CHAPITRE XXXII La matricule des pauvres
Chaque sanctuaire important nourrit une troupe de pauvres. D'une part les largesses de Téglise, celles de l'évèque, des prêtres, des moines, d'autre part les aumônes que le défilé des pieux visiteurs fait tomber en pluie aux mains des quémandeurs, attirent indigents et infirmes i. Ils affluent de toute part quand l'église est riche et l'évèque réputé généreux. Plus grande est la foule des pèlerins qui se pressent dans la basilique oii repose un célèbre thaumaturge et plus nombreuse est la tourbe des mendiants qui stationne dans l'atrium et aux abords de la basilique -.
Ainsi s'est constituée, autour des sanctuaires, une clientèle de malheureux qui vivent partie aux frais de l'église, partie aux dépens des fidèles qui fréquentent le temple. De ce chef, la bienfaisance qui s'exerce près des églises a un caractère mixte. C'est un service ecclésiastique parce qu'il s'établit auprès de l'église et à cause d'elle ; mais les frais n'en incombent que pour une part, et quelquefois la moindre, au clergé. Celui-ci l'a fait sien surtout en l'organisant et en le dirigeant.
Les administrateurs des pieux établissements ont été amenés, en effet, à distinguer de la foule anonyme des mendiants ceux que l'église connaît, dont elle accepte la charge et qui, en quelque sorte, lui appartiennent. Le clergé limite ainsi ses dépenses éventuelles en fixant le nombre de ses pauvres. Par le tri qu'il opère, indignes et turbulents sont éliminés. L'église désigne de la sorte, aux aumônes des fidèles qui la suppléent, ceux dont elle a reconnu le mérite et l'indigence. Elle organise ces pauvres en une sorte de pieuse comnmnauté de laïques, astreints