Histoire des guerres de (a Réforme en Dauphiné
LA RÉFOKMATION l93
oreille, et Donzère, de plus en plus appauvri, continua à servir la cause royale et catholique. Il y fut même question au conseil (22 avril 1574) d'expulser ou du moins d'exclure de la garde des portes « les gens suspects de n'aller point au service divin et à la messe ». Cependant requis le 21 mai, par Rostaing d'Urre, seigneur d'Hourches et successeur de La Tivolière dans le gouvernement de Montélimar, d'envoyer des soldats pour reprendre Valaurie aux protestants, les consuls répondirent que Donzère « avoit assez à faire pour se garder ».
Henri III, revenant d'Avignon avec sa cour de « mignons, godronnés et parfumés », passa à Donzère, le 12 janvier 1575, escorté par 3 compagnies de chevaulégers du pape et 500 arquebusiers. Il se rendait au siège de Livron qu'il fut contraint de lever le 30 janvier, devant la résistance héroïque des habitants. Montbrun, qui s'était couvert de gloire dans ce siège mémorable, continuait de tenir la campagne. Il dut frapper, le 17 juin, tous les lieux et feux de son gouvernement de Dieu-le-Fît, d'une imposition pour les blessés de son armée. Or la part contributive de Donzère était de 112 livres tournois ; mais les consuls, voués au parti catholique, ne se hâtaient pas de payer. De Gomps, lieutenant de Montbrun, leur enjoignit d'avoir à s'exécuter dans trois jours, sous peine d'être traités comme ennemis. Vaine menace I au mois de septembre 1575, le Receveur de Montbrun réclamait encore. Pontevès leur écrivit, le 7, qu'il n'ignorait pas les menées et les intelligences qu'ils avaient avec quelques-uns de leurs voisins, « pour quoy ils faisoient les rétifs à payer » ; les menaçant, si promptement ils ne venaient satisfaire, de tout exterminer dans leur mandement « gens et bestes ; et oultre, ajoutait-il, je feray recevoir une escorne (dommage) à ces
194 HISTOIRE l>E DONZÈRK
galands qui vous conseillent », D'Hourches, de son côté, ne pressait pas moins lesdits consuls, au sujet de certain paiement pour la garde du bourg, qu'il avait confiée à de Reydon. Ainsi réquisitionnés de part et d'autre, les consuls en appelèrent à de Gordes, qui leur accorda un faible soulagement ; mais de Gomps fut intraitable. Il avait fait emprisonner quelques personnes de Donzère : on lui dépêcha, à Dieu-le-Fit, Suffise, l'un des conseillers, avec mission de réclamer la mise en liberté des prisonniers et de promettre satisfaction aux créanciers de la communauté (7 janvier 1576).
Au cours de cette même année, nouvel édit de paciQcation ; mais, contre le vœu des États de Daupbiné, les États généraux assemblés à Blois déclarèrent qu'il n'y aurait désormais qu'une religion en France (la religion romaine). G'était la guerre. Ralliés par Lesdiguières, après la défaite de Montbrun par de Gordes au pont de Biacons, les protestants dauphinois reprirent les armes pour la sixième fois, et sous les ordres de leur jeune chef Lesdiguières (il n'avait alors que trente-deux ans), coQimencèrent, en 1577, contre la Ligue, une campagne qui ne devait se terminer qu'à l'édit de Nantes.
Donzère fut pris le 1®' février 4577, non par les troupes de Lesdiguières, mais par les soldats de Henri de Montmorency, chef des Politiques *, qui, du reste, combattait alors dans le même but que Lesdiguières, celui de faire proclamer roi Henri IV. — Il paraît que les
1. Il s'était formé, en 1568, un parti qui, sous le nom de Tolé^ ra7its, Mal contents ou Politiques ^ servait comme de trait d'union entre les protestants et les catholiques. Ce parti avait ses conseils et ses chefs ; « mais dit d'AuBiGNÉ, les huguenots se moquaient de ce parti, lequel ils croyaient aussi peu que le troisième lieu, qui est le purgatoire ».
LA RÉFORMATION l95
habitants furent assez maltraités par les compagnies des capitaines Bayard et Fargier. — Bétail saisi, contribution de 400 écus, tels furent « les rançonnements et aultres rudesses », dont ils se plaignirent à Montmorency, alors à Bagùols. Montmorency répondit aux consuls qu'il était « merveilleusement marry » de ce qui s'était passé « à la prinse de leur ville. — J'escrits, leur disait-il, aux capitaines Bayard et Fargier de vous traiter plus doulcement et ne vous empêcher en rien que ce soit, tant à vostre labeur qu'à vos affaires, de vous rendre vostre bestail et de se désister de ce qu'ils préthendent fere païer de la somme de 400 écus. »
Pendant les trois mois que dura cette occupation, Donzère vit émigrer une partie de ses habitants catholiques; et néanmoins, il procéda le 21 mars, suivant la coutume, à l'élection de ses consuls, qui furent pour cette année-là (1577), Fayn et Malhet avec Riote, Mège, Vidal, etc., pour conseillers; mais on dut mettre en lieu sûr les archives, exposées à tomber entre les mains des soldats, qui en avaient déjà brûlé ou enlevé une partie (24 avril), et payer au capitaine Bayard de trente à trente-cinq écus pour empêcher, à son départ, le démantèlement de Donzère. Cependant, le 6 mai, le capitaine Blacons, se rendant à Donzère pour y renforcer la garnison protestante, fut mis en déroute par d'Hourches près d'Ancône. Ce qui permit aux catholiques de reprendre, le 8 mai, possession de Donzère. D'Hourches y établit, le 22 mai, Georges Joubert « pour commander et conserver soubz l'obéissance du Roy, le lieu naguières détenu et occupé par les ennemys »..
D'après le P. Justin, « capucin de Carpentras » \ et