LES ÉVÉQUES FONT HÉRITER LEUR ÉGLISE
iSouvent l'évoque concilie ses obligations envers elle avec ses affections naturelles. Il léguera quelques biens en toute propriété ou en usufruit à des parents ', k des amis, à des serviteurs - ; mais la plus grande part de son héritage reste affectée à de pieuses libéralités. D'ordinaire, c'est son église que révéque institue pour héritière '^ Parfois, à ce titre, elle recueille tout l'héritage ■* ; plus souvent, l'évêque testateur distrait de sa succession divers legs qu'il distribue entre plusieurs monastères et basiliques. Tel inscrit pour un legs une autre église épiscopale qu'il a servie jadis comme clerc, qui l'a élevé et nourri ^. Tel autre distribuera ses biens épars en diverses
1. La fiUe de Victor, évéque de Rennes, a eu au moins une part de 1 héritage de son père (cf. Grégoire de Tolks, Hist. Franc, VIII, 32, p. 34S). Ansljerlus, évéque dAutun, laisse en 696 l'usufruit de quelf[nps biens h sa sœur (Pardessi's, Diplom., 437, t. Il, p. 238). Romulfus de Reims laisse des biens à des frères et neveux (Flodoard, Hist. Rem. eccl., U, 4, Script., t. xiii, p. 451). Bertrand du Mans en 615 stipule des legs en faveur de ses neveux et arrière-neveux (Pardessus, Diplom., 230, t. I, p. 201, 204. 207). Arnoul, évéque de Metz, « multa sanclae matri ecclesiae contulit, plurima etiam duobus liliis suis » (Vita s. Chlodulfi, 5, (Mabili.ox, Acta, t. ii, p. 999). Didier d'Auxerre lègue aussi des biens à ses neveux et à ses autres parents (Gesta episc. Autixiod., 20, Migne, P. L., t. cxxxviii, col. 642). Le testament de .saint Rémi, apocryphe mais fabriqué d'après des modèles anciens (Kri sch, Script, rerum meruv., t. m, p. 242 et 336, n. 2), inscrit comme héritiers l'église de Reims, le frère et le neveu de l'évêque (ibid. p. 336). Francilio, évéque de Tours, et sa femme <■ reliquerunt quaedam et proximis suis » {Hist. Franc, X, 31, p. 447). Saint Césaire lui-même lègue quelques menus objets à ses parents à titre deulogie .G. Morin, Jiev. bénéd., t. xvi, p. 101).
2. Diniflus, évéque de Tours, « maxime ecclesiae suae quod fuit melius dereliquit, largitus est etiam quiddam et bene meritis « \Hist. Franc, X, 31. p. 446). De même Yérus (ibid.). L'évêque du Mans, Berlrand, lègue des chevaux à ses serviteurs et :i ceux de l'église, clercs et laïques (Pardessis, t. i, p. ?0S) et 50 sou.s à chacun des clercs de l'église (p. 214) : saint Césaire des vêtements à ses auricularii {Testament, p. 102).
3. Testaments d'Hadoindv.s du Mans (Mi) : « tu, .sacrosancta aecdesia veneraliilis (Caenomannis, Brs.sox, Actus pont. Ccnom., p 158», haeres mea esto haeredemque meani te es.se constituo » (Pardessus, 300, t. ii, p. 69) : de Berlrand <230, 1. 1, p. 198) ; de s. Léger (de Charmasse, Cart. de Véylise d'A utun, 50, t. i, p. 80); de s. Rémi (Script, rerum merov., t. m, p. 336). Le testament de s. Didier de Cahors (649-650), dont nous ne po.ssédons qu'un fraginent. devait aussi instituer l'église pour héritière, car c'est à elle que le teslateur notiile ses legs (ibid., t. iv, p. 591). Ainsi firent plusieurs évêques de Reims, Romulfus (Flodoard, Hist. Hem. eccl., II, 4, p. 151), Lando (6. p. 455), Rigo]»ertus (11, p. 453)', les évêques d'Auxerre, Aunarius (Gesta episc. Autisiod., 19, Migne, P. L., t. cxxxviii. col. ZiS), Didier (20, col. 238), Tétricus (24, col 244), lévcque de Troyes Ragnégisilus {Vita s. Frodoberti, Mabili.on, Acta, t. ii, j). 600).
4. Maracharius, évéciue d'Angouléme, parait avoir laissé à son église tous ses biens (Grégoire de Toi rs. Hist. Franc, V, 36, j). 228). An.soaldus, évé(|ue de Poitiers, stipule qu'en un cas donné le monastère de Noirmuutier pourra revendiquer les meilleures lillae qu'il aura laissées à son église (Maître, Ci/nauld, dans Hibl. École des Chartes, 1898, p. 242j.
5. Bertrand du Mans lègue une villa à l'église de Paris (|ui l'a nourri (Pardessus, 230, t. 1, p. 199), une .somme de 100 sous à la basilir|ue de Saint-Martin de Tours « ubi comam deposui ■> i)). 213). L'évé(|ue de Reijiis, LaïKb.i. lègue une prol)riélé à l'église de Laon (Fi.odoard, II, 6, p 455).
BASILIQUES ET MONASTl'CRES HÉRITIERS DES ÉVÉQUES 157
contrées aux établissements les plus voisins i. Dans le testament de Didier, évêque d'Auxerre, il n'est pas une église importante de Bourgogne et d'Aquitaine qui ne soit inscrite pour un legs -.
Les dernières volontés d'un évêque assurent aussi par un supplément de dotation l'avenir d'un monastère qu'il a fondé ou qu'il affectionne particulièrement. Il l'instituera pour héritier en même temps que son église •', ou même le choisira pour principal héritier et exécuteur testamentaire au détriment de la cathédrale ^. Un évêque qui dispose d'un patrimoine considérable enrichira de quelque legs la plupart des basiliques et des monastères de son diocèse et même des sanctuaires qui y sont étrangers "'. Ses libéralités s'étendent aux matricules des pauvres '% aux ho [vitaux "*.
Les clercs inscrivent eux aussi dans leur testament l'église qui les a nourris ^. On estime que l'héritage de quiconque se fait clerc est ])erdu pour sa famille. Grégoire de Tours raconte que Loup, citoyen de Tours, voulait entrer après la mort de sa femme et de ses enfants dans la cléricature. Il en a été empêché
1 . Ommatius, évêque de Tours, » coiulito testaïuenUi, per ecclesias urliiuni in quilius posseileljat facultates suas tUstribuit •> (Hist. Franc, X, 31, p. 41i;;.
•>. Gcsta e'pisc. Xutlslod., 20, col. 236 ; cf. col. 242.
:i. Testaments de BertranJ, : tu sacrosancla ecclesia ("enomanica, una cum .sancta... basilica domni Pelri et Pauli quam... opère meo .. aedificavi, haercde» nùhi ostote ■> (Pardessus, 230, t. i, p. VJH) de saint Césaire : » luunasteriuni Arelalense sancti Johaniiis, quod ego condidi... heredeui meum esse volo;... Arelatenseni episcopuiu coheredein meo monasterio relinquo » (Rev. Bénéd., t. XVI, p. 101). Agarnus de Cahors laisse ses pracdia partie à l'église de Cahors, partie au monastère de Moissac (Gall. christ., t. i, Instr., col. 36); Aunarius fait hériter l'église mère Saint-Etienne et la basilique de Saint-Germain {Gesta episc. Autisiod., 19, Migne. t, cxxxviii, col. 2;55),
4. L"évé(iue de Reims, Sonnatius, « basilicam beali Roniigii i)raecipne sibi heredem instituit » (Flodoard, II, 5, p. 45-1): parmi ses nombreux légataires, l'église de Reims n'est représentée que par le matricule des i)auvres. De même Francilio, évè(iue de Tours, a laissé la plupart de ses biens à la basilique de Sainl-Marlin {Hlst. Franc, X,31, p. 447). Vigilius, évêque d'Au.xerre, donne » post diem obitus » au monastère de Notre-Dame un grand nombre de propriétés (c C80. Paruessis, .363, t. n, p. 152 et suiv.; Qlaxtix, 8, t. i, p. 17 et suiv.).
"). Cf. Testaments de Didier de Cahors {Vita s. Desid., 30, Script, reruni iiiernv., t. iv, p. 58G-7); des évéques du Mans, Bertrand{ Paruessis, 9;jO, t. i, p. iy7 et .suiv., pa.ssim), Hadoindus (300, t. u. p. 69-70): d'Ansbertus d'Autitnik'i', p. 937); des évéques de Reims, Roinulfus (Fi.odoard, h, 4, p. 451), Sonnatius (Xy, j). 4">4>, Lando (0, p. 450), Kigobertus (11, p. 459); de Didier d'Auxerre (Gesta episc Autisiod., 20, col. 23S-42). Tétradius de Bourges a laissé une l't'Ua à Sainl- Julien de Brioude (Grégoire de Tours, De virt. s. Jul., il, p. 570).
6. Testaments de Romulfus, de Sonnatius, de Lando (loc cit.), de Bertrand (Pardessus, t. i, p. 203-5, 214), d'Ansbertus (t. ii, p. 238).
7. Testament de Bertrand (p. 200 et 205). Cf. cbap. XXXIV, Les Hôpitaux.
8. Testament du diacre Grimo (Bever, Vrkundenb. d. initlclrh. Territ., 6, t. I, p. 6). L'une des rillae apiiarlenant à l'église de Poitiers et dont l'évéque Ansoaldusdote Noirmoutier avait été donnée à l'église par le diacre Magnobo<lus (Maître, Cunauld, dans Bibl. Ecole des Chartes, 1898, p. 240).