CHAPITRE VIII
Donzère sous le gouvernement réparateur de Lesdiguières. — Premiers mûriers. — Restauration de l'église paroissiale. — L'église réformée. —L'horloge. — Principat de Jean de THoslel. - Nouvelle prise d'armes des Protestants. Donzère reçoit une gar" oison de 300 hommes. Joubert, député à Leâdiguiôres . —Mort du Connétable à Valence. — Peste de 1629. — Incendie du temple protestant. — Procès des Tailles. — Tentatives des Suffise pour s'en affranchir. — Passage de Richelieu et de Mazarin. — Saisie des chèvres communales de Lagarde par les consuls de Donzère. — Principat de François de La Baume de Suze. — Cession de la plaine Saint-Benoit à la commune. — Redressement de la croix de pierre. — Baptême de la nouveîle cloche de Thorloge. — Congrégation du Rosaire et confréries des Pénitents et des Vignerons. — Aragon, curé de Donzère. Ses querelles avec le sacristain, la confrérie des Pénitents, le syndic du clergé et les consuls. — Réduction du service mortuaire sous le curé Galois. — Annexion de l'église réformée à celle d'Allan ; ses syndics, ses pauvres et ses derniers Religionnaires. — Les dragonnades. — Abjurations et émigrations après la révocation de Tédit de Nantes. — Confiscation des biens de l'ancien consistoire. — Milice bourgeoise catholique. — M"»^ de Sévigné au port de Robinet. — Recrutement militaire à Donzère, sous Louis XIV. — Procès des Iles du Rhône. — Suite du procès avec Pierrelatte.
Appelé par le roi Henri IV au gouvernement du Dauphiné, nul mieux que Lesdiguières, qui en avait fait si longtemps son champ de bataille, ne pouvait le pacifier.
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Donzère, sous son gouvernemeni réparateur, vit donc se lever de meilleurs jours. Ceux de ses habitants que la guerre ou la misère avaient dispersés rentrèrent. — Autant de bras rendus à ^industrie et à l'agriculture.
Déjà, la culture du mûrier et l'élevage du ver à soie, entrés en Dauphiné par la Provence, à la suite des conquêtes de Charles d'Anjou, étaient connus et pratiqués dans nos contrées, et sous Henri 111, outre le chanvre, on y tissait la soie. Un moment, ce prince en avait interdit le commerce ; mais, en 1586, informé « que par toutes les villes assizes le long de la rivière de Rosne, il y a plusieurs milliers dhommes, femmes, enfants qui solloyent gaigner leur vie à filler soye et fere toilles », il se ravisa et rétablit, par un édit, la liberté de cette industiie. Du temps d'Olivier de Serres *, possesseur à Donzère, de divers immeubles, acquis en partie, en 1609, par la commune, il y avait sur quelques points de notre territoire des mûriers déjà gros. A Gombelonge, à Fontachard, au Missensac, il en est qui, suivant la tradition, dateraient de ce temps. Près de trois fois centenaires, le tronc rugueux, décharné, tordu, ils jettent encore, par endroits, des rameaux perdus et de vertes poussées.
Ainsi rendu par la paix au travail, et ses charges allégées, Donzère se releva peu à peu de sa ruine. Son église, endommagée « par la malice du temps », comme disaient les catholiques, manquait des premiers objets du culte : à la suite d'une visite pastorale de l evêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux, le 4 octobre 1601, son collègue de Viviers, Jehan de THostel, en sa qualité de
1. Donzère payait à VillnsJre ai^^roaome une pension annuelle de 81 livres qui s'éteignit en 1611.
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prieur, dut y pourvoir et faire « recouvrir la toiture et vitrer le chœur ( la nef étant à la charge des fidèles). » Alors, la population catholique comptait 800 communiants ; le curé et le sacristain recevaient, sur les revenus du prieuré, comme portion congrue : le curé, 8 salmées* de blé, 48 barraux de vin et 40 écus d'argent ; le sacristain, 6 salmées de méteil, 46 barraux de vin et 8 écus. Bien qu'en minorité, les protestants avaient leur temple situé dans la Grand'Rue ^, près le portail Vieil, et leur cimetière joignant celui des catholiques, à Saint- Benoît. L'édit de Nantes ayant reconnu l'existence légale de 74 églises réformées en Dauphiné, celle de Donzère se trouvait du nombre. Au Synode de Saint-Paul-Tmis- Ghâteaux, en 4609, sur la requête de M. de Saint-Auban, député des églises réformées de Donzère et d'Allan, les deux églises avaient été unies au colloque du Yalentinois. . Celle de Donzère avait alors pour pasteur, André Garin ; deux ans après, en 4644 et jusqu'en 4647, Jean Gonel, le même qui, en 4616, avec Petit, c ancien de Téglise réformée de Donzère », assista, pour le colloque du Valentinois, au Synode provincial, tenu àDieu-leFît, le 9 juin ^. Chargé, plus tard, en 4620, par le Synode de Briançon, de dresser conjointement avec Paul Perrin, pasteur de Nyons, l'histoire des persé-
1. La salmée, 3 setiers ou 2 hectolitres ; le setter, 59 litres.
2. Archives de V Eglise, — Compte consulaire de 1608, qui le désigne sous le nom de « Maison servant de temple » . --Acte de 1613 ( Notariat Meynot, ) où il figure comme <» Maison où l'on dit la prière » ; mais les « 10 sols » consacrés par les consuls Laurent et Joubert, en 1608, u pour châssis aux fenêtres » de ladite maison, ne semblent pas témoigner d'un grand luxe; ce que, du reste, les protestants ne recherchaient pas dans leurs temples.
3. Registre ou Becueil de tous les actes des synodes en Dauphiné depuis l'an MDC, peu* /. de Saignes, l'an MDCXV,
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cutions du marquisat de Saluées, il représenta les églises réformées du Dauphiné au Synode national de Castres, en 1626. A Jean Gonel succédèrent, de i617 à 1618, OUivier et de 1619 à 1626 Abraham Jourdan. Les gages du pasteur variaient de 3 à 400 livres.
Outre sa maison « servant de temple », l'église réformée de Donzère avait sa « maison des pauvres », également située près le portail Vieil ^ et dans cette maison, sans doute une de ces petites écoles ou collyege ', où l'on pouvait enseigner, outre la lecture et le calcul, le latin et les lettres humaines. Droit confirmé aux protestants par redit de Nantes, dans tous les lieux où ils avaient Texercice de leur religion. « Chaque église, dit M. Arnaud, avait son régent ou maître d'école *. »
Avec la liberté religieuse la liberté politique : les deux partis étaient représentés dans le conseil de la commune: ils vivaient en paix, ou plutôt le 9 juin 1628, ils avaient fait, en plein conseil, le serment de vivre unis et en bonne intelligence « soubz le service du roy ».
Délivré, en 1606, d'une foule d'étrangers suspects, ayant pris gîte dans la communeà la faveur des troubles, son mur d'enceinte au midi, reconstruit en 1609 *; son église restaurée en 1610 et dotée en 1624, sous le curé Roure, de deux cloches [Catherine et Delphine), du nom de leurs marraines Catherine et Delphine Joubert ; son temple, sa maison de ville, sa tour de l'horloge etsa porte del'Argentière, réparés en 1613; ses foires et ses marchés longtemps désertés, remis en vigueur; Donzère, de ses mauvais jours, ne paraissait plus avoir que le souvenir.