LES ORATOIRES DES VII, LAE
Quelquerois pour ifavoir pas à solliciter un lieu de sépulture, un riche personnage élève à cet efï'et chez lui un oratoire qu'il enrichit de reliques afin qu'un saint veille sur sa tombe ^ .
Les oratoires de maison particulière sont établis surtout [)ar les grands propriétaires dont la domus est éloignée de la cité épiscopale et même àeionivicus, castrum oii existe une église. Un tel oratoire est à l'usage, non seulement du propriétaire de la villa, mais aussi de toute la population libre ou servile du domaine. Dès l'époque romaine, des églises ont été ouvertes soit par les évêques dans les villae lointaines appartenant à leur église ou qui sont leur propriété particulière, soit par les propriétaires laïques eux-mêmes - soucieux de donner à leur propriété une plus-value, de satisfaire aux besoins spirituels de leur familia ^ et de lui éviter la fatigue de se rendre k une lointaine église ^. Aux W" et VIP" siècles, ces sanctuaires se multiplient dans les domaines des églises et des monastères ^^ dans ceux du fisc ^ et des propriétaires laïques *. Visiblement l'oratoire privé du propriétaire de la domus est devenu l'église de la cilla et souvent, à l'époque franque, elle est dite l'oratoire de tel domaine ^.
1. KpUaphr (le l'cnta'jaUii's (FA. Le Blant, Inscript. rhrét . de la Goi/le, !•>•->, t. II. p. 218; cf. p. 227). L'éditeur croit pouvoir la dater de 515 (p. 229). Grég-<jire de Tours parle aussi d'un oratoire qui renferme le sarcophage de deux époux {Gloria confess., 59, p. 782).
2. Conc. d'Orange de UU can. X (Brins, t. ii. p. 12S) : Coll. dite II' r„„r. d'Arles, can. XXXVI, XXXVII (p. 135). Cf. Imbart de la Tour, p. 29 et :5l. Le prêtre Sulpice Sévère a édifié une église dans chacune des deux rillae ((u il possédait (Grégoire de Tours, Gloria conf., 49, p. 777).
■>,. « Pro fundi .sui negotio aut ecclesiastica ulililate vel pro (juacunKine sua oi)portunitate » [Conc. d'Orange, can. X, loc cit.); « pro agri sui ant ecclesiastica ulilitate, vel quacumque sua opportunitate « (Ile Conc. d'Arles, can. XXXVl. loc. cit.). U s'agit ici des églises fondées par un évèque. mais les mêmes raisons sont valables au regard d'un propriétaire laïque.
4. •' Propter fatigationem familiae » {Conc. d'Agde de .'idii, can. XXI, Brins, l. II, p. 150).
5. Grégoire de Tours signale l'oratoire d'une villa de Saint-Martin (Z>c cirt. s. Mari., IV, 12, p. 652), de Saint-Julien de Brioude (De rirl.s. Jul., 14, p. 570). Le l)rêlre Lcutbertus a édifié des églises dans son praedium dit ■■ Bodardi villa • Gesa abl). Font., 1, Script., t. ii. p. 279). L'abbé .saint Yriez fonde un oratoire à « Noniaco, colonica sua » (VHci s. Aridii, 10, Scrijtt. rerimi meror.. i. m. p. 587).
6. En 700, Chililel)erl III donne à saint Denis la cilla royale de Solesnie avec l'oratoire construit en rhonncnr de saint Martin (Pertz, Diplnm.. 75, p. tW).
7. « Viclurina matris fainilias ex nobili stiri)e progenila in villae suae lerriturio basilicam construxerat » (Grégoire de Toirs, De virt. s. Jul., 47, p. 583).
