‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 102 sur 570 · LE TRAVAIL DES MOINES CRÉE LA RICHESSE · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL DES MOINES CRÉE LA RICHESSE

richesse. A peine fixés dans la clairière d'une forêt, à proximité d'un cours d'eau, les religieux ont créé un jardin ', puis des champs où ils sèment et moissonnent '. A côté de leur modeste habitation, de leur basilique d'une construction plus soignée, ils ont édifié des bâtiments de ferme, des ateliers 3, des greniers destinés à engranger leur récolte '. Ils ont jeté leurs filets dans la rivière ^ et en ont capté les eaux pour faire tourner leurs meules '->, acquérant ainsi par l'usage des droits de pèche et des moulins. Les moines les moins soucieux des biens terrestres, s'établissant dans une terre sans maître ou avec l'assentiment du propriétaire d'un sol inculte, créent une mmuscule exploitation agricole qui est l'embryon du temporel de leur monastère.

Le développement pris par la communauté rendait indispensable la constitution d'un patrimoine monastique. Un ermite et quelques moines pouvaient vivre de fruits sauvages et d'aliments apportés par <les fidèles charitables. Mais quand arrivaient en foule les disciples, le saint fondateur devait lui-même se préoccuper d'assurer leur subsistance. Romain et Lupicin ont été contraints de défricher le sol des vallées qui pouvait porter les moissons que réclamait le nombre croissant de leurs compagnons ". Dans le seul monastère de saint Lupicin en effet, les moines, à la mort de saint Romain, étaient au nombre

1. Le jardin est souvent mentionné dès les premiers temps d'un monastère. A Faremoutiers du vivant de la fondatrice. Burgundofara, une Saxonne travaille « in horto intra monasterii septa » (Vifae Columb., II, 17, Srript. rrnrm mernr., t. IV, p. 1.36). Les moines fçroupés autour de l'ermite saint Mars ont un jardin (Grégoire de Toirs, Vifac patridit, XIV, -2, p. 719). La Rey. Tartiat. (1-2, p. lt<.'i) ordonne d'établir un hnrtulaniis. La règle de saint Benoit (OC, p. 134) et celle du Maître (95, p. 191^ veulent qu'il y ait un jardin dans l'enclos monastique.

■>. 11 en est ainsi à Luxeuil et à Fontaines du vivant de saint Colomlian (ci. plus haut, p. 102, n. 10), à Jumièges (Vie de saint Philibert, 15, éd. Poipardin, p. 9), à Moutier-Saint-Jean (plus haut, p. 102, n. 9).

Z.Reg. s. Bene(I.,&S: « omnia necessaria, id est aqua,molendiimm, hortus, pistrinum, vel artes diversac intra monasterium exerceantur » (p. l.'H); Maijisl., 95: « furnum, macinae, refrigerium.. . vel omnia necessaria » tp. 191).

4. Cf. Grégoire de Toirs, Hist,. Franc, IV, :il, p. 169: Joxas, VHae Colimib.,

1, 1.3, p. 78; 17, p. 8.',: VUa .s. Lm'nprn., 9 (M.\nii.i.o\, Arfa sanct. O. S. li.. t. i, p. .319).

5. Ainsi faisaient les moines de Marmoutier au temps de saint Martin iSii.picE SÉVÈRE, Dial., III, 10, Cor}), .irrip., rccles., t. i. j). 207). Cf. Vita a. Richnnri, 4 (Mabii.i.on, .\cta sanct. O. S. B., t. ni. p. i, p. 220).

6. .V Loches, saint Ursus étal)lil un muidin sur l'Indre i)i>Hr épargner le travail des mcjines qui tournaient la meule ((Jkkhoiri-; de Toirs, Vitae patrtnn, XVIII,

2, p. 7,35). Un moulin aurait été établi près <lu monastère de Cundat du vivant de saint Romain (Vita i)atrum Jurens., I, 17-8. Scrip. rerion mernv., i. ni, p. 141-2). Cf. n. 3.

7. Vita pa'ri'in Jitrcns., I, 7 et 8 {Scripl. rcrinn mcror., t. m. )). 135).

LEUR NOMBRE LES OBLIGE A l'OSSEDKR

de 150 et il y avait lO.") religieuses dans le iiionastère de Balnie K Saint Colomban venant visiter Fontaines peu de temps après la fondation de ce monastère, y trouve 60 moines occupés à labourer la terre -. Au VI" et au VU" siècle, les monastères ciui renferment 100 à 200 moines ou religieuses ne sont pas rares ^.• Il en est même, s'il faut en croire des récits hagiographiques peu sûrs, dont la population s'élève au chiffre de.'iOO, iW et 500 moines ^. Jumièges, dès le temps de son deuxième abbé, en aurait compté 'JOO ■\ L'afHuence des hôtes, des pauvres, bientôt la présence de serviteui's et de serfs «^ augmente encore sensi-

1. lijid., 8 et '.I, 1). r.io ri l:;r,. Le luoiiaslLTe de Coiid.ii reiifiTiii.iii sans d^iule un nombre plus considérable encore de relijrieux.

