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CHAPITRE XIX La propriété foncière

Les apports de nombreuses générations en faveur des églises et des monastères , dons gratuits des fidèles et du clergé, fruits de l'épargne et de l'industrie des administrateurs du temporel, se déposent par strates uniformes dont la composition simple d'abord devient par la suite plus complexe. A l'origine, les églises ne recevaient que des offrandes manuelles en argent ou en nature ; puis elles possédèrent des biens-fonds dont rétendue, l'aménagement, le rendement varièrent suivant les conditions économiques du temps. Plus tard, aux droits de la jiropriété privée s'ajoutèrent des droits régaliens, une i)art de la puissance publique. Comme les empreintes laissées par des organismes rudimentaires ou d'une structure compliquée révèlent l'âge d'un terrain, ainsi le simple aspect d'une tranche du temporel ecclésiastique permet souvent de fixer l'époque oii furent acquis les possessions et droits qu'on y découvre. Mais il est des espèces qui, à partir dujouroii elles apparaissent, se retrouvent a tous les âges. L'argent et la terre, les biens mobiliers et la propriété foncière forment les bases essentielles et permanentes de la fortune ecclésiastique.

Dès la fin de l'époque romaine, les biens-fonds en deviennent l'élément principal. Voués à ro])ulence par la générosité infatigable des fidèles, les établissements religieux feront nécessairement figure de grands propriétaires terriens. Facteur presque unique de la richesse pendant toute la première moitié du moyen âge, la terre passe aux mains du clergé et des moines avec tout ce qu'elle porte, moissons, vignes, herbages, forêts et aussi bâtiments de ferme, brasseries et pressoirs, avec les eaux qui l'arrosent, pêcheries et moulins, avec le bétail qu'elle nourrit et les hommes qui l'exploitent. Aux temps mérovingiens se forme la i)uissante masse de la propriété foncière des églises,

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assise sur hKiiiollc s'édiliera par la suite leur souveraineté terriloriale, la future seigneurie ecclésiastique.

La propriété foncière des églises présente à la fois le tyjie do la petite' et celui de la grande propriété; mais c'est ce dernier qui apparaît le plus nettement et qui a incontestablement prévalu à l'époque franque.

L'avoir foncier des établissements religieux s'est constitué en effet sous l'empire des conditions générales faites à la propriété. Ils ont recueilli des grands domaines là oii prévaut le régime des grandes exploitations ; ils n'ont pu entrer en possession d'un lot considérable de petits domaines que là où une classe d'hommes libres, petits propriétaires, subsiste ou s'est développée.

C'est surtout dans les régions de l'est où la propriété est plus divisée qu'au cœur des anciens pays gallo-romains ^, qu'on voit les églises et monastères acquérir des lopins de terre. Les titres conservés à partir des premières années du VHP siècle par plusieurs monastères de la région du Rhin permettent de constater qu'à la fin de l'époque mérovingienne se produisait en faveur des établissements récemment fondés dans cette contrée, un afflux de petites donations. L^n obscur bienfaiteur de Saint-Gall, Aloinus, lui donne trois tenures (hohae) dans une localité et cinq dans une autre 2. Rinulfus cède aux religieux son bien de Bettenweiler qui devait être de médiocre étendue puisque le donateur ne remet avec cette terre qu'un seul serf ^. Le monastère Saint-Pierre de Wissembourg

1. Cf. In'ama STERNiior;, Die Aiisbildunij der yrossen Grundhcrfschaflen in Deidxciilafid ivxhrend der Kufolinoet'zcil, p. Ii5. M Iiiania Sternegg constate ([). 27) qu'en Bavière au VHP siècle la grande propriété est rare. En Alemanie la propriété ai)paraît au.ssi alor.s très divisée Cp. .Yi). A Wissembourg, où s'exerce davantage l'influence des conditions économiques des pays gallo-romains, les chartes signalent plus souvent des villac enUcres qu'à Saint-Gall (p. :&i. Cf. aussi C.\RO, Studien zu den xUeren S. Gallcr l'rkunden (Jahrb. f. Schiccicer. Gesch., t. XXVI, p. 258 et suiv.). Dans le pays messin, il a existé juscpi'à la fin du III» siècle de nombreux domaines de médiocre étendue (cf. Grenier, Habitations gauloises et villas latines, p. 116) ; mais après les invasions qui désolèrent le pays de 275 à 285 et ruinèrent les i)etits pro]iriélaires, le régime de la grande propriété s'y établit (p. 180).

2. Wartmaxn, Vrhundcnb. d. Ablei S. Gallcn, -1 (680-737), t. i, p. 4. Des calculs de M. Inama Sternegg (o^v. cit., p. 33), il ré.sulte que les cinquante premières donations faites en faveur de Saint-Gall jusqu'en 708, signalent vingt-cin(j propriétaires se dessaisis.sant de deux cent Irente-neuf biens sis en cent treize localités. A la mort de l'abbé Otmarus (postérieure au 1" mars 759), le domaine des moines qui n'ont bénéficié encore que de maigres donations parait être de fail)le étendue (cf. Caro, ojj. cit., p. 215).

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