CLIENTS ORDINAIRES DE LA BIENFAISANCE ECCLÉSIASTIQUE
qui traversent les fleuves ^. Personne peut-être ne songeait plus à entretenir les routes : un abbé du monastère de Saint- Thierry de Reims, Théodiilfus, empêchait du moins qu'elles ne fussent conlisquées et interceptées par les propriétaires voisins -.
Sous cette face, la bienfaisance des églises se confond avec ce qu'on appellerait k d'autres époques l'administration publique. Un évêque, un abbé, ne prend ces soins que parce qu'il n'est personne qui en ait souci, et que le bien de tous l'exige. Il n'y a point d'usurpation commise aux dépens des autorités publiques -^ qui s'en désintéressent. L'ambition de gouverner les hommes et d'étaler leur magnificence a moins conduit les évêques à accepter ce rôle que l'esprit de charité. Les racines du pouvoir politique des évêques et des moines rejoignent l'exercice d'un pieux devoir d'assistance fraternelle.
La bienfaisance du clergé et des religieux qui au besoin s'éi)anche en faveur de toute la population du pays a parmi elle une clientèle régulière. Prisonniers, captifs, étrangers, indigents, orphelins, vieillards, infirmes, malades, l'immense armée de la misère est établie auprès des églises et des monastères comme en ses cantonnements. Aux évêques, aux moines de subvenir à tous les besoins de ces infortunés quand la charité privée ne s'offre pas à suppléer aux générosités des établissements religieux. L'artère par oîi s'en échappe le flot se divise en trois branches principales. L'une d'elles pourvoit à l'assistance des prisonniers de guerre ou de droit commun, une autre alimente les pauvres, la troisième fournit le nécessaire aux hôtes que reçoivent les églises et les monastères . Chacun de ces services de bienfaisance a en quelque sorte un double qui le complète ou l'organise. L'aumône et l'hospitalité ont l'une et l'autre donné naissance à des instituts fixes : la première a fait apparaître la matricule des pauvres, la seconde a engendré les hôpitaux (œenodochia). L'assistance des prisonniers eut pour complément nécessaire le rachat des captifs.
1. GpvÉgoire de Tocks, Vitae putrum, X^', 5, p. 7-i;j. Suivant le biographe /IXe siècle) (le saint Guillain {15, Mabillox, Acta sanct. 0. S. B., t. II, p. 762), ics religieuses du monastère de Maubeuge ont fait construire uu pont pour permettre au peuple de se rendre à la cclla du saint, attendu (jue des marais interceptaient le jjassage.
•-'. Vila s. Theodulfi, H : « agricolam... arantem viam publicam, per (juam Iransire solilus crat, invenit. Cui et dixil .■ Non est bonum viani arairo scindi, quae débet a viatoribus inollenso pede calcari » (Mabillon, t. i, p. :i-'ii) ; cf. Fi.ODOARD, Hist. Rem. ceci., I, -25, Script., l. xin, p. 440.
.'!. Cf. |)his haut, ]). -,'75-6, 278.