■>. VUae Coluinb., I, 17 {«j'- cit., I. iv, p. t^l). Suivant la I Ha .v. M'alarici (û, p. 16-2), il ny aurait eu au temps de saint Colomban que -WG moines dans les monastères vosgiens. Kusiasius, son successeur comme aljbé de Luxcuil, est dit père de GOO moines par le Martyrologe d'Adon (cf. .Mauii.i.on, Amt. Uened., VIII, 16, t. 1, p. l'Ji). Sous Walliert, Luxeuil aurait renfermé 600 moines (Chron. Luxov., Script., t. m, p. •-'•.'0'.

3. Sainte-Croix à l'oitiers renferme à la mort de sainte Hadegonde -200 religieuses (Grégoire dk Totus, Gloria confess., 104, ii. Ml'. Solignac a sous Rémaclc 150 moines (Vita .s. Kli;/ii, I, 17, Script, rcnnu mcror., t. iv, p. 681). A Silhiu, saint Bertin a réuni liO moines (VHa .s. Bcrtini, 6, Mabii.lon. Acta sancl.

0. S. n., t. III, p. I, p. 07;. Sainte Odile aurait gouverne 130 religieuses {Vie de sainte Odile, 13, éd. Pfistkr, Anal. lioUand., t. xiii, p. 21). Un monastère de ■25 religieuses passe pour un très petit élabli.ssement (Vita .v. Ai'strcbcrtae, 13, Mabii.lon, oj) cit., p. -29). Cf. Haick, Kirclientjesch. Dcvtschlands, t. i, p. •287,'n.3.

4. Saint Éloi aurait établi à Paris un monastère de 300 religieuses {Vita s. Elig.,

1, 17, Script, rervm mrror.. t,. iv, p. 68-2); celui de sainte Salaberga en aurait renfermé autant {Vita s. Snial)., 16, Mabillon, Acta, t. m, v. i, p. 410); celui (|ue fonde saint Waningus à Fécamp aurait eu une population de 366 religieuses ( Vita s. Wan., 6, p. 934). Au monastère fondé par .saint Sever à Agde {Vita s. Sec, 13, t. i, p. 500), par saint Marlin à Vertou (VUa .v. Mart. Vcrlar., 9, p. 35(;), il y aurait eu de leur vivant 3C0 moines. La communaulc de Saint-Wandrille aurait compté 300 moines dans la première moilié du VIII« siècle {Gcsta abt). Font., 10, Script., t. ii, p -'fi-i). A la même épofiiie, il y aurait eu 500 moines à Lérins et à S. Pierre de la NovaUze (cf. Mahili.on, A /m. Bcned., XXI, 7 et 51, t. Il, p. 83 et 102) Au vil' siècle, s'il faut en croire la vie de saint Clarus, les monastères de Grigny, au diocèse de Vienne, nourrissaient 400 moines, celui de Saint-Pierre en renfermait près de 500 ( VUa .1. Clari, 3, Mabii.i.on, Acta, t. ii, p. 163). Aucun de ces chilTres ne [)eut èlrc accepté connue faisant foi. Les Ge.sta al)b. Fontan. ont été écrits au IX' siècle; la Vita s. EUgii a été au moins remaniée à la même épo(|ue ; aucune des autres vies de saints citées ci-dessus n'est contemporaine. 11 est certain toutefois {|uc la population des grands monastères était considérable. L'élabli.ssement de la lans tterennis dans plusieurs d'entre eux suflil à prouver ([ue les moines y étaient foii niinil)reux.

5. VUa .S-. Airadri. H ^Mabii.lon, Acia, t. ii, p. 921). Le renseignement est suspect, la vie ne dal.iiii (|ue du X» siècle.

6. Il y aurait en à .lundèges, suivant la même source peu sûre. 1500 famuli . La vie de .saint Ayeul représenle les faiiiuli des moines de Hebais coupant avec eux les récoltes (2-2, ibid., p. 310). Le concib' de S. Romain d'All)on (can. VIII, Maasskn, p. -21) interdit aux al)]iés d'affranchir les .«erfs parce (|uil n'est pas juste que ceux-ci se reposent alors (|uc les moines travaillent aux champs. (Grégoire de Tours (De lirt. .s. Martini, llf. 12, p. 64-2) parle duu mninc de Marmoutier ((ui donne des ordres à un jiaer.

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