COMPOSITION DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MURBACH
de son temps de 900 ans un manuscrit renfermant la lettre d’Alcuin à Charlemagne sur le baptême qu’on ne trouve pas dans les Catalogues et\ l’Apologétique de Tertullien que peut-être le copiste a laissé tomber 1.
Martène attribue au Xe siècle un certain nombre de manuscrits de Murbach qui ne peuvent, si la date qu’il leur assignait est exacte, être identifiés avec ceux des Catalogues. Ce serait le cas d’un manuscrit des poésies de Prudence, de celui de la Consolation de la philosophie de Boëce, d’un autre renfermant le Pastoral de -saint Grégoire2. L’auteur du Voyage littéraire date enfin du XIe siècle, un Priscien, le « De Officiis » de Cicéron, les vies de saint Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme 3. Il subsiste deux Missels de Murbach du XIe siècle 4.
Nous connaissons par conséquent nombre d’ouvrages anciens qui ne figurent pas dans les Catalogues, soit parce que la série des livres à laquelle ils appartiennent y est omise, soit parce qu’ils ont été acquis postérieurement à la date de 840, dans la deuxième moitié du IXe siècle, aux Xe ou XIe siècles et peut-être aussi plus tard. Aux trois cent quarante ouvrages que possédait certainement Murbach après avoir recueilli l’héritage d’Isker vers 870, s’en sont ajoutés beaucoup d’autres exécutés au monastère ou acquis au dehors et il y a lieu de penser que la bibliothèque en comptait au XIe siècle plus de quatre cents.
La composition de la bibliothèque de Murbach lui assigne une place à part parmi celles de ce temps. On trouve à Murbach non seulement la plupart des ouvrages les plus répandus à notre connaissance dans les bibliothèques de cette époque, mais un certain nombre d’œuvres dont elles étaient, semble-t-il, rarement pourvues. On a observé qu’environ cinquante ouvrages signalés dans les Catalogues de Murbach ne se retrouvent ni à Reichenau ni à Lorsch, dont les collections sont pourtant, avec celle de Saint-Gall, les plus riches des régions de l’Est 5.
1. Cf. Bloch, p. 378. On a \ u que le copiste du XVe siècle insère Tertullien avec Éphrem parmi les auteurs dont les ouvrages sont consignés dans les Catal., bien que le texte, tel qu’il nous l’a conservé, ne les signale pas.
2. Loc. cit. Tous ces ouvrages sc retouvent dans 1 eReg. (262, 215, 147) ; peut-être Martène s’est-il mépris sir leur âge.
3. Loc. cit. Le Reg. signale Priscien (278), le « De officiis » (270). IJ est peu probable pourtant que Martène ait daté du XIe siècle des mss. du IXe.
4 B. Colmar, mss. 443-4 ; cf. Leroquais, 54-5, p. 131-3.
5. Cf. Bloch, p. 279. Cet érudit estime que sur 280 ouvrages sûrement identifiés que signalent les Catalogues de Murbach au IXe siècle, environ 160 figurent à la même époque dans la collection de Reichenau. Tl en retrouve 35 autres dans les
LIVRES « DE DIVINITATE » A MURBACH
Les Catalogues n’ayant jamais eu ou ayant perdu la série des livres des Saintes Écritures et celle des livres liturgiques, nous ignorons presque complètement 1 dans quelle mesure les moines de Murbach en étaient pourvus.
Mais leur bibliothèque était riche en livres « de divinitate » 2, encore que le rédacteur du Registrum déplore des lacunes et cherche les moyens de les combler. Il signale à Murbach quatorze ouvrages de saint Ambroise ; huit à sa connaissance manquent à la collection et il souhaite en trouver d’autres encore. La bibliothèque possède vingt-quatre ouvrages de saint Jérôme et en recherche quatre autres. Persuadé qu’il n’a pas au complet son Commentaire d’Isaïe, il voudrait trouver les livres qu’il croit manquer à l’ouvrage3. De saint Augustin, en suivant l’ordre des Rétractation es, dix-neuf traités représentent le premier livre et trente-cinq le deuxième ; le bibliothécaire en recherche sept du premier livre et trentedeux du second. Il va de soi que Murbach possède les deux livres des Retractationes 4. Onze volumes de sermons appartiennent déjà à la bibliothèque où l’on désire en trouver davantage 5.
Murbach ne possède que huit ouvrages de Grégoire le Grand. En outre un extrait des « Moralia in Job », dont elle n’a pas, semble-t-il, le texte complet, y figure sous le nom de Livre des églogues de Laclcen. D’Isidore de Séville quinze ouvrages se trouvent dans la collection et le bibliothécaire désire les autres. Bède est représenté par dix-neuf ouvrages ; mais le rédacteur du Registrum connaît les titres de treize autres que les moines n’ont pas encore. Ils sont en possession de trois ouvrages de Prosper, et recherchent encore avec ardeur plusieurs de ses livres excellents. Le rédacteur inscrit l’ouvrage
Catalogues de S. Gall (en y comprenant, à la vérité, le n°i5 de Becker qui doit être attribué, non à Saint Gall, mais à Reichenau). Enfin 25 autres se retrouvent dans le Catalogue de Lorseh (Becker n° 37). Il reste ainsi 50 ouvrages que la bibliothèque de Murbach possédait seule, semble-t-il, à cette époque en Francia.
1. Voir plus haut les quelques mss. des Écritures et livres liturgiques. signalés par les Catalogues ou conservés.
2. Les ouvrages des pères et théologiens plus récents sont au nombre de 245 sur 302 qu’indique le Registrum ; toutefois parmi les œuvres de Bède, Boëce, Alcuin, figurent plusieurs ouvrages ce science profane. A ces 245 mss. du Rcg., s’ajoutent 14 mss. de théologie du Brev. et quelques îrss. conserves qui ne figurent pas dans les Catalogues. Dans la seconde moitié du IX1' siècle, Murbach possédait donc au moirs 270 mss. « de divinitate ».
3. « Ysaiam explanacionum libri XVIII ; reliquos querimus » (Reg. 42, p. 263). M. Bloch remarque (n. a) que l’ouvrage n’ayant que 18 livres, le bibliothécaire de Murbach fait erreur.