, et laquelle, s'il plaisait à Dieu, s'y pourrait faire un reloge (horloge), chose nécessaire ». L'acte d'achat en fut passé, le 1®' mars 4564, par M® Gyprien Riote, notaire royal delphinal, dans la maison de Pierre Suffise, conseiller, sous la réserve de la censé annuelle de six deniers au prince de Donzère^
i. Après llncendie des archives en 4485, on avait construit . dans l'église en 1507, au moyen d'une corvée par habitant, c ung reduict en pierre pour y mettre tous joyaux, croix, reliques, toutes escriptures d'église et de la ville ».
en vertu de ses droits seigneuriaux. A cet acte étaient présents : pour le seigneur-évéque, Michel de Védoze, écuyer ; François Tornier, rentier de la seigneurie, et Michel de Reydon, châtelain; — pour la commune: sages hommes Jehan Joubert et Jacques Dubost, consuls, et probes hommes Pierre Suffise, François Faure, escuyer, Jehan Suffise, Jacques Brotier, Pierre Vidal, Aymé Davoux, etc., conseillers *. Cette maison, restaurée par la commune, et mise en mainmorte, a servi plus tard de prison et subsisté jusqu'à nos jours, où, devant les travaux entrepris dans la Grand'Rue par nos modernes édiles, elle disparut, et avec elle le portail Vieil et sa tour, derniers restes des Barri primitifs de Donzère, que ce souvenir ne put préserver du marteau des démolisseurs '.
Cependant, Téglise paroissiale restait déserte. Depuis le nouvel édit, et par suite d'une déclaration du consistoire (14 novembre 4563), les protestants s'e" étaient retirés pour faire leur prêche dans la chambre du maître d'école ou dans la rue. Mais, l'hiver approchant, les consuls demandèrent au parlement delphinal lautorisation pour lesdits habitants de rentrer dans le temple, « et en iceluy fere presche de la parole de Dieu »». Nicolas Alègre venait d'être nommé diacre de l'église réformée de Donzère. Avant d'entrer en fonction, il dut se présenter devant Michel de Reydon, lieutenant du Juge,
!. Archives delà commune,
2. N'y avait-il pas possibilité de conserver cette première porte du vieux Donzère, en pratiquant à droite et à gauc e une issue pour le passage des piétons ; les voitures pouvant pass-r dessous ? Ainsi dégagée et restaurée, s*élevant au centre de la ville comme un portique, avec sa vieille tour de rborloge, il nous semble qu'elle eût fait encore assez bonne figure.
180 HISTOIRE DE DONZÈKC
et protester de son entière soumission aux édits du roi ; avec promesse, au nom du consistoire, de quitter le temple « pour retorner prescher dehors », le jour où il plairait aux prêtres romains d'en reprendre possession; — ce à quoi le lieutenant du Juge adhéra pleinement, par acte passé « au devant de l'église », M* Cyprien Riote, notaire grefûer.
Une ordonnance du roi, obligeant les prélats à résider dans leurs diocèses, sous peine de saisie de leur temporel, le seigneur évêque de Viviers se montrait peu dans son château de Donzère. La tempête grondant toujours, il vivait à Fécart. laissant passer les événements. Toutefois, les nouveaux édits l'enhardirent à sortir de son inaction. Au mois de juin 1564, il se plaignit au maréchal de Vieilleville, à qui le roi Charles IX avait confié la mission de pacifier la province, — qu'à Donzère et à Ghâteauneuf-du-Rhône, ff places lui appartenant, il ne fût faict aucun exercice de la religion catholique romaine. » Le maréchal écrivit aux consuls et aux châtelains « d'y avoir l'œil » ; la volonté du roi étant que, « aulcun n'aye occasion de dire que, par intimidation, le service divin a été en aulcuns lieux interrompu. » Cette injonction resta sans eflet, vu le refus persistant des prêtres [catholiques, de <( dire messe ».
