‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 1117 sur 1207 · LE LEGS DE L’ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

LE LEGS DE L’ANTIQUITÉ

que Rome et l’Afrique ont répandus dans le monde l. Même au temps où les œuvres produites par les générations nouvelles commencent à s’accumuler dans les bibliothèques ecclésiastiques, l’immense majorité des livres, même au XIe siècle, renferme les œuvres qui subsistent de l’antiquité chrétienne et classique.

Cet héritage, si riche qu’il eût pu être, se trouvait singulièrement réduit en fait. D’abord toute la portion de langue hellénique peut être considérée comme exclue ; les ouvrages de la Grèce et de l’Orient ne sont connus et en petit nombre que par les traductions latines anciennes. C’est au sens strict qu’il faut entendre les livres que la Grèce a transmis aux Romains; Alcuin eût dit plus exactement encore, ceux qui ont été traduits du grec eh latin. De versions récentes et faites en Gaule, on ne peut citer que celle des œuvres du Pseudo- Denys. A peine quelques livres grecs apparaissent-ils isolément dans les bibliothèques de Saint-Denis, Fleury, Saint-Gall.

Le legs de l’ancienne littérature de l’Occident latin que recueillent en France les bibliothèques ecclésiastiques et monastiques à partir du VIIIe siècle n’est plus, lui aussi, qu'une part, importante encore, mais combien réduite du contenu des bibliothèques latines publiques et privées du IVe et du Ve siècle. En quatre siècles, d’irrémédiables pertes ontœté consommées. Il s’en accomplissait encore au VIIIe siècle, dans l’ancienne Gaule comme ailleurs et même dans les scriptoria ecclésiastiques. Elles étaient déjà irréparables au IXe siècle, époque où du moins, grâce précisément à la multiplication et à l’accroissement des bibliothèques ecclésiastiques et monastiques 2, des pertes nouvelles peuvent être considérées comme désormais à peu près conjurées 3.

r. De sanctis Euboric. ecclesiae, versus 1535-9 :

« Illic inverties veterum vestigia patrum Quidquid faabet pro se Latio Romanus in orbe,

Graecia vel quidquid transmisit clara Latinis,

Hebraicus vel quod populus bibit imbre superno

Africa lucifluo vel quidquid lumine sparsit » ( Poetae lat., I, 203).

2. Voir notre art. La Contribution des églises de France au sauvetage des lettres antiques dans la R. hist. égl. de France, 1937.

3. Il se peut que les bibliothèques du IXe siècle aient possédé des œuvres antiques qui ont été ensuite perdues. C’est le cas, semble-t-il, du « De mensione universi orbis » de Jules César, mentionné à Reichenau dans le Catalogue des livres écrits ou acquis par Réginbert (Becker, 10, 2, p. 20). On ne saurait dire ce qu’entend par « libros Titi Libii ab urbe condita C Décades » le rédacteur d’une bibliothèque indéterminée (Becker, 63, 42, p. 147). Possédait-elle cent livres, c’est-à-dire dix Décades de l’œuvre de Tite-Live ?

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