‹ Histoire de la principauté de DonzèreChapitre 86 sur 122 · Baron de Coston, Histoire de Montêlimar · texte numérisé non relu

Baron de Coston, Histoire de Montêlimar

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l'histoire a aussi les siennes en glorifiant la mémoire des victimes.

Ayant passé le Rhône, Tarmée protestante s'était portée sur Montélimar pour en faire le siège ; mais son insuccès devant cette place avait entraîné la perte de celles de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux, de Pierrelatte, de Lagarde et autres (mai 1570). Toutefois, les deux compagnies des capitaines Bolac et Brossay de Sainte-Grave occupant encore Donzère, les soldats catholiques de Pierrelatte, la plupart Italiens, « ne pouvoient, dit La Popelinière, laisser ces nouveaux hostes en grand repoz, non plus qu'eux y désiroyent demeurer, veu le prochain voisinage ennemy. Tellement qu'en peu de temps, les strades et les avenues de ces montagnes leur furent assez cogneuës». Or il arriva qu'en une escarmouche Brossay eut l'avantage sur une de leurs compagnies sortie de Pierrelatte, et lui fit dix ou douze prisonniers. « Disposez à la pareille, pour le désir de remettre leurs compagnons en leur premier honneur », les autres sortirent la nuit suivante, sous la conduite du capitaine La Mate et dans la direction de Donzère, « avec deux cents harquebuziers tous encamisez (la chemise sur leurs habits ^), et le mot pour s'entrecognoistre : d'un même pas s'avancèrent jusques aux pieds des murailles, d'où n'entendans aucun remuement », quelques-uns, pendant que le reste de la troupe campait « devant une vieille bresche relevée de barriquades », se hasardèrent à pénétrer dans la place « par une grille rompue qui respondoit au fossé, où passez, à coups de dague, laissent la sentinelle dormir jusques au Jugement qui toutes fois n'y pensoit reposer qu'une heure (c'estoit, s'il vous plaît, un poure

1 . Suivant Tusage, en ce temps-là, dans les attaques nocturnes.

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mareschal que son maistre, trop délicat à si froides courvées, avoit là envoifé pendant qu'il dormiroit à la Françoise). Puis venus aux barriquades, les abbatent à loisir, et eslargissent en sorte la bresche que toute la troupe y passa » et se rua dans la ville au bruit des trompettes, des fifres et des tambours et aux cris de tuel tue! « Je vous laisse à penser, ajoute La Popelinière, puisque les gardes dormoyent, s*ils eurent grande résistance à fureter les maisons: tuer tout ce qui se pensoit sauver: prendre armes, bagages, cbevaux. » Dans cette nuit désastreuse, en effet, les protestants surpris eurent 30 ou 40 morts, plusieurs blessés, et perdirent 100 chevaux, plus une bonne partie de leurs bagages. Cependant, les plus résolus se défendirent vaillamment; Brossay même tint bon dans son logis, mais blessé d'un coup de hallebarde, « il se rendit au capitaine La Mate qui le conduisit prisonnier à Orange * ».

Donzère, pour les soldats des deux partis, était un lieu d'étape privilégié, comme pays de vin et de « bon vin» surtout. Ainsi, dit-on, le qualifiaient les huguenots de passage, qui le buvaient « parmuids » ; mais il y avait celui « des amis», pour les catholiques, lorsqu'ils traitaient le comte de Suze. C'est, du moins, ce qui ressort d'une lettre du 16 octobre 1572 aux consuls. Ce qui n'empêchait point ceux-ci de se plaindre d'avoir constamment à servir repues et bevettes aux uns comme aux autres, et d'être exposés, en un lieu démantelé, à la discrétion des gens de guerre^.

Après le massacre de la Saint-Barthéleray, la plupart

i . La Popelinière, Histoire des troubles et choses mémorables avenues en France depuis l'an 1562, liv. X//«, p. 360. 2. Archives de Donzère,

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des chefs protestants dauphinois s*étaient réfugiés en Vivarais et s'y tenaient cachés. « Nous étions, dit Philippe de Mornay dans ses Mémoires, comme morts et ensorcelés. » Cependant, même au repos, ils ne laissaient pas d'inspirer des craintes. Ces craintes dont révêque de Viviers entretenait le gouverneur de Montélimar, vers la fin de i572, Févénement vint les justifier en 1573. Montbrun, Mirabel et Lesdiguières ayant passé le Rhône (ils avaient, dit M. Long, trouvé un gué entre le Bourg-Saint-Andéol et Viviers i), les hostilités recommencèrent dans le bas Dauphiné. De là, pour Donzère, nouvelles réquisitions d'hommes, de vivres et d'argent. Sous la coupe des deux partis, il dut concourir à la fois à l'entretien des garnisons catholiques de Montélimar et de Pierrelatte et de la garnison protestante de Ghâteauneuf-de-Mazenc ; recevoir, loger et nourrir les 300 arquebusiers de Rajat; puis ceux de Villeneuve et de Retz ; enfin les reîtres et les compagnies du grand Prieur de Champagne. Vainement, les consuls invoquèrent le bénéfice de l'indépendance de leur Principauté, vainement ils sollicitèrent de de Gordes des lettres de sauvegarde et de protection, ou du moins un allégement à leurs charges, de Gordes les renvoya au surintendant des viATes qui les paya en promesses. De guerre lasse, ils s'adressèrent au prince Dauphin, gouverneur du pays, lui remontrant, dans leurs doléances, que, serrés par les ennemis du roi en ces derniers troubles, ils n'avaient pu vaquer au labourage et à leurs affaires domestiques, ayant dû préserver, au moyen d'une garnison soldée à leurs frais, leur bourg, « assez faible de murailles ». Ainsi que de Gordes, le prince Dauphin fit la sourde

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