Sur ces entrefaites, le roi Charles ÏX vint visiter nos contrées (septembre 1564). Il était accompagné de sa mère, de son frère, des ducs de Ferrare et de Longueville ; du connétable de Montmorency, des cardinaux de Bourbon, de Guise et d'Armagnac ; de Serbelloni, gouverneur du Comtat ; de Charles de Bourbon, gouverneur du Dauphiné; du comte de Suze, etc. Après un séjour de 4 jours à Montélimar, il en partit « le
mardy 49, pour Donselle * (Donzère) », qui avait alors pour consuls François Faure, écuyer, et Vincent. Charles IX y dîna ; il est probable même qu'il y coucha, puisque « le mercredy 20, il alla passer par auprès de Pierrelatte et disner à la Garde », d'où il se rendit à Suze par Saint-Paul-Trois-Ghâteaux. Naturellement Tévêque profita de la circonstance pour lui présenter une requête, aux fins d'empêcher le prêche à Donzère et à Châteauneuf, et d'y envoyer une garnison catholique. On ne se hâta point, paraît-il, de faire droit à sa requête. Seulement, le 14 novembre, il eut à pourvoir aux étapes de 10,000 hommes et de 1,000 chevaux de passage à Donzère. A cette occasion, ses fermiers livrèrent jusqu'à 100 setiers de blé ; mais plus de sept mois après, un ministre prêchait encore à Donzère et à Gbâteauneuf, et quand, le 11 avril 1565, défense lui en fut faite, il refusa d'obéir. Cependant, au cours de la même année, l'un des anciens prêtres catholiques de Donzère, Ëstienne Garamantrand, reprit le service religieux ; il se qualifiait de « curé moderne de l'église romaine de Donzère » ; mais l'église ayant été pillée, il fut obligé de vendre les biens de sa cure, pour vaquer au devoir de sa charge. D'un autre côté, le prince évêque, Jacobus Maria Sala, étant mort, son siège fut donné au cardinal Farnèse, qui l'abdiqua et le transmit à Eucher de Saint- Vital, lequel, prévoyant de nouveaux orages, jugea prudent de se réfugier dans Avignon, auprès du vice-légat. Vers ce même temps, en efiTet, eut lieu le sac de plusieurs prieurés des environs par les protestants (celui de Saint Pierre-du-Palais de Ghâteauneuf-du-Rhône, entre autres). A Rac, le curé
« . A.bel JouAN, Hecueil et discours du voyage du roi Charles IX.
182 HISTOIRE DE DONZÈRE
Odouard fut arquebuse en plein jour. A Viviers, après la prise de celte ville par Saint-Auban, la cathédrale et le palais de Tévêque furent livrés au pillage (1567). « Dans ce jour néfaste, dit Golumbi, nous perdîmes les corps de saint Aulus et de saint Arçons ; une dent de saint Pierre ; un doigt de saint Jean-Baptiste et autres saintes reliques, acquises par les ancêtres *. » Alors siège et principat étaient vacants, le seigneur évêque résidait en Italie ou dans le Gomtat. Jean de Joly, évêque de Saint-Paul-Trois-Gbâteaux, avait également déserté son siège.
Ainsi, ni prince, ni prieur, ni évêque diocésain ; mais Donzère ne s'abandonna point : un conseil général, convoqué par ses consuls « pour le fait de la Républi(|ue », et composé de nobles, de bourgeois et de membres du consistoire, représentant ce qu'on appelait les trois ordres, y siégeait en permanence, préservant ainsi de son mieux la commune des dangers du dedans et du dehors, pendant le siège de Viviers, 36 hommes armés d'arquebuses et de hallebardes gardaient Donzère '.
Cependant, les chefs catholiques n'avaient pas renoncé à l'espoir de reprendre le Dauphiné : de Tende, gouverneur de Provence ; de Joyeuse, lieutenant du gouverneur du Languedoc ; et de Suze, gouverneur du Gomtat-Venaissin, ayant réuni leurs forces, remontèrent la vallée du Rhône. Déjà ils avaient gagné le Pont-Saint-Esprit. D'Acier, « commandant au pays de Dautphiné en Tabsence du prince de Gondé », vint à Montélimar, après avoir occupé Marsanne et autres lieux voisins pour garder l'entrée du Dauphiné. A Mon-