LA FORTUNE ACQUISE PRODUIT LA RICHESSE
exercée par eux sur les faibles et sur les moribonds ou ne saisit pas la trace. Il n'en était nul besoin pour que TEglise fût héritière. La suggestion, s'il en est une, est perpétuelle ; elle n'a point à s'exercer spécialement à l'instant de la mort car elle enveloi)pe l'existence entière des hommes. Elle i»énètre en elfet toute la prédication chrétienne; elle se confond avec l'exhortation à la pénitence et à l'aumône. Que le clergé franc ait cherché à constituer le patrimoine des églises en exploitant la crainte des châtiments célestes, c'est ce qui n'apparait nulle part. Le temporel ecclésiastique en a très largement bénéficié mais le clergé a semé la moisson qui lève pour les églises comme le vent répand les graines qu'il emporte, non comme le laboureur (|ui creuse le sillon et y jette le grain dans l'espoir d'une récolte.
Recueillant ainsi sans cesse et sans qu'il leur en coûte rien, maisons, terres, serfs, privilèges et droits utiles, les églises ont pris pour la plupart dès le commencement de l'époque franque la condition d'un grand propriétaire foncier. Dès lors, celui-ci exerce attraction sur les petites propriétés voisines ; à des conditions peu onéreuses pour lui, les parcelles de terre des petits propriétaires de la région viennent facilement rejoindre la masse des biens ecclésiastiques '. Déjà les revenus d'une église dépassent les besoins ordinaires auxquels le clergé doit faire face ; l'excédent lui permet, dans une mesure modeste encore, de se porter acquéreur de biens qui relieront des propriétés dispersées ou ([u'il juge utiles aux intérêts de l'exploitation ■-. Ainsi, dès l'époque francpie, la fortune acquise travaille déjà à l'accroissement du temporel des églises.
Les règles établies pour la protection du patrimoine ecclésiasti(iue en ont aussi singulièrement facilité la croissance. Il est admis que toute donation faite à un évoque par quiconque n'est pas son parent doit proliter à l'église, car le donateur a songé au remède de son âme et non à l'avantage propre du prélat -^ Bertrand, évoque du Mans, en prenant possession de son siège a défendu les intérêts qui lui sont conliés contre les