‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 1119 sur 1207 · ANCIENNE LITTÉRATURE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

ANCIENNE LITTÉRATURE CHRÉTIENNE

tainement au milieu du VIIIe siècle un Tite-Live du VIe. Fleury gardait les restes d’un manuscrit antique des Histoires de Salluste, Saint-Amand un manuscrit du VIe siècle de Pline l’ancien, Saint-Martin de Tours, un Commentaire des Topiques sur papyrus.

Par ordre de Charlemagne, auprès de chaque Église qui déjà instruisait ses propres recrues, des écoles proprement dites se sont ouvertes, à partir de la fin du VIIIe siècle ; des maîtres ont enseigné à des disciples du dehors, clercs ou laïques. Dès lors, tout ce qui subsistait encore de science profane antique eut place dans les bibliothèques ecclésiastiques et monastiques à côté des productions d’ordre doctrinal ou canonique. Le champ entier de la culture antique se rouvrait, par malheur à une époque où il était à jamais singulièrement réduit. Mais on en recueille dès lors du moins avidement toutes les miettes. Un Loup, sensible dès le premier âge à la beauté littéraire des chefs-d’œuvre de l’antiquité, plus tard un Gerbert recherchaient les classiques avec la même ardeur que les ouvrages des Pères. La curiosité intellectuelle ranimée habita toujours désormais quelque cloître. Les ouvrages des anciens relatifs à l’histoire, la grammaire, la rhétorique et la dialectique, la géographie, la cosmographie, l’arithmétique, la géométrie, la musique, les sciences naturelles et la médecine étaient recherchés et appréciés. Un moine de Cluny au XIe siècle pouvait aux distributions du Carême recevoir un Tite-Live pour sa pitance intellectuelle.

Le domaine de la littérature chrétienne latine des six premiers siècles, à la différence de celui de la culture païenne s’est conservé, non pas entier, mais dans une très large mesure. Traductions, gloses et commentaires des Saints Livres, traités doctrinaux des Pères, lettres, compositions des poètes chrétiens, canons des conciles et décrétales, ouvrages d’histoire ecclésiastique forment une masse dont les pièces principales se retrouvent dans toutes les bibliothèques à partir du IXe siècle, tandis que d’autres moins célèbres restent éparses dans les diverses collections. Il n’est pas de bibliothèque du VIIIe au XIIe siècle, — et il ne faut sans doute pas même excepter celle de Fulda1 — qui épuise le contenu de ce qui subsiste de la littérature latine des six premiers siècles de l’Église. Chacune, si riche soit-elle, peut s’enrichir encore et ceux qui en prennent soin peuvent toujours rechercher et trouver des œuvres con-

i. Voir plu- Imu, p. 763, l’allégation sans doute hyperbolique de Raban Maur.

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