CHAPITRE V
Fondation des basiliques et oratoires et établissement des paroisses.
Dès l'époque romaine, l'évoque a dû procurer à lu population chrétienne de sa cité plusieurs lieux de prières et multiplier, pour salislaire aux besoins religieux des fidèles, les édifices consacrés au culte.
Dans les faubourgs et à l'intérieur môme des nmrs de la ville, avec l'église mère, d'autres servent habituellement aux pieuses assemblées du clergé et du peuple. Des basiliques ont été élevées sur le tombeau des martyrs et des évoques ou construites [)Our recevoir les reliques et en l'honneur d'un saint. (>)iiel(iuefois une communauté monastique a été établie cûmnic uai'dionne de ces précieux ossements ; ou bien la fondation (l'un monastère dans la ville ou dans les faubourgs a nécessité la construction d'une nouvelle basili(|ue. Mais un grand nombre de basiliques urbaines ou suburbaines n'eurent jamais, aux époques romaine et franque, un monastère pour annexe.
Tours possédait avec l'église mère deux églises (jue «irégoire
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parait distinguer dos basiliques de la ville '. Ces trois églises lurent consumées par un incendie sous son prédécesseur, Eufronius, qui négligea de reconstruire l'église mère et se contenta de restaurer les deux autres. Jusqu'au jour où Grégoire de Tours eut rebâti la cathédrale -, elles la remplacèrent, semble-t-il, pour la célébration du culte; d'ordinaire elles servaient sans doute conjointement avec elle en qualité de succursales.
L'évêque se transportait aussi avec son clergé dans les diverses basiliques de la ville consacrées au culte d'un saint pour y célébrer certaines solennités. A Tours, au temps de l'évêque saint Perpétuus(fin du V« siècle), on chantait dans l'église ijière Tofflce nocturne de Noël, de Pâques, de la Pentecôte; mais celui de l'Ascension et de plusieurs autres fêtes était célébré dans la basilique de Saint-Martin. Chaque basilique de la ville était l'église de la station au jour de la fête du saint auquel elle était dédiée -^ Saint Avit rappelait au peuple de Vienne que son prédécesseur, saint Mamert, s'était rendu processionnellement le premier jour des Rogations à la basilique la plus proche des murs de la cité 4. Le biographe de saint Césaire relate des faits se rapportant au ministère de charité du saint qui ont eu pour théâtre la basilique des Saints-Apôtres, à Arles, où sans doute l'évêque ofîlciait alors ^. D'autre part,àAuxerre, aux VP et VIP siècles, les abbés et le clergé des basiliques devaient se rendre au jour dit à l'église principale pour y célébrer les vigiles "\
1. •■ Hujus (Eiifronii) tcuipore civitas Turonka cuin ouiiiilius ecclesiis magno iiicemlio concreiuala est ; de quibus ipse postea rtuas reparavii, lertiaiu seniorem relinquens desertam. Postea vero ])asilica sancti Martini et ipsa inceiulio est adusla » (Grkgoire de Toiits, Ilist. Franc, X, 31, p. 448). L'historien distingue ifi les ccclcxiae qui étaient au nombre de trois et qui toutes ont brûlé, des i)asili(iut's (jui n'ont pas été consumées puisque c'est un incendie postérieur qui a tndoiiMnajré la basilique de Saint-Martin. Le nombre des basiliques consacrées il la mémoire d'un saint, citées par Grégoire dans ce même chapitre, est très supérieur à ce chiffre modique de deux églises qu'on trouvait à Tours outre l'église senior. \\ s'agit évidemment ici d'églises (|ui n'ont i)as été élevées expressément en l'honneur d'un saint, mais seulemcni pour servir aux réunions (lu cullr coiiimi' .'«uçcurs.ilcs de l'église mère.
■,'. Ihi't.
:•. ((ilc/idrU'r de s. l'erpcluus, De vigiliis (Gréooirk m-: ToiRs. HiU. Franc. X. lil, 1). 115).
1 \ Ariti iKniiilia VI, de rogationibus : « ad basilicam quae tune mu-nibus \iriiiioi- eral civitalis, oralionem primae processionis indicit » (Auct. anti</uiss.. 1 . VI. I'. jiost., p. 110).
:>. Vila x. Caesarii. II, -.'l: « Haec Arelalo ad basilicam Aiiosiulorum ubi ipse melatum habuerat, célèbre acta noscuntur ■■ {Sci-i/)t. rerum meror.. I. in. p. IV»:'.). M. Mabiory {S. césaire, p. ;îO-7) en conclut (pie Césaire avait fait de celle basili(iue une succur.sale de l'église mère, Sainl-Étienne, trop éloignée des (juartiers iiopnleux de la ville. Cette basili<|ue n'était pas une simple succursale (le 11 cathédrale, mais recevait, comme toutes les autres, la visite de l'évêque.
