‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 2)Chapitre 75 sur 570 · CHAPITRE VIII La fondation et le site des monastères · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII La fondation et le site des monastères

Le monachisme est apparu dans les Gaules vers le milieu du IV siècle. Il 'a fait avec saint Martin de rapides conquêtes. Deux mille moines assistent aux funérailles ' du fondateur de Ligugé, de Marmoutier, et d'une multitude d établissements dont le nom n'a pas été conservé. On peut conjecturer que les troubles de Tinvasion ont ralenti la croissance de l'institut monastique. Dans la tourmente, beaucoup de créations antérieures ont sans doute disparu. Mais au cours du VP siècle, des monastères surgissent partout au cœur des pays francs. Vers la lin du siècle, la ferveur monastique attiédie est réveillée par 'immigration des Irlandais ; il se produit pendant le VII« siècle et au commencement du \Ul'' un essaimage intense qui multiplie dans les vieilles régions franques les colonies de religieux et envahit les contrées neuves du Nord et du Nord-Est, la iilainc llamande, le plateau ardennais, les Vosges et le pays rhénan.

l'n certain nombre de ces fondations, les plus anciennes, celles du IV" et du V siècle, et quelques autres plus tardives, ont eu un caractère spontané. Elles sont le fait de quelque solitaire auprès duquel des disciples viennent apprendre à pratiquer la vie ascétique, ou d'une troupe de moines errant à la recherche d'uns solitude. D'autres créations sont dues k l'inilialive d'un étranger k l'institut monastique sollicitée quelquefois par «un

1. S>'ULPiCK Skvkke, i:pixt., III, 18 (Coi'p. script, eccles., l. j, i). 150).

80 INFLUENCE Df SITE DES MONASTÈRES SIR LEUR TEMPOREL

saint religieux. Les évoques, les rois, les simples particuliers estiment k partir du VP siècle faire œuvre méritoire en procurant un établissement à des moines. Dans le premier cas, le monastère naquit d'abord et par la suite acquit un temporel. Ou bien le monastère eut un fondateur séculier qui le dota lors de sa naissance * et forma le noyau du patrimoine.

A bien des égards la propriété monastique naît et se développe suivant les mêmes lois que la propriété ecclésiastique Les monastères sont propriétaires au même litre que les églises; ils sont menacés d'être assujettis à la condition de chose possédée comme les églises rurales. Celles-ci ont comme eux un fondateur qui les dote. Surtout l'accroissement du temporel ecclésiastique et monastique est dû à la même rosée que la piété des premiers âges chrétiens, semblable à la fraîcheur d'un matin, verse sur la riche végétation d'églises et de monastères qui croit sur le sol des Gaules.

Mais aussi des conditions spéciales sont faites au temporel monastique. Les unes en accélèrent la constitution, en activent le développement. La vie éminemment religieuse des pauvres du Christ, la prière qu'ils élèveront perpétuellement vers Dieu en faveur de leurs nourriciers, attirent vers les monastères une pluie de pieuses libéralités dont ne bénéficie pas au même degré le patrimoine des églises qui ne sont pas desservies par des moines. D'autre part, la répugnance d'ascètes, de pauvres volontaires à accepter la richesse a pu quelquefois entraver ou retarder la formation et la croissance de leur temporel. Les destinées en ont été influencées enfin par les conditions particulières de l'habitat monastique, par le site où s'est fixée la jeune communauté.

Les églises sont bâties à une place désignée par la tradition ou par les besoins des fidèles qui les fréquentent. L'église mère, où siège l'évêque, s'élève au cœur de la cité, et si un incendie la dévore, elle est rebâtie sur le même emplacement. Les basiliques des saints sont construites au-dessus de leur tombeau. L'église paroissiale est fondée au milieu d'une agglomération rurale importante ; l'oratoire de la villa est une dépendance de la maison du maître. Le site des monastères a été librement choisi. Les moines se sont établis soit au gré d'un fondateur séculier, soit où eux-mêmes l'imt voulu. L'historien de leur temporel doit, au préalable, s'enquérir des lieux où ils se fixèrent, déterminer ce qui les y attira et les y retint et apprécier les avantages ou les inconvénients que l'habitat

1. " In (Uc iialalicii sui •• (Testament de BcHvantl, l^Miuiissi .s, Ltiploin., 230, l. J. p- lyy).

Page 1