CHAPITRE XX La familia des églises et des monastères
L'avoir des églises et des monastères ne comprend pas seulement des biens-fonds et des objets mobiliers mais aussi des hommes. Ces établissements possèdent la personne ou seulement des droits sur la personne, suivant qu'il s'agit d'un serf ou d'un affranchi. Dans l'un et l'autre cas leur droit s'exerce sur l'homme indépendamment do la terre qu'il occupe. Ou bien celui-ci n'est dans la dépendance de l'église que parce qu'il cultive une terre qui est à elle et qu'il ne peut quitter. Dans les grands domaines ecclésiastiques sont établis comme petits tenanciers des serfs, des affranchis et enfin des hommes libres, des colons. Cette population d'hommes asservis, libres ou seulement à demilibres, dont la condition est héréditaire ', qui pour la plupart vivent dans les propriétés du clergé, les exploitent et en sont inséparables, forme \-d familia de l'église.
Les domaines des grands propriétaires laïques renferment les mêmes catégories de tenanciers employés aux mêmes besognes, mais ceux de l'église se distinguent à bien des égards de leurs pareils qui vivent dans les fiscs royaux ou sur les terres des séculiers. Qu'elle saisisse des hommes ou se restreigne aux biens meubles et immeubles, la propriété ecclésiastique, sans cesser de s'harmoniser avec les conditions générales et le régime ordinaire de la propriété, revêt des caractères particuliers.
Les églises acquièrent des serfs chaque fois qu'un grand domaine entre dans le patrimoine ecclésiastique, puisque la rîlfa est donnée avec tous les tenanciers qui la garnissent ;
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mais d'autres libéralités viennent encore accroître la population servile qui dépend du clergé et des moines. On se désiste en leur faveur de ses droits sur des familles de serfs comme on se dessaisit de toute autre propriété. Des hommes en lots plus ou moins considérables, suivant la fortune et la générosité du bienfaiteur, sont ainsi recueillis par les établissements religieux. Au monastère de Wissembourg on fait don, en 7.'}7, de vingt-huit serfs et serves sans compter les enfants '. En 742, un autre bienfaiteur des moines leur offre treize serfs ou serves -'. L'église qui devient propriétaire d'un serf entre en même temps en possession de son pécule. Le plus souvent sans doute l'homme est cédé avec la chaumière qu'il habite, la parcelle de terre qu'il cultive En 721, donation est faite à la basilique de Saint-Pierre, élevée par saint Willibrord, de quatre serfs avec leurs femmes et leurs enfants, avec leur tenure en terres et leur pécule 3. Quand un petit domaine est donné à une église, il est dit indifféremment qu'elle sera propriétaire de quelques hommes avec leur champ ou de quelques pièces de terre garnies de serfs 4.
Le clergé et les moines deviennent aussi parfois les maîtres d'un serf par des moyens illicites. Il arrive qu'un abbé, un clerc ou quelque homme de l'évêque, agissant soit pour leur compte personnel, soit au profit de leur monastère ou de leur église, enlèvent par force un serf et le retiennent indûment ^. Le formulaire de Marculfe fournit au propriétaire frustré le modèle de la lettre qu'il écrira à l'évêque pour revendiquer son bien. Si l'abbé ou le clerc se refuse à lui faire droit, la formule invite l'évêque à citer le ravisseur en justice avec ses garants, en présence du plaignant.
Un certain nombre de serfs vaquent aux services domestiques de l'église. Saint Césaire en a quelques-uns à son service à côté d'hommes libres *'. Grégoire de Tours nous renseigne sur la condition d'une famille de serfs ecclésiastiques: le père était attaché aux moulins de l'église, plusieurs fils étaient