‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en France (volume 3)Chapitre 137 sur 1207 · ISOLEMENT, PARENTÉ, RELATIONS DES « SCRIPTORIA · texte numérisé non relu

ISOLEMENT, PARENTÉ, RELATIONS DES « SCRIPTORIA

gation de cette forme d’écriture restent une œuvre anonyme à laquelle plusieurs ateliers ont contribué, parmi lesquels ceux de Corbie et de Saint-Martin de Tours ont joué un rôle essentiel, le premier dans la recherche de l’invention de formes nouvelles, 1e, second dans le perfectionnement et la diffusion de celle-ci.

D.s caractères distinctifs plus ou moins nets se révèlent, d’autre part, à la comparaison des produits du travail dans les divers scriptoria, tant dans l’ordre paléographique que dans le style ornemental. Des différences tranchées apparaissent et aussi des nuances diversement graduées. Il se forme des écoles qui, en même temps qu’elles se distinguent l’une de l’autre, réagissent l’une sur l’autre. Des re'ations fréquentes se sont établies en effet au moins entre les importantes maisons. Les livres et aussi les scribes voyagent de l’une à l’autre. Les procédés, la technique de l’écriture, le style décoratif d'un atelier sont nécessairement ainsi divulgués, imités ; les écoles exercent les unes sur les autres une influence réciproque.

La plupart des scriptoria nous apparaissent isolés, autonomes, indépendants. Parfois aussi, ils s’apparentent à des degrés divers. Un groupement étroit de quelques-uns s’impose, en raison du voisinage et des affinités qui les unissent, de la direction commune qu’ils reçoivent. En Touraine, les scriptoria de Saint- Martin, de Marmoutier, de la cathédrale Saint-Gatien sont étroitement associés par les méthodes et par le style. De Saint- Gall à Reichenau il y a perpétuel échange et les destinées des deux ateliers, quoique distinctes, restent parallèles et liées l’une à l’autre. On ne peut séparer le scriptorium de l’église de Reims de ceux des monastères rémois, ni le scriptorium de l’église de Metz de ceux des monastères messins.

Pour l’exécution des livres, les églises épiscopales usent sans doute autant des ressources présentées par les scriptoria des monastères épiscopaux que des leurs propres. On peut même se demander si les ateliers des monastères appartenant à l’évêché n’exécutent pas seuls, parfois, les livres écrits à l’usage de l’église épiscopale. Un évêque peut aussi bien commander les livres dont il a besoin ou qui sont nécessaires à la communauté des chanoines de sa cathédrale, au scriptorium de celle-ci ou à c: ux des monastères qui font partie de son episcopium. Semblablement, une abbaye dispose du scriptorium du monastère chef et de ceux des cellae sujettes.

Du début du VIIIe à la fin du XIe siècle, le débit d’un même atelier, d’un groupe ou de la totalité des ateliers a subi des

VICISSITUDES DES « SCRIPTORIA ))

fluctuations. Leur activité tantôt s’accroît et tantôt se réduit. La plupart des scriptoria ont été soumis à diverses vicissitudes qui agissent soit sur l’ensemble ou sur une portion des ateliers, soit sur l’un ou l’autre en particulier. La création et la mise en marche du scriptorium de la plupart des anciennes églises sont perdues dans un lointain recul. En général, il n’y a pas de coupure, on l’a vu, entre l’époque franque et les débuts de l’ère carolingienne en ce qui concerne l’exécution des manuscrits. Des scriptoria somnolents se sont simplement alors réveillés. Il s’est produit un renouveau de zèle pour l’étude comme pour l’exécution des livres. Des scriptoria nouveaux ont été établis ou rénovés dans des églises ou monastères récemment fondés ou réformés. Le nombre des scriptoria qui produisaient des manuscrits a augmenté, en même temps que l’activité s'accroissait en chacun d’eux. Aussi, au cours des dernières années du VIIIe siècle et pendant la première moitié du IXe, un nombre très considérable de manuscrits sont exécutés dans un très grand nombre d’ateliers.

Le travail s’est ralenti, au contraire, pendant la seconde moitié du IXe siècle et une partie du Xe, dans la plupart d’entre eux. Les dévastations des païens ont anéanti beaucoup de bibliothèques et entraîné fermeture de maints scriptoria. La fuite des communautés, l’incendie des cités et des monastères ont fâcheusement interrompu pour longtemps l'activité des copistes, en beaucoup d’endroits, notamment à Glanfeuil, à Saint-Martin de Tours et Marmoutier, à Saint- Wandrille, Saint- Riquier, Saint-Vaast d’Arras, Saint-Amand, Saint-Bertin. Pour nombre d’établissements monastiques tout était à reprendre au Xe siècle.

Le renouvellement est sensible au cours de ce même siècle, précisément en raison des ruines qui s’étaient précédemment accumulées. En outre, des centres nouveaux se créent, comme Cluny fondé en 910. A Saint-Bénigne de Dijon, Lobbes, Marchiennes, Gembloux et dans tant d’autres établissements l’essor commence ou se renouvelle à la fin du Xe et au XIe siècle.

Du VIIIe au XIIe siècle, pour chacun des ateliers qui ont exercé une sorte de suprématie, il y a des temps d’accroissemert, d’apogée, puis de ralentissement et d’arrêt. Saint-Martin de Tours, qui tient la tête pendant la première mo ié du IXe siècle, n’a plus joué qu’un rôle fort modeste à partir de la fin du même siècle. D’autres se sont éveillés, ou n ont pris un grand essor, comme Saint-Gall, Reichenau, Saint-Maximin de Trêves, Echternach, que dans la seconde moiiié du IXe siècle

Page 1