8. Grégoire de Toirs. Hist. Franc, X, 18: « in oraturium domus Mariligensis (Marlenheim) » (p. 430): Gloria >aart.,%: «in oratorio Marciacensis (Marsat) domus Arverni territurii » (p. 493); t>5 : « oralorium domus Iciacensis (Yssac) ■■ (p. 532): De rirl. s. Jul., 48-9: « Nanninus jiresbiter domus Vibriacensis... accedens ad locum ubi uratorium. . . construxerat " (p. 583),
ORATOIRES DEPENDANT DES EGLISES PAROISSIALES ^i
Au service de l'oratoire est attaché un prêtre, un (iiacre ', ou même un clerc des ordres mineurs -', quelquefois d'origine servile et né dans le domaine •' ; ou bien le sanctuaire est visité et desservi parle clergé d'une église ])aroissiale voisine ^. Qu'ils aient ou non leur clergé propre, les oratoires des vif/ar' se distinguent netteniont, au commencement du VI" siècle, des églises publiques et ]uiroissiales oii se tient l'assemblée légitime et ordinaire du peuple '■. Le nom des clercs préposés à ces sanctuaires ne ligure pas au canon du clergé de la cité et des I)aroisses •'. L'oratoire de la cilla est vis-à-vis l'église de la parochln dans la dépendance où fut Jadis celle-ci vis-à-vis l'église de la civifas. Aux fêtes secondaires et les dimanches ordinaires, la messe est dite dans l'église de la l'illd, mais aux grandes solennités, le clergé et toute la population se rendront soit à l'église de la cité, soit aux églises des iiarochiae ''. Le baptême n'est pas administi'é dans ces oratoires. An commencement de l'époque franque, l'église de la villa ne parait pas être, au moins ordinairement, une église paroissiale.
A ]»artir du YI'" siècle, un certain nombre d'oratoires ouverts dans une rilUi en vue des besoins religieux du maître et de la population du doniaine deviennent des églises paroissiales. Il importe au propriétaire d'un grand domaine, afin de s'épargner à lui-même et à sa fainilia des déplacements pénibles lors des grandes fêtes, d'affranchir son oratoire de la dépendance d'une autre église et d'obtenir qu'aux limites de son ager ou du groupe de ses villae correspondent celles d'une nouvelle circonscri[)tion paroissiale ^. Lorsque le domaine appartient à l'église
1. « l'resljilcr (Idiiius Vihri.iccnsis « (/^c rirt. x. .lui., 'is. p. :-,K',): Cnn<\ dr- Clcrinont, caii. XV : .• Si quis i)resl)yter adqiic diacdims. . in viUnlis hahitans, in Draturiis closor-vipiis » (Maassen, p. 09).
•-'. Le clerc (iiii dessert le peUl oratoire élevé dans la viUr de Tmyes sur Ir iiiMiiieau de saint Palrocle est un simple lecteur (G/o/'ia mari.., 6:{. |). 5;il).
:>. Le cif.sto.s de l'oratoire de la villa royale de Solesme est un serf (Pertz, 7r>, p. i>()>, originaire prol)al)lenient du domaine et qui a pu, avec rautorisatir)n de son maître, être ordouné clerc {Co/ic. clOrléatis de .îi9, can. VI, p. lo.)).
1. Cftnr. lie Saint-Rnindin-fVAlboii, can. XXV (Maasskx, p. -25).
r. Conc . d'Aijde, can. XXI : « Si ((uis etiam extra parochias, in ([iiilius lejj-ilimils est (irdinarius(|ue cunvcnttis, oi-alurinm in a;rro haliere vnlnerit •> (Urins, I. ii. p. irwj).
t'i Cnnc. de ClcriiKiiit de .î.y.î. (an. XV: « .Si <(uis presiiyter ad(|ue diacoiius qui ne(|ne in civilali' nc(|ue in paruchiis canonecus esse dinuscilur, sed in villulis haltilans. in oialuriis .. . .. (Maasskn, p. («i).
',. Co/ic. ft'Ai/de de MCt, can. XXI: « reli(|uis l'eslivilalilius, ni ilti luissas leneat... perinittimus.. . si (|ui maximi dies in festivilatilnis habentnr, uonnisi in civilatilius au( in i)arochiis teneanl ■> (Brins, t. ii, p. 150) ; d'()r1éan.-<de .311, can. XXV (Maasskn. p. 8): de ('lerutont de .'>:i.î, can. XV (p. iW): d'Orlèutia de .î//, can. III (p. 88). Cf. .Stitz, lit), eit., p. 67.
X. Cane. d'Orléan.s de .')ll, can. XXXUI : ■■ >i cpiis in :\'jV'> >nc> .nii li.il.n .nu i)n.<iiiloi liabere dincessim. . . •■ (>L\.\ssi-:n. p. '.M).
58 ORATOIRES QM DEVIENNENT F.f.USES PAROISSIALES
mère OU à révoque diocésaiu, il ne tient qu'à celui-ci d'ériger l'oratoire de la cilla en églisse ijarois.siale. Aussi c'est vraisemblablement dans les domaines ecclésiastiques que la transformation a commencé. Du vivant de saint Césaire, au diocèse d'Arles, le siège d'un district paroissial était dans un ager de l'église '. Même faveur peut être accordée à un laïque. Le concile d'Orléans de 541 stipule à quelles conditions un propriétaire obtiendra qu'une paroisse soit établie ou maintenue dans son doujaine -'. En 714, un bienfaiteur du monastère <le M'issembourg donne aux moines la moitié d'une église construite par ses ancêtres dans sa villa, basilique où non seulement le prêtre dit la messe mais où il administre le baptême, et qui par conséquent est bien une église paroissiale et l'a été peutêtre sitôt qu'elle fut fondée ^.
Le simple oratoire élevé sur le tombeau d'un saint a pu, dans les campagnes comme dans les villes, donner naissance à une basilique ^. Des églises rurales sont souvent bâties expressément pour honorer un saint et recevoir ses restes. Mais, isolée dans un lieu écarté, une basilique dont l'origine est due au culte des saints est en général unie à un monastère ; quand elle s'élève dans un vicu.s, elle sert d'église paroissiale. En Auvergne, le modeste oratoire élevé sur le tombeau de saint .Julien fut remplacé plus tard par une basilique ^qui,
1. Vila s. Caesarii, H, zî-2 : <• ad agruin ecclesiae nostrae ubi el diocesps sunt quac Succentriones voceinlur » (Scri2H. rmnn meror., t. m. p. 49-2). La paroisse dont le siège est dans Téglise de la villa ecclésiastiqne renferme sans doute d'autres viUae ai)partenant soit à léglise d'Arles, soit à d'autres i)rfipriétaires. — Un évèque oluient sans doute facileinent d'un rollègue l'érection d'une i)aroisse dans une rilla ai)partenant à son église dans un autre diocèse. Léglise de la villa de Rions (Gironde), dont le prêtre l)aptise et qui est par cr)nséquent paroissiale, paraît a])partenir à l'église de Tours (in ecclesia tiostra, Grégoire de ToiRS, Gloria conf., 47, p. 776).
9. Conc. d'Orléans de 541, loc. cil . Les liluli des villac son( administrés par un simple ))rétre et jamais par un archiprétre (Imbart de la Toir, \t. SO).
'.i. Zeiss, Tradit. Wicenb., 41, p. 43. Les chartes de ce monastère désignent toujours les églises (|u'elles signalent <lans les rt/foc du terme de basilicae (41, p. 43 : -'05, j). 196 ; ■2-2:i, p. 213 ; '237, \t. ■2-27> Dans les sources de l'époque franque, tantôt hasilica est oi)i)osé à oraloriina (Conc. de Sa int-Roma in-d'A Ibon , can. V, Maassen, \). 20), et tantôt à deiocesis {Conc. d'Orléans de 53^, can. XXI, p. 79) : en général, basilira marque une construction plus importante qu'un oraloriinn, mais ne signifie pas nécessairement l'église d'une paroi.sse par opposilirm au simple oratoire.
4. Le 2iarvitlum oraioriiun construit a Tioycs sur le tomlieau de saint E^atrocle est remplacé quand on eut découvert la vie du saint par une basinvu (Gloria mari., 63, p. 531). L'orat<jire dédié au Mans par le prêtre Eoladius en l'honneur de saint Martin en .596 ou 003 (J. Havet, Les actes des érèqncs dit Mans, .Vpi)end , 3, Qitesl. méror.. p. i>3) devient de bonne heure, s'il n'est dès l'origine, une basilique (Eoladius est dit abbé dans le testament de Bertrand, cf. Havkt. Oj}. cit., p. .377).
5. Passio s. JKlia/ti, 5 et 6 (.'icrijU. rcrnm mcroc., t. i. p. sso-l).