POUVOIR DES ÉVÉQUES DANS LEUR CITÉ
rempiro franc une autorité analogue k celle qu'exercent à la même époque leurs collègues en Espagne, dans l'Italie byzantine et dans les régions orientales qui obéissent encore aux empereurs. Les Mérovingiens ont respecté et sanctionné une tradition ancienne déjà qui s'est établie dès la fin de l'époque romaine.
Dans leur cité, dont ils se sont constitués les protecteurs et défenseurs i, les chefs des églises franques exercent un ministère de bienfaisance ', qui leur assure une puissante autorité morale. Leur action se substitue souvent en fait à celle des fonctionnaires; sur eux leur est reconnu une sorte de droit de contrôle. Personne ne met en doute que la charge de proscrire les abus, de défendre les faibles et les opprimés n'incombe à l'épiscopat. Le concile de Tours de 5G7 excommunie les juges et les puissants qui oppriment les pauvres, s'ils ne se rendent pas aux réprimandes des pontifes s. Celte magistrature morale que réclament les évèques leur est expressément reconnue par les rois. Clotaire II prescrit que si, en son absence, un juge prononce des sentences injustes, il soit châtié par l'évêque ^. Cette juridiction n'a pas d'objet précis qui la limite, ne s'attache pas à des matières purement ecclésiastiques; elle s'étendpartout oîi est commise une injustice.
Le droit de surveillance et de correction que les évèques exercent sur les comtes et leurs subordonnés n'a pas de caractère politique. Il n'y faut pas voir un privilège, ni le faire entrer en compte dans la somme des droits, biens et profits qui constituent le temporel d'une église. Plus tard, de l'influence grandissante des pontifes pourront naître des droits politiques : le rôle traditionnel qu'ils jouent depuis le temps de l'invasion et qui s'est continué à l'époque franque et sous les Carolingiens n'est pas étranger à leur mainmise sur le comté de leur cité. Mais aux temps mérovingiens, ils ne cherchent qu'à se protéger, eux et le peuple chrétien, contre la tyrannie du comte
1. Félix, évèque de Naulfs, est le défenseur de son peuple •■ tll■lt■Il^i(l plebis » fFoRTiXAT, Carm., III, 5, Aifct. anliqtiiss., t. iv, p. prior, p. 54». Forlunat semble faire allusion à des eombais soutenus sous sa direction contre les Bretons : « Actor aposlolicus gui jura Britannica vincens, tutus in adversis, sjje crucis arma fugas > {loc. cit.). Saint Aubin, évèque d'Angers, s'applique ■. in defensione civium » fFoiiTLWAï, Vita s. Albini, IX, p. post., j). 30). Saint Bond, évècjue de Clerniont, invite son successeur à être « plebis sibi commissae rector, i)atriaeque Inlor » {Vita s. Boniti, 10, Mabillon, Acta xunct. O. S. B., t. m, i'. i, p. 83). Cf. LfEXiNG, Gescli. il. dcufschcn Kirche)\t'echts, t. il, p. -225.
•2. Ci. plus loin, chap. XXIX, La bienfaisance de.s églises.
3. Cau. XXVII (Maassex, Cnnc. aeri u\croc., p. 13JJ. Cf Lœmno. o;j. et'., t. M, p. -.'OS-'J.