SITE DÉS PREMIERS MONASTÈRES
adopté par eux olI rit à Téclosion et au développement delà richesse.
Les premiers ascètes qui en Gaule vécurent en communauté ont fui le tumulte des villes, mais ne se sont guère éloignés des lieux habités. C'est dans les jardins voisins des portes de Trêves que des amis de saint Augustin découvrirent un jour une cabane habitée par quelques sei-viteurs de Dieu voués à la vie ascétique K Les premiers étaldissements monastiques qui eurent un caractère permanent lurent fondés à l'écart, mais à une faible distance des villes. Saint Martin, réfugié auprès de saint Hilaire, fonde ikui loin de Poitiers le monastère de Ligugé '^. Devenu évéque de Tours, il a établi d'abord sa cellule auprès de l'église •^, puis, pour échapper aux importunités, a transporté son monastère dans un site qui, au rapport de Sulpice Sévère, son disciple, était à ce point sauvage et écarté qu'on se fût cru en plein désert. Dans une boucle de la Loire fermée par une falaise abrupte et où on no pouvait pénétrer que par une seule étroite ouverture, saint Martin a bâti sa cabane de bois. Les quatre-vingt moines qui vivent auprès de lui l'ont imité ou ont creusé dans le rocher leur habitation ^. Mais cette thébaïde n'était distante de Tours que do deux milles, et du monastère qui s'appellera plus tard Marmoutier l'évêque se rendait fréquemment dans la cité pour célébrer les fonctions liturgiques ^'. Là oii il avait renversé des idoles, il établissait soit des églises, soit des monastères 'K Quelques-uns peut-être furent fondés en des lieux déserts, mais les temples «des dieux qu'ils remplacèrent s'élevaient le plus souvent près des lieux habités ''. La riche contrée des Gaules, oîi s'épanouit
I. Saint Ai gustin, Co/ifess-, \'III, 0 : « apud Trevcros. . . in liorlos mûris contiffuos... inruisse in ((uanidani casain ujji habilal^aiit quidam servi lui paujjfrfS siiiritu ■' (éd. Kn(ELL, Corp. scrijH. ccclcs., t. xxxiii, p. 18-2).
•-'. Sulpice Sévère, Vita x. Martini, 7 : <■ liaul loutre sil»i ab oitpiilu mônasicriuin cfillocavit » {Corp. script, eccle.s., t. i, [). 117,'.
■.i. Ibid., 10, p. 1-iO.
1. Ibid. : « qui locus lani .scc-rftu.s et romolu.s cral, ut ci-f-mi solitndinom non di-siderai-fi : ex umi enim lalcro praecisa monlis iwcel.si rupe amliielialur ; r«'liqiiain plaiiiUiMii Livrer fliivius reducto paululum sinu clauserat uiia tanlum eademque arta admoduiu via adiri ])<)teral. Ipsf ex lignis coule.xtam cellulam habebat, multique e fralrlbus in eumdcm mudum : plerique, saxo superjecli nionlis cavalo, receplacula sibi feccraiil ■' .
:>. Ibid. et Dialoyus, III, 0 ip. -iM).
0. Vita s. Martini, V.i : •• in illis ref^iimibus.. . jam il)i nullus locus sit qui non aut ecclesii.s frequenti.ssimis aut inonasleriis sit roplclus, nain ulti fana deslruxit slalim ibi aut ecclesias aut monasteria construcbat -• (j). li'.i).
7. Uiatoyus, III, 9 : « In vicoaulem Ambaliensi, id est caslello illo veleri quod
82 HABITAT CHOISI PAR LES MOINES Al' V' SIÈCLE
au IV« siî'clo la civilisation romaino. n'od'rait guère à des moines de véritables et vastes solitudes.
Au V siècle, connue au temps de saint Martin, les religieux ne s'établissent pas toujours loin dos villes ou des bourgs. Cassien fonde à Marseille même deux monastères, l'un (rhomines, l'antre de l'enimes ^. C'est auprès d'un castrum que Maxime, disciple do saint Martin, crée le monastère de Chinon '•'. Sous le règne d'Alaric II (484-507), saint Ursus construit sur les bords de l'Indre le monastère de Loches au pied d'un mont qui porte au temps de Grégoire de Tours un castrum ^ et ({ui était certainement habité déjà lors de l'établissement des moines, ])nisque l'évoque de Tours Eustochius (443-460) avait bâti une église au vicus de Loches ^.
De préférence, les moines du V siècle recherchent, à (jnelque distance des lieux habités, des endroits déserts ou peu fréquentés 5. Le monastère de l'île Barbe, que visite un propre disciple de saint Martin et qui existait par conséquent déjà au commencement du V^ siècle '•, est voisin de Lyon, et de cette grande ville on y accédait facilement ]»ar les eaux tranquilles de la Saône. Saint Honorât a choisi ])Our lieu de sa retraite l'Ile inhabitée de Lérins, repaire de serpents qui en faisaient jusque-là redouter l'accès '^, mais l'ilot est peu éloigné du rivage provençal, à faible distance de Fréjus, et les nombreux navires qui circulent entre Arles, Marseille et l'Italie passent en vue de l'île des saints.
Au contraire, Romain et Lupicin s'enfoncent dans les solitudes sauvages du Jura *^. Les ermitages de ces pieux solitaires
nunc l'rcqucns lialiilatui' a fi-alribus, idoliuin iiovcraUs. . . "(p. ■.?OtJi. \.n riciis d'Aniboise, où MarUn a détruit des idolos, s'est donc élevé probablement de son vivant, sur l'enii)laceinent d'un loiniile. le monastère (]iii élail IlorissanI an lein])s où écrivait Snlpice Sévère.
1. Genn'adiiis, De scripl. ccclcs., Gl iMione, P. L., t. i,\iii col. WX>).
■2. Gloria coitf ., -n : « aCl caslrum Cainonensini nrliis Toronicae veniens, nionasterium coilocavil... qui tune eum reliquis infra castri nmnitionem conclusus erat » (p. TC-i). Dans ce même ricus, le successeur de saint iMartin sur le siège de Tours a otiilié une église (Hi.st. Fra/ic, X, 31, p. 444).
:j. Vilar juilrimi. XVIII, 1, i). 734.