OUVRIERS AU SERVICE DES ÉVÊQUES
et à l'entretien de leur église et des basiliques des saints. Grégoire de Tours loue Févêque d'Angoulême, Maracharius, de l'extrême vigilance avec laquelle il bâtit et met en état les églises et les maisons ecclésiastiques i. Quand, au commencement du YIII" siècle, les chrétientés de Germanie s'organisent, on construit en même temps le sanctuaire où les convertis viendront prier et la demeure de Tévêque, leur père -.
Dans quelques-unes des vieilles cités de la Gaule, les travaux exécutés par les prélats pour leur habitation faisaient l'admiration des contemporains. Saint Didier de Cahors a élevé près de l'église mère sur la rive du Lot deux maisons d'étonnante grandeur en grosses pierres appareillées sur le modèle des édifices antiques. Son biographe décrit ces constructions, grandioses à ses yeux, avec une naïve complaisance, en un langage emphatique et obscur s. Priscus, évêque de Lyon, au commencement de son pontificat, a fait agrandir et exhausser la maison de l'église ^.
Pour ces grandes entreprises de construction les évêques ont à demeure des équipes d'ouvriers. Peut-être des serfs de l'église sont-il assujettis à ce travail. Sans doute les prélats prenaient aussi à gage des ouvriers libres experts dans l'art du bâtiment. Ils les recrutaient même en pays lointain : Xizier de Trêves faisait venir des cuHi/ices d'Italie s. Qu'ils appartiennent ou non à la familia de l'église, les évêques en parlent comme d'ouvriers qui sont leurs : « C'est par le travail de nos artifices, dit Grégoire de Tours, que les murs de la basilique
1. Hi.sl. Franc, Y, 36, p. 228. De même Agricola, évèque de Châlon : « domus Cûinposuit, ecclesiam fabricavit » (45, p. 238). De même saint Nizier de Lyon: « ecclesias erigere, domos componere » (IV, 36, p. 170; Vlta s. yicetii, Scri2it. romm merov., t. m, p. 518).
2. Lettres de Grégoire II à saint Boniface et aux Thuringiens, dans les S. Bonifatii epist., 24 et 25, Epist. meroio. aevi, t. i, p. 274-5).
3. '< edificavit et prope matrem aecclesiam domus geminas utrasque duplas arcubus libratas, fenestris obliquas, scalis contiguas, positione sejunctas, conpendio congruas, socias oratoriis, ornatas antis quadrisque munitas, mirae magnitudinis miraeque dispositionis conpactas » (Vit a s. Desiderii, \6, Script, rerum merov., t. iv, p. 574).
4. Grégoire de Tolrs, Hist. Franc, IV, 36, p. 171. Voir plus haut, ]^. 120-1, les constructions monastiques.
5. Epist. ai(>it)'a.s., -21. {Epist. nieroiv. aevi, \. i, p. 133). Saint Didierde Cahors ((ui construit une Ijasilique, non pas à la manière du pays « more gallico », mais en grand appareil à la manière des anciens « more antiquorum... quadris ac dediilatis lapidilnis » iVila s. Desiderii, 31, So-ipt. rerinn nicrov., t. iv, p. 588-9), a fait venir .sans doute des ouvriers étrangers. 11 mande de Clermont des artipccs exi)erts dans l'art de construire des aqueducs (Epist., 1, 13, Ejiist. merow. aevi, t. i, p. 201). Voir plus loin, p. 355, les travaux publics entrepris par les évoques.