‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 72 sur 570 · LES ÉGLISES DEVIENNENT PROPRIÉTÉ PRIVÉE · texte numérisé non relu

LES ÉGLISES DEVIENNENT PROPRIÉTÉ PRIVÉE

de réglise lors de la cession d'un grand domaine, c'est parce qu'au VP siècle le nombre des villae qui sont pourvues d'une église est encore restreint, c'est surtout parce que les droits qu'exerce le propriétaire dans l'église de la villa sont limités et qu'en dépit des prétentions qu'il élève déjà, ces droits se réduisent à la nue propriété du sol et de l'édifice qui y est assis. A la fin du VII** siècle, les restrictions imposées par répiscopat tombent ; au nuclum jus l'usurpation des laïques ajoute un droit d'usage. L'église de la villa devenue une propriété ordinaire et utile est signalée parmi les immeubles qui donnent au domaine une plus-value.

L'église peut aussi être séparée du domaine ou y avoir été incorporée longtemps après qu'elle fut fondée. En 080,Xizézius vend au monastère de Moissac la villa de Salis avec l'église de Saint-Sornin, mais il avait acheté cette église à un certain Guirardus ^. A elle seule en effet une église est un objet de propriété. Le laïque à qui elle appartient ou bien l'a fondée lui-môme soit dans un bourg, soit dans une villa partagée entre plusieurs propriétaires et où il ne possède que cette église et peut-être quelques pièces de terre, ou bien l'a héritée de ses parents qui l'ont construite, ou enfin en a fait l'acquisition. Abbo lègue en 739 au monastère Saint-Pierre de la Xovalèze l'église bâtie par ses parents dans le val de Maurienne et en outre, à Abriez, l'église de Saint-Pancrace qui est, avec une simple tenure de colon, le seul bien qu'il possède en cette localité 2.

Déjà aussi une église est parfois partagée entre plusieurs propriétaires, du fait sans doute de la division de l'avoir patrimonial entre plusieurs héritiers. Le bienfaiteur d'un monastère lui donnera sa portion d'église, la moitié d'une basilique ^.

Les laïques disposent aussi des biens que possède leur église. L'évolution qui fit l'église rurale propriétaire distinct de l'église mère a sei'vi les intérêts du maitro do la rilhi. AujiaravanL les

1. " l'iia cuiii fcclesia sancti Saturnini (jiiaiii dala ii>>sUa pfcunia de Guirardn condani visi fuinius comparasse » (Hist. du Larxj., t. ii, Pr. 1 col. 4:i).

•2. « Doiiius quem apud ecclcsiae Maurifreiinica coiiiiiiulaviiniis (le dniiiaine (lu'il a acquis de l'éfrlise de Maurienne par voie d'échange .') cuni ediliciis. cortiferis..., una cuin ecclesia Sancto Petro, quem parentes nostri il»idem construxerunt (il semble donc que les parents d'Alibo aient bâti l'église de la tlomus avant que le domaine entier fût acquis par lui)... immixiue ecclesia sanrto Pancrasio i)roi)rietatis nostrae, una cum cidonica in Biriscn » (PAunEssis, Diploiii., 55î», t. 11, |). .370).

:i. Zkiss, Tradit. Wiacnb , -.'.'rt (c.71j): • dunn... in Pras.s.mivillari' ti iliidtni basiliia in Imnore saucli Uemedii constructa et do ipsa basilica purtiuiie iiiea • (p. 2-27) ; 11 (711): « doiio de ipsa basilica sancti Martini .. illa niedietate ad inlegruin » (p. 13); IW (716.1, p. 185.

BIENS DE l'Église usurpés avec elle 75

biens offerts à un oratoire devenaient res ecclesiastici jurls ; 1 evêque les administrait et en disposait à sa guise. Ces biens sont à présent la propriété d'une église qui elle-même appartient au propriétaire de la cUla. Aussi, vers le milieu du VIP siècle, le concile de Châlon se plaint que les maîtres des r/Z/w^lisputent à l'évèque les biens de leurs oratoires '. En 699, les deux frères qui donnent à Saint-Pierre de Wissembourg la tnlla d'Einville et les églises de Saint-Martin et de Saint-Hilaire, stipulent que le monastère possédera tout ce qui appartient à la villa et aux basiliques -. Une formule de testament de la première moitié du VHP siècle attribue à un monastère des rillae avec les meubles et immeubles qu'elles contiennent, avec les vases sacrés, livres et vêtements de l'église 'K On donne avec l'église et avec les biens dont elle est dotée, les clercs qui la desservent et qui sont sans doute des serfs •.

L'appropriation des biens de l'église rurale peut même être le fait de qui ne possède pas l'église. C'est en 099 et en 714, que le monastère de Wissembourg est devenu pro])riétaire de la basilique de Saint-Martin à Kinville ^. Or en 710, Chrodoinus donne au monastère des biens de la basili(iue de Saint-Martin sis dans deux rlllnc, biens cpfil déclare lui api)artenir et dont il se réserve l'usufruit •'. Les moines reçoivent en 718 du même personnage dans la rilla Porlionella des terres que lui et ses ancêtres avaient données à la basilique de Saint-Martin et celles que cette basilique possède dans une autre localité"^. La dos d'une église peut ainsi s'émietter entre plusieurs mains. Le

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