‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 227 sur 570 · LOPINS DE TERRE POSSÉDÉS PAR LES ÉGLISES DES GAULES · texte numérisé non relu

LOPINS DE TERRE POSSÉDÉS PAR LES ÉGLISES DES GAULES

à une église, non seulement en conservent la jouissance, mais obtiennent en outre l'usufruit d'un autre bien i. D'un riche propriétaire dont l'avoir est morcelé, une église reçoit quelquefois de petits biens éparpillés en divers lieux -. Les achats etïectués par un évoque procurent aussi parfois à son église un petit domaine, un plant de vignes, la tenure d'un colon 'colonîca] 3, des champs, un ou quelques manses '^

Encore de telles données peuvent-elles se rapporter à une propriété d'une étendue considérable. Un homme de l'église de Cahors, au temps de saint Didier, récoltait sur sa colonica mille mesures de vin dans les bonnes années ■"'. En 095, Léothéria donne un manse au monastère de Saint-Pierre-le-Yif s, mais il s'agit d'un chef manse (mansiis inclominicatus) avec l'église qui en dépend et par conséquent d'une part considérable d'un grand domaine. L'évèque de Reims, Egidius (fm YP siècle), a fait l'acquisition de deux champs ; mais pour ensemencer l'un il fallait mille muids de grain et quatre cents pour ensemencer l'autre "^ ; il s'agissait donc d'une importante propriété. Les formules précisent quelquefois que la donation faite à une église l'investit d'un petit bien^; mais on voit

1. Cf. plus haut, p. 168 et 172. H n en est pas d'aiUeur.s toujours ainsi. En 730, Wadémérus reçoit de Saint-Germain-des-Prés en précaire une villa et donne an monastère une rii^a et des biens en une autre localité dont il j^arde l'u.sufruit 'PARDESsrs547, t. II, p. 3()0». Plusieurs formules prévoient la donation à une église d'un grand domaine que le donateur recevra ensuite en précaire (Marc, fonn., I, 5, p. 77-78; Coll. Flavin., Addit., 3, p. 490).

2. Voir le testament dAbbo en faveur du monastère Saint-Pierre de la Novalèze (Pardessus, 559, i. ii, p. 370 et suiv.). Abbo lègue en divers lieux la colonica que tient l'un de ses serfs ou de ses affranchis. La donation qui comporte des localités entières, des curtes, et de simples tenures de colon présente tous les types de grande, moyenne et petite propriété. Peut-être dans les régions alpestres la propriété est-elle iilus morcelée qu'ailleurs. Au reste, un grand nombre d'actes concernant les régions centrales de la Gaule font entrer les églises en possession de plusieurs petits biens en même temps que de villae. Le testament d'Erminéthrudis lègue à diverses églises de la région parisienne une seule illla et de nombreux petits vignobles (452, p. 257). Vigilius, évêque d'Auxerre, donne au monastère Notre-Dame un grand nombre de petites propriétés (QrANTi.v, Cart. de V Yonne, 8, t. i, p. 18-9). Un berger convoite les colonicae que possède la basilique de Saint-Julien de Brioude près de son champ (Grégoire de Toirs, De virt. s. Ji/liani, 15. p. 571).

3. Le testament de Bertrand signale plusieurs acquisitions faites par cet évêque du Mans d'un locclluin, d'une vineola, d'une colonica (Pardessds, 230, t. i, p. 202-203).

4. Parmi les acquisitions faites par l'évèque de Eeims, Héolus, figurent une manse et des champs à 'S'^ersigny, quatre manses aux environs de Reims (Flo- DOARD, Hist. Rem. ceci., II, 10, Script., t. xiii, p. 458).

5. Vita s. Desidcrii, 24 (Script, rerum oierov., t. iv, p. 582). G. QiANTiN, Cart. de l'Yonne, 10, t. i, p. 24.

7. Flodoard, Hiai. Rem. eccl., II, 2 {Script . l. xiii. p. 447).

8. Marc, form., II, 0, Donatione de parva rem ad ecclcsia (Zei-mer, p. /8); Form. Andec, 46, Donation d'un loccllum, p. 20.

Ri;i:i.\li: l'RliDOMINANT DK LA (IRANDE l'ROl'RIÉTK 211

(iifil (xjiisiste en une portion d'un grand domaine avec toutes les dépendances qu'elle comporte ', et non pas en une parcelle de terre. Les églises reçoivent des offrandes des petits comme des grands; mais les premiers leur donnent argent, cire, bétail plutôt que la terre, dont le plus souvent ils ne sont pas propriétaires mais simples tenanciers ou fermiers.

Le régime de la grande propriété qui fut prédominant à la fin de Tépoque romaine prévaut encore en effet dans la Oaule mérovingienne 2. Les établissements religieux furent grands propriétaires et s'accommodèrent des conditions d'exploitation que commandait leur richesse foncière. Les plus anciennes formules que nous possédions nous montrent, au pays d'Angers, les églises pourvues de terres étendues qui constituent le terraturium sancti distribué entre un grand nombre d'occupants ^. L'avoir foncier des églises se compose essentiellement, pendant toute l'époque mérovingienne, de grands domaines qui appartiennent au type d'exploitation communément pratiquée alors, la villa. Celle-ci comprend bâtiments de ferme, champs, vignes, forêts, pâtis, eaux, moulins, souvent une petite église. Une population de colons et de serfs est attachée à la terre et inséparable du domaine. Celui-ci est partagé en deux portions : l'une réservée au propriétaire, le chef manse (munsus Indominicatus), l'autre divisée en tenures (liobae, casatae, mansi serviles-ingenuiles, colonicae) que cultivent les tenanciers de condition libre ou servile ^. Les villae possédées par le fisc royal et par les riches propriétaires fonciers passent telles quelles aux mains du clergé et des moines. Quand un roi fait une libéralité à une église, il ne lui donne pas moins qu'un grand domaine entier et souvent plusieurs à la fois ^. Ce sont surtout des villae que lèguent les évèques à leur église ^. La dotation primitive d'un monastère fondé à l'époque mérovingienne comprend souvent un lot de ces grands domaines ~.

1. Marc, forin.: « porcioneiu iiieani in villa... cum terris, doniibus, accolabus..., viiiois, silvis, etc. » {loc cit.). Le loccUiim de la formule angevine coni|)rend les mêmes dépendances et re|)résente la îlot constituée par un cir iulK.ster et sa fenune au monastère (ju'ils ont construit à leurs frais.

•2. Cf. FrsTEL DE CoiLANoEs, L'allcu et le <lnntainc rural, p. -207 et uAkhois DE Jlhainvii.i.e, Hechcrche.i .'<itr l'origine de lu propriété foncière, |). 10.

;j. Cf. i)lus loin, chap. XXV, Les terres affermées.

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