Archives de la commune
télimar, d'Acier et ses lieutenants résolurent d'aller « dresser camp à Donzère, comme en un lieu de belle sicte, à cause de la montaig^ne, et pour se retirer aux villes proches et soy fournir si de besoing* ». — Arrivèrent donc successivement à Donzère, le 23 février 1568, M. de Pipet avec son régiment de 4 compagnies ; le 24, les 3 compagnies des capitaines Guy de la Cotte, Robe et Porquet ; le 25, celles des capitaines Aramon et Gordon ; enfin, le 28, d'Acier, Montbrun et Saint- André, « avec toutes leurs cornettes et environ 700 hommes à cheval, les gojats à pied ; et estant arrivés, cappitaine Moreau, maistre de camp, dressa le camp au-devant de Donzère, au pré de Jehan Suffise, joignant le grand clos du seigneur ' ».
Ce camp, d'environ 5,000 hommes et 1,000 chevaux, s'étendait du couchant au levant jusqu'à Gombelonge, en passant aux Bégudes, sur les Jardins, derrière la Croix- Blanche ; il avait son entrée sous Donzère, près de la maison de Riote. C'était la fin de l'hiver ; mais le froid sévissait encore. Il fallait du bois, des vivres, des matériaux : rien ne fut épargné. De Robinet aux bois des Combes, de la plaine Saint-Benoît aux Riailles, partout des maisons, des granges ou des cabanes en ruines ; des terres, des vignes, des prés ou des jardins ravagés ; des arbres et jusqu'à des chênes coupés ; des portes et des pierres enlevées. A Robinet, à la Peyre rouge, sur les bords du Rhône, au quartier de Volpillac (ou des Aupillas, l'olivette de Pierre de La Cour; au quartier de laRibeyre, les terres de Talpenas; aux Bégudes, plusieurs logis et les jardins des Passemard ; au Molard, le lavoir et les terres de Cara-
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mantrand ; à Saint-Benoît, la chapelle, et le pré des hoirs de Claude de Fayn ; au faubourg, les logis de rAnge, de la Croix- Blanche et du Cheval-Blanc ; la maison de Georges Riote, écuyer *, le pré de Jehan SufBse ; le jardin de Pierre Suffise ; le jardin de rhôpital ; au grand Clos, le pré de Pierre Vidal; près de la Font, le jardin de Michel de Reydon ; au Corral, dansDonzère, la maison de Pierre Davoux, telles étaient, entre autres, les propriétés ayant le plus souffert d'après les experts, chargés de constater les dégâts, après la levée du camp, le 15 mars ; — dégâts qui furent évalués à 1,731 livres, sans compter les 15,654 livres 12 sols à la charge des habitants, pendant dix-sept jours, ni les violences, ni les excès, ni les arrestations, ni les pilleries dont ils furent victimes.
A la vue de tant de ruines, une sorte de réaction s'opéra dans les esprits en faveur des catholiques ; réaction qui s'affirma par le choix des nouveaux consuls (Mondon et Bilhard), dont le premier acte fut de dresser le rôle des soldes et dépenses, supportées par la commune, « puis le quinzième d'octobre 1567 jusqu'au dernier mars 1568, et de l'envoyer à Messieurs des États » .
Ne se sentant plus en nombre ni en force à Donzère, « ceux de la Religion », en grande partie, sortirent secrètement du bourg, dans la nuit du 2 septembre. — Requête des consuls à La Tivolière, gouverneur catholique de Montélimar, aux fins d'autoriser les habitants à se garder entre eux » ; — offrant « d'ouvrir leurs portes jour et nuict » à ceux qui viendraient au nom
1. Vers 1550, Georges Riote avait hérité des biens des Montdragon à Donzère.
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du roi, et de faire tout ce qui leur serait commandé, « comme bons et vrays sujets de S. M. * »
A quelques jours de là, Donzère ouvrit, en effet, ses portes à cent vingt-deux cavaliers et quarante serviteurs, envoyés par de Joyeuse à de Gordes, lieutenantgénéral de la province. Ayant pris gîte dans la ville au nom et pour le compte du roi dont se réclamaient également les chefs militaires des deux partis, ils en partirent, — mais comme les religionnaires, sans bourse délier. Cependant, en portant à 24,318 livres les frais supportés par Donzère dans ces derniers temps, les Etats du Dauphiné, sous Tempire de Tédit royal du 28 septembre, défendant aux protestants, sous peine de mort, l'exercice public de leur culte, ne firent entrer en taxe que les dépenses faites *( de Tauthorité du roy », laissant à la charge des huguenots les foules ou contributions de guerre dont il fallait « poursuyvre le remboursement >. Cette menace ne tarda pas à être suivie d'effet : le 5 avril 1569, ordre de La Tivolière aux consuls de Donzère « de se transporter par toutes les maisons de ceux de la Religion tant fuytifs et absens que aultres et saisir les armes qu'ils y trouveroient, pour après estre baillées aux catholiques estants pour le service de S. M... » Au besoin, les consuls devaient « procéder par fraction de portes, et par saisie et emprisonnement des personnes des reffuzants et empêchants Texécution des présentes ». Il leur enjoignait, en outre, « de fere bonne garde de nuict et de jour dans leur lieu par les catholiques y estants », avec défense aux protestants de sortir à Tavenir de leurs maisons, la nuit, sous les peines édictées par le roi.
1, Archives de la commune.
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Bientôt, les protestants reparaissent en armes du côté de Bourdeaux et de Crest. Donzère reçoit Tordre d'armer ses <( esleus » et de les tenir prêts à marcher; mais le jour du départ (27 avril), quelques-uns refusent de se mettre en route : La Ti volière enjoint aux consuls de les faire obéir sous peine de prise de corps et de biens ; — et le 5 mai, Armand Riote dit de la Couronne et l'un des Joubert, à la tête de 16 arquebusiers, vont rejoindre Tarmée catholique. Outre ce, le 11 mai, les consuls eurent mission d'acheter arquebuses, piques, morions et hallebardes aux dépens des « rebelles » (ainsi qualifiait-on ceux qui avaient pris les armes depuis le dernier édit). Un commissaire du Parlement fit saisir leurs fruits et revenus, et en établit séquestres les consuls Anthoine Talpenas et Grégoire Peyrot (juin et août 1569). D'après un acte dressé à cet efl'et par Cyprien Riote, notaire, le nombre de ceux sur qui s'opéra la saisie à Donzère était de 23 ; parmi lesquels Jehan Suf6se (10 florins et 10 setiers de blé); Robinon (8 florins) ; Molin (9 setiers de blé), etc.; mais comme les armes achetées par les consuls n'étaient pas payées, une somme de 225 livres fut imposée sur trentequatre religionnaires, les plus aisés, tels que Michel de Reydon, Armand Blanc, Vidal, Mège, André et Pierre de La Cour, Gabriel Terranget, Jacques Dubost, Claude Merlier, Antoine Armand, Mathieu Auribel, etc., restés chez eux sans faire acte de rébellion. C'étaient les moins malheureux; — les autres, spoliés, emprisonnés ou proscrits, ne laissèrent dans leurs foyers que la ruine et la misère. Aussi, leurs femmes se plaignaient-elles de ne pouvoir nourrir leurs enfants, « n'ayant pour ce faire, disaient-elles, grain au grenier. Tin au cellier, chair au charnier, ni argent en bourse.
ni moyen d'en avoir ». — Ne croirait-on pas assister à des scènes de la Terreur, au temps des visites domiciliaires, de la loi des suspects, et de la confiscation des biens des émigrés? Toutes les révolutions se ressemblent et recourent aux mêmes procédés; il n'y a que les prétextes qui diffèrent.
A la faveur de la réaction, l'église paroissiale avaitfait retour aux catholiques ; mais la crevasse infligée à la voûte, au-dessus du grand autel, en 1562, était encore béante ; le vent s*y engouffrait, et non seulement les assistants avaient à en souffrir, mais les prêtres ne pouvaient officier, le vent menaçant d'emporter la sainte Hostie. 11 y avait donc urgence à « redresser Téglise en son premier état ». Sur la proposition qui en fut faite dans un conseil tenu chez M* Cyprien Riote, secrétaire de la commune, en présence du châtelain et des consuls, « aulcuns firent observer que la ruyne de l'église n'étant pas venue du fait des catholiques, la ville ne devoit être en rien imposée. C'étoit, disaient-ils, au seigneur évéque, comme prieur de l'église, à la réparer. » Cependant « pour montrer leur bon zèle au fait de l'église catholique romaine », les consuls consentirent à pourvoir à la dépense, sauf « à en tenir bon compte » et à se faire rembourser par le seigneur prieur ou par son vicaire * ».
Si quelque chose devait réjouir les catholiques, c'était assurément la victoire de Moncontour, gagnée le 3 octobre 1569, par le duc d'Anjou (plus tard Henri III), sur Goligny, qui commandait les protestants. Il n'en fut
1. Registre de M® Cyprien Hiote, notaire à Donzère, fol. 357. Noie extraite dudit registre, en 1758, par Jacques Veyrenc, notaire royal tabellion, garde-notes héréditaire, établi à Koussas.
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point ainsi à Donzèrc : les catholiques s y croyaient peu en sûreté dans leurs maisons, « craignant Tincursion et agression nocturne de leurs ennemis ; car ayant été esmantelés, disaient-ils, ils n'avoient moyen de prévenir aucune surprinse et invasion». Répara, procureulp à Montélimar, consulté par eux à ce sujet : « Vostre ville, leur écrivait-il, a esté desmanteliée de Tautliorité et commandement du Roy ; aussi par son commandement fault qu*elle soyt remise en son estât *. » Mais en vain ils demandent à La Tivolière Tautorisation d'y pourvoir eux-mêmes par des réparations provisoires. La Tivolière les renvoie à de Gordes, qui répond le 11 octobre : « N'y a lieu pour le présent *. »
Si le fait du démantèlement de Donzère, « de l'authorité et commandement du Roy •, est précis, il n'en est pas de même de la date, nulle part mentionnée, — récente cependant, et ne remontant peut-être pas au delà du 8 ou du 9 septembre 1569, lors de la prise de possession de Donzère au nom du roi, par le détachement envoyé par de Joyeuse à de Gordes. — Quoi qu'il en soit, l'opération dut se borner à quelques brèches faites aux portes et aux remparts, puisque le château et sa tour tenaient encore garnison longtemps après.
Pendant que les soldats catholiques de Donzère, armés aux dépens de « ceux de la Religion », y faisaient jour et nuit bonne garde, ou prêtaient main-forte à la garnison de Pierrelatte, l'amiral de Goligny, parti de Nîmes avec une armée de 8 à 10,000 hommes, remontait la rive droite du Rhône, marchant sur Paris pour contraindre la Cour à la paix. Il vint camper, le 5 avril 1570, « en