‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 1126 sur 1207 · TEXTES DE L’ÉCRITURE SAINTE · texte numérisé non relu

TEXTES DE L’ÉCRITURE SAINTE

en dehors des offices du chœur, en particulier les Psautiers glosés. Aussi, dans un certain nombre de Catalogues, les livres liturgiques sont omis, comme appartenant au sacrariutn, non à la bibliothèque.

En dehors des livres liturgiques les bibliothèques comportent deux séries d’ouvrages, ceux qui traitent des sciences sacrées (de divinitate) x, ceux qui représentent les sciences profanes. La répartition est dans les grandes lignes conforme à celle qu’indiquent à la fin du VIe siècle les deux traités de Cassiodore qui se complètent, le «De institutione divinarum litterarum » et le « De artibus ac disciplinis liberalium litterarum », lesquels au reste nous font indirectement connaître la composition de la bibliothèque du monastère calabrais de Vivarium. Dans la pensée de Raban Maur, la bibliothèque de Fulda et sans doute toutes les autres, ne renferment que deux sortes d’ouvrages, les livres inspirés dont le contenu vient du Ciel, les œuvres qui sont le fruit de la sagesse humaine 1 2, et l’abbé de Fulda entend par là aussi bien le travail de l’esprit sur les données de la révélation et celui qui s’applique aux sciences purement profanes.

Les textes de l’Écriture Sainte tiennent toujours une place à part, la première 3, dans la collection des livres « de divinitate ». En général, les églises épiscopales et les grands monastères possèdent une ou plusieurs Bibles, un ou plusieurs exemplaires des quatre Évangiles souvent enluminés et reliés richement. La collection comprend en outre un nombre plus ou moins considérable de manuscrits renfermant des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, tantôt isolément, tantôt groupés, soit, suivant un ordre traditionnel, le Pentateuque, l’Heptateuque, les Prophètes, les Épîtres de saint Paul, soit suivant le libre choix des copistes ou les instructions qu’ils

1. « Omnes codices librorum claustralium de divinitate sunt CXCV » (Chien. Centul., III, 3, p. 92). Cette dénomination s’applique à tous les livres de S. Ri quif r, qui dans le catalogue sont signalés avant cette récapitulation, à savoir les Bibles, les ouvrages des Pères, et autres écrivains ecclésiastiques et aux «canones ». Le catalogue d’une bibliothèque du XIe siècle a pour titre : « Hic continetur numerus divinorum librorum sanctae Mariae quos custodit Dodo » (Delisle, Cab. dès mss. '; II, 446). Ce Catal. de la B. de N. Dame de Paris distingue les « libri divini » et les « libri gramatice artis ».

2. Hrab. carm., 23 : « Quidquid ab arce deus cœli direxitin orbem Scripturae sanctae per pia verba viris,

Illic invenies quicquid sapientia mûndi

Protulit in medium temporibus variis » (Poetae lat., II, 187).

3. A S. Gall, en tête du « Breviarum librorum », on trouve ces titres : « delibris veteris testamenti », puis « item de libris novi testamênti » (Becker 22, p. 43‘4)-

PATRISTIQUE

ont reçues. L’ensemble de ces livres est dit parfois « Libri canonici » 1 ; ce sont les livres que le Canon ecclésiastique désigne comme inspirés.

Avec les textes scripturaires, la série des livres « de divinis »,

« de divinitate » renferme essentiellement les ouvrages des Pères. Les bibliothèques de cet âge nous ont conservé, non pas sans doute toute la littérature patristique latine, mais la plus grande part et la plus précieuse de l’œuvre des Pères de l’Église occidentale et aussi des traductions faites jadis en langue latine d’œuvres choisies des Pères grecs. Alcuin décrivant la bibliothèque de l’église d’York, avertit qu’on trouvera là ce qu’ont pensé et enseigné Jérôme, Hilaire, Ambroise, Augustin, Athanase, Orose, les papes Grégoire et Léon, Basile, Fulgence, Cassiodore, Jean Chrysostome, Aldhelme et Bède 2. Cet inventaire sommaire, auquel Alcuin aurait pu joindre certainement beaucoup d’autres noms, vaut pour les collections qui se sont formées par la suite dans la plupart des églises épiscopales et grands monastères des Gaules. A quelques exceptions près, les mêmes Pères se retrouvent partout, représentés chacun par plusieurs de leurs œuvres, parmi lesquelles se sont glissés maintes fois des apocryphes, dont la discrimination ne pouvait être faite alors. Il n’est pas de bibliothèques qui ne possède quelque part de l’œuvre d’Augustin, Jérôme, Ambroise, Grégoire le Grand, avec souvent les extraits qu’ont composés Eugippius de celle d’Augustin, Patérius de celle de Grégoire. Tels de leurs ouvrages se retrouvent dans toutes les bibliothèques et souvent en plusieurs exemplaires. Les « Moralia » de saint Grégoire n’ont probablement manqué à aucune communauté. Pour chacun des Pères, la collection de leurs œuvres reste plus ou moins fournie ; la liste en est variable et la série n’est sans doute nulle part complète.

Dans les Catalogues, Augustin et Jérôme sont inscrits ordinairement les premiers et sont toujours les mieux représentés. A en juger par les Catalogues qui font figure de répertoires complets pour le temps où ils ont été rédigés, on trouvait en 822 à Reichenau vingt-cinq volumes renfermant un ou plusieurs ouvrages d’Augustin, en 831 à Saint-Riquier trente-et-un, au milieu du IXe siècle à Saint-Gall trente-deux. Vers 840, une récohection faite suivant les indications des Recognitiones, montre qu’à

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