0. l'alenlrier dW unariiis: «Item conslituit a quibus vigiliae in basilica .sancti
IL NEXISTr; l'AS DE CAkOISSES URBAINES 51
Dans les basiliques do la ville et du faubourg, eu elTet, le culte n'était pas seulement célébré en les rares occasions où l'évêque y présidait ; il l'était au moins chaque dimanche et sans doute quotidiennement sous la direction de Yahbas ' ou du custos ', aedituus •^ marUjrarius '', à qui est confiée la garde du sanctuaire et qui a sous ses ordres des prêtres et des clercs de rang inférieur. Le peuple était admis ii assister dans la basilique à la messe qu'y célébraient les prêtres, ou à l'office qu'y chantaient les clercs ou les moines •''.
Ainsi chacune des basiliques urbaines ou suburbaines, élevées en l'honneur des saints, est desservie par un clergé propre qui lui est immatriculé. Mais aucune d'elles n'est affectée à un district de la ville ou à un faubourg .Le clergé qui l'administre n'est point chargé de pourvoir aux besoins religieux d'une part
Stcpliaiii iii civil.itr (■uni ;i!il>alil)U^ crli'l)reiiliir ». Le Icxte ddiiiie l'iisiiitc l'oi-iln pour six jipurs de la semaine : ilenx liasiliques mi mnnastéres eélélii-i'iit àtnui'df r<Me les vigiles dans l'église mère (Gcsta ejjisc. Ai'tisiod., 19, Miqne, 1'. L., t. cxxxviii, col. 234); Calendrier de Tétricus {ibid., 24, col. 244).
1 . Le règlement d'Aunarius astreint les abbés des monastères ou des basiliques aux mêmes obligations (jue les archiprétres des paroisses: « inslituit ut omnibus I)(iminicis dielnis ab universis archipresbyteris vel abbalibus taliter vigiliae iii l)ropriis locis fiant » Uoc. cit., col. -i'S.i). h'abbas, au Vie et au Vile siècle, n'est jias nécessairement le père d'une connnunauté de moines. L'expression désigne aussi le chef des clercs iiréposés au service d'une basilique quelconque, ou même (Vita s. Praejecti, é',1. Krisch, yeue.s Archiv.t. xviii, p. 645; Vita s. Desiderii, i:i, Script, rertim mernr., t. iv, p. r>71) les membres principaux du clergé d'une église cathédrale (cf. \'.\<am).\ri), Vie de .foi/it Orwii, p. 100, et Pœschl, Jiiscliofsijid, t. I, )). 77, n. 1).
2. Vita s. GinKjerici. 15: >• custos cu.jus solliciludn de ii)sa basilica lialiebatur •> {.Scrijit. rci-inii iiirror.. I. m. ]>. or)S): Form. .'<'il Mcrkel., :i (Zeimkr. Farm.. p. 212).
li. Grégoire DK ToiRS, De rirl. .•<. .Mari.. IV. 25, p. (555: De rirl. .v. Jtfl., 10 b,
t. De rirl. .v. ./ni.. Inc. cit. : (onc. d'Orléuu.s de 53:i, can. XIII (M.v.vssen, ]). 03); Mirac. s. Martiali.s, IL 2 (Script., t. xv, p. 280-1. L'édition des HoUandistes donne la leçon fautive de matricularius, ailmise parM.Ch.de Lasteyrie, L'fibbai/e de Saint-Martial, p. :U).h'abba.s est dit aussi inarti/rarius (Grkcoirk DE ToiRS, Hist. Franc, IV, 11, p. 147). Vraisemblablement dans les basiliques élcignées de la cité qui, conmie Saint-Julien de Briuuile, possèdent un ar<hii>rélre (De rirt. s. Jvl., 22, p. 574) et remplissent le rôle d'église |)aroissiale. Vorclii- /ire.sbijter se confond avec YaeddKus ou niarli/rarinx.
5. Il est très souvent fait mention des riijiliae célébrées dans les basiliques desservies par des clercs ou des moines et aux(|uelles assistent les fidèles, notamment à Saint-Martin de Tours {De rirt. .v. Mnrt. L 12, p. 5ttG: :*:<, p. «04; IL 2:i, p. 016), à Saint-Maurice d'Agaune {(iloria mari., 75. p. 538). Des gens reçus dans un ))etit monastère du Limousin « noctem cum ceteris fralribiis psallendo deducunt » {Gloria inart., 100, p 555). D«iis la basilique suburbaine de Cambrai, fondée par saint Géry, <• adsidue minisleria divina a clericiscelebranliir » {Vita s. Gaiigerici, 14, Script, rerin» nieror., t. ni, i>. 057). In récit de tirégoire de Tours {De rirl. .v. Mart.. II, 30, p. t;20) montre le peuple a.ssislant le (llniaucbc à la messe dans la basilique de Sainl-.Martiu. On y célèbiv aussi la messe a la demande d'un fidèle {De rirt. s. .Mari., I, 12. ]>. 5V0».
52 l'RKMJÈRES ÉGLISES RURALES
délorminée de la population urbaine ^. Aussi bien chacune se transforme au gré de l'évêque, quand il lui plaît d'j' officier ou d'y prêcher, en succursale de l'église mère. L'évêque y donne rendez-vous indistinctement à tout son peuple. Lui seul a la charge de toutes les âmes ; il n'y a qu'un i)asteur et qu'un troupeau. Rien ne fait prévoir encore le sectionnement qui un jour attachera une portion du peuple de la ville ou des quartiers suburbains k une église paroissiale. Il n'existe pas encore à l'époque franque de paroisses urbaines.
Dans les Gaules où, en dehors des provinces de Vienne et d'Arles, les villes sont rares et le territoire de la cité très étendu, il a fallu de bonne heure multiplier dans les campagnes les lieux du culte '^. Sans doute, l'évêque se transporte quelquefois lui-même dans les églises établies soit près d'une agglomération importante de population rurale, soit sur la tombe d'un saint ou à côté d'un monastère. Il fut un temps où un service actif et personnel tint la place de la simple visite de surveillance que, dès l'époque franque, les évêques se bornent à faire dans les campagnes. Les premières églises qui y furent élevées étaient de simples succursales de l'église mère, où l'évêque venait prêcher et célébrer l'oftice ••. Au commencement de l'époque franque, telle peut être encore la condition d'une église rurale : parfois même, semble-t-il, l'église d'un bourg important, une basilique monastique, sera tenue par l'évêcpie de la cité pour une sorte de second siège ^.
1 . » De his vero clericorum personis, quo de civiiatinsis ecclesiae offlcio monastiria, deiocesis, vel basilicas... sive in terreturiis sive in ipsis civitatebus, .suscipiunt ordenandas " (Conc. d'Orléans de 538. eau. XXI, p. 7y). Ce texte ne prouve ))as (ju'il y ait <le.s districts |)aroissiaux (deiocesis) dans les villes: ceux-ci nexistent qne dans la campagne (in terreturiis). Outre les clercs détachés pour le service des i)aroisses rurales, d'autres sont commis à administrer (ordenare) les églises des monastères (monasliria) ou les basiliques non monastiques (basilicas) de la ville et de la campagne.
■î. Cf. Stitz, Gesrii. d. Kirclil. Benefizialwesens, \\. 60.
3. Cf. I.\iB.vR.T DE L.\ Toi K, Les paroisses rurales du IVe au X/« siècle, p. 5y.
4. Telle paraît être la condition de l'église de Mouzon, au temps où elle est enlevée à saint Rémi par l'évêque de Liège Fulco. Saint Rémi déclare qu'elle a toujours été gouvernéf par les métr<i])(>litains de Reims. En fait, lévéque de Liège en a pris lui-même en mains l'administratiijn : « In quam igitur cum levitas feceris, pr('sl)iieros consecraris, archidiaconos institueris, i)rimicerium scole dares mililiae(jue lectorum » {Kpisl. Aitstras., 4, Kpist. tneroic. aeri, t. i, p. 115). L'évêque de Liège ne se contente pas d'instituer ii Mouzon des clercs et un archiprètre comme en une église paroissiale : il y |)rocède à des ordinations, y institue des archidiacres, un écolâtre comme en une cathédrale. Peut-être une basilique monastique est-elle quelquefois aussi une sorte de second siège pour l'évêque. Mabillon a lu dans une notice de l'abbaye Notre-Dame de Laone, que ce monasi.-rt' a éié fondé et doté par Thierry II " ad hoc ut... secunda sedes esset eccle-
ORIGINE DES PAROISSES RfRALES 53
Mais le type qui prévaut dans les villes disparait dans les campagnes, en raison de 1 eloigneinent de la résidence épiscopale. Dès l'époque romaine •, des circonscri[)tions religieuses (dioeceses, jjarocJnae) se sont rormées autoui- des églises rurales K L administration en est confiée k des clercs résidant près de Téglise, diacres •' ou prêtres. Au début peut-être, ils se bornent à aller chercher l'Eucharistie consacrée par Tévêque dans l'église de la cité pour la distribuer aux (idèles de leur district et à servir l'évêque quand il vient officier dans leur église. Mais dès le V« siècle, les prêtres des campagnes sont autorisés à baptiser, à prêcher, à célébrer la messe. Aux grandes fêtes, le prêtre et ses ouailles se rendent à l'église de la cité où l'évêque, assisté de tous ses clercs, officie devant tout son peuple 4.
A l'époque franque, la paroisse est devenue au spirituel un organisme autonome. La plupart des paroisses, toutes celles au moins qui ont leur siège dans un vicus, sont gouvernées par un archiprêtre ^. Leur clergé et leurs fidèles ne sont plus astreints à venir célébrer avec l'évêque les grandes solennités religieuses ^.. Au diocèse de Clermont, tous les prêtres administrateurs des paroisses se présentent encore k la lin i\\\ \\V
siac Caliilonensis, ad celeJ)rat,ionem sacroruin ortlinum » {Ann. Bencd.. VIII. H, I. I. |>. -JOS). Le reiiseigiiciiu-iU e.st peu sur inai.s s'accurde assez bien avec ce ((ue nous savons de l'église de Mouzon. Vax <.)G1, une charte de Rorico. évéque de Laon, confirmera au monastère Saint-Vincent de Laon la dignité de second siège de l'évèché (Porp.vuDix, Cart. de Saint-Vincent de Laon. .S. j). 